La GAZETTE
de l'Académie des Sciences,
Arts et Belles-Lettres de Caen
(N° 26 hiver 2011)

[ Editorial | La vie de l'Académie| Les nôtres publient…| Les récentes communications ]
[Le petit journal| Notre histoire]



EDITORIAL

Tous mes vœux

Chères consoeurs, chers confrères,

Permettez-moi, au seuil de cette nouvelle année, de vous présenter tous mes meilleurs vœux, pour vous-mêmes et vos familles, et pour notre Compagnie.
Comme vous le savez, le mandat que vous m’avez fait l’honneur de me confier il y a deux ans se termine en janvier 2012. Ces deux années, comme il est terriblement banal de le dire, ont passé à une très grande vitesse… Serait-ce donc l’heure du « bilan » ? C’est peut-être un bien grand mot, et je vais me contenter de dire ce qui m’a paru le plus important, au cours de ces deux ans, dans la vie de notre Académie.
Les conférences qui constituent la base de nos activités lors de nos séances privées ou publiques ont été dans l’ensemble de très bonne qualité. Elles ont été prononcées, pour la plupart, par nos confrères et même, pour l’une d’elles, par un membre de l’Académie Française (le professeur Yves Pouliquen). On peut seulement regretter que l’assistance à nos séances publiques (participation tant de nos confrères que du public) ne soit pas plus nombreuse : sujets peut-être trop « pointus », défaut de communication ?... (je vais y revenir).
Nous avons tenu à marquer, nous aussi, le 1100e anniversaire de la « naissance » de la Normandie en organisant, conjointement avec l’Académie de Rouen, une journée dans la vallée de l’Epte (visites, conférences) le 18 juin 2011. Il est prévu de poursuivre et développer les liens ainsi renoués avec l’Académie rouennaise. De même, l’Académie de Metz assurant en 2011 et 2012 la présidence de la Conférence Nationale des Académies, divers contacts ont pu être pris avec cette Académie.
Le questionnaire envoyé début 2011 à tous nos confrères avait pour but de mieux cerner l’image qu’ils ont de notre Compagnie (afin, évidemment d’en tirer si possible des améliorations). Les points positifs sont bien connus : compétence, pluridisciplinarité… En revanche, le manque de visibilité à l’extérieur a été maintes fois souligné, ce qui rend nécessaire de poursuivre des efforts sur ce point. Dans ce domaine, la décentralisation prévue à Deauville d’une ou deux de nos conférences publiques (supplémentaires) est à l’étude avec le CID, au moins pour un essai d’un an. De même, des contacts sont pris avec l’IMEC (Institut de Mémoires de l’Edition Contemporaine) pour envisager d’éventuelles actions communes.
Enfin, l’une des conséquences des réponses au questionnaire est la création d’un groupe de travail qui devrait être animé par Jean-Jacques Bertaux sur « l’Europe et la Normandie ». On peut y voir un double intérêt : d’une part, la publication des résultats des travaux d’un tel groupe (pour lequel les bonnes volontés vont être sollicitées) pourrait naturellement contribuer à mieux nous faire connaître. Et d’autre part, en interne, le fait de travailler ensemble devrait renforcer une certaine motivation et resserrer les liens d’amitié.
Je voudrais aussi encourager le plus grand nombre d’entre vous à participer aux activités de la Société des Amis de l’Académie, présidée aujourd’hui par le Dr Yvon Bénard. Celle-ci propose, les vendredis à 17 h à l’hôtel d’Escoville, des rencontres-débats sur des sujets fort intéressants ainsi que des séances de « bibliographie » en sciences, philosophie, littérature et, bientôt, histoire.
Quelques mots sur la partie administrative de notre fonctionnement : les difficultés budgétaires liées essentiellement, fin 2010, à la fin du « contrat aidé » de notre secrétaire administratif, ainsi qu’à la baisse de certaines subventions, nous ont contraints à augmenter sensiblement le montant des cotisations. Cette augmentation, acceptée à l’unanimité par l’assemblée générale début 2011, nous a permis de garder notre secrétaire administratif (notre seul salarié) et d’assurer ainsi un fonctionnement satisfaisant.
Quelques démissions et surtout, malheureusement, un certain nombre de disparitions, devraient nous amener à envisager des recrutements nouveaux pour lesquels vous êtes tous des parrains potentiels. Il serait souhaitable d’accueillir des personnes jeunes, hommes et femmes, évidemment compétentes et susceptibles d’une satisfaisante assiduité (l’aspect financier, bien entendu, n’est pas le seul en cause…)
Permettez-moi enfin de nommer, en en oubliant beaucoup, quelques personnes auxquelles je voudrais adresser de bien vifs remerciements pour l’aide qu’elles ont apportée :
- notre Secrétaire Perpétuel Claude Roche
- notre Secrétaire Administratif Nicolas Rajaomilison
- le vice-président Bernard Garnier, entre autres cheville ouvrière de nos « Mémoires »
- Jean-Louis Dumas auteur des remarquables résumés de nos conférences et des comptes-rendus de nos « Mémoires »
- Bernard Gourbin pour notre Gazette
- les membres de la Commission Administrative avec une mention particulière à Jean-Marie Lepargneur pour ses précieux conseils
- et, bien sûr, tous nos conférenciers.
Pour terminer, je rappelle que vous avez élu, le 14 janvier : un Président (le Vice-Président ayant « vocation » à devenir président, le suspense était limité !) et un nouveau Vice-Président. Je suis certain, connaissant bien les deux candidats élus (Bernard Garnier et Jean Laspougeas), qu’ils sauront parfaitement remplir les mandats qui leur sont confiés et qu’ils sauront renforcer le renom de notre Compagnie.
Je leur renouvelle donc, ainsi qu’à vous tous et à notre Académie, tous mes vœux pour 2012.

Le président
Jacques MOULIN

 
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La vie de l' Académie

L’été a malheureusement été marqué par le décès de plusieurs de nos confrères :
- Général Michel de Touchet (1er août)
-. M. René Lepelley( 29 août)
- Mme Françoise Bermann (5 septembre)
- M. Lucien Jerphagnon (16 septembre)

Samedi 10 septembre - Séance privée : Conférence de M. Jean Malraye sur « La voix et le chant »
- Élection de 2 membres associés correspondants : Mme Francine Dominique Liechtenhan et M. Pierre Pelcerf

Lundi 12 septembre – Réunion de la Commission administrative.

Samedi 17 septembre - Mme Nicole Vray donne, à l’Église Réformée de Caen, une conférence sur Théodore Monod.

Mercredi 21 septembre - Plusieurs membres de l’Académie se joignent à la Société des Amis de l’Académie pour une visite de la Basilique de Saint Denis, et du Musée d’Art et d’Histoire de cette ville.

Samedi 24 septembre - Plusieurs de nos membres participent à la journée organisée à l’Abbaye de Hambye par notre confrère Christian Huni, Président de la Société d’Histoire de la Pharmacie.

Vendredi 7 octobre - M. Jacques Moulin et M. Claude Roche représentent l’Académie au Colloque de la Conférence Nationale des Académies sur « La découverte de la Terre » à Paris.

Samedi 8 octobre - Conférence publique de M. François Ruffier sur « Le rôle du Havre en Normandie ».

Mardi 18 octobre - Quelques membres de l’Académie ont fait le déplacement pour visiter l’Observatoire de Paris.

Vendredi 4 novembre - Dîner annuel de l’Académie. Le dîner est précédé d’une conférence de notre collègue Yvon Bénard sur « Marie Curie ».
- Distribution des Mémoires T. 47/2011 (recueil des conférences de l’année 2010).

Samedi 12 novembre - Séance privée : conférence privée de M. Gérard-Guy Mouchel sur « L’abeille, animal tabou de l’antiquité ».

Lundi 14 novembre - Réunion de la Commission administrative.

Samedi 10 décembre - M. Baptiste Leseigneur, membre de l’Académie des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Caen, a été promu au grade de Commandeur de l’Ordre National du Mérite. Les insignes de cette distinction lui ont été remis par le Général René Perrin, Commandeur dans l’Ordre National de la Légion d’Honneur.

Samedi 10 décembre - Remise du Prix littéraire de l’Académie par Mme Jacqueline Musset, Présidente du comité du prix, à M. Jean-Paul Bonami pour son livre « Mémoire du Théâtre de Cherbourg » (autoédition).

Dimanche 11 décembre - M. Jacques Maingard a reçu les insignes de Chevalier Commandeur de l’Ordre Equestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem.

 
 

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Le Petit Journal

Salon de Caen - Dans une lettre à Jacques Moulin, Serge Roué, responsable de la programmation du Salon du Livre de Caen que l'on appelle communément maintenant Festival Passage de Témoins, propose d'associer de manière pérenne le nom de l'Académie au grand entretien programmé chaque année en ouverture de cette manifestation. Après Laure Adler l'an passé, Serge Roué propose cette année, compte tenu de la thématique générale, le nom de Pierre Rosanvallon, historien, professeur au Collège de France. L'idée de notre participation d'une façon définitive a l'ouverture du salon a reçu l'approbation unanime de la Commission administrative.

Des conférences de l’Académie au CID de Deauville

Nous avions évoqué la chose dans notre précédente Gazette, c’est maintenant officiel : lors de la passation de pouvoirs le samedi 12 janvier 2012, les membres de l’Académie des Sciences, Arts et Belles Lettres de Caen, réunis en assemblée générale, ont approuvé, à l’unanimité, le projet de convention permettant à notre Compagnie d’organiser des conférences au Centre International de Deauville (CID). Jean-Marie Lepargneur et Jacques Belin, directeur général du CID, par ailleurs trésorier de l’Académie, ont présenté à l’assemblée cette convention, aboutissement de discussions au sein de la Conférence administrative.
Dans un préambule, il est d’abord rappelé que l’académie de Caen, fondée en 1652, a pour vocation, selon ses statuts, « d’assembler en des réunions utiles tous ceux qui s’attachent à la pratique des Lettres, des Sciences et des Arts, particulièrement dans leurs rapports avec la Normandie ». De son côté, le Centre international de Deauville, souhaitant accompagner la politique de communication de l’Académie, fait appel à son expérience et sa compétence pour organiser un cycle de deux ou trois conférences durant l’année 2012 afin d’élargir l’audience de l’Académie en Basse-Normandie.
Selon les obligations des parties, le programme sera établi en accord avec le président de l’Académie, ou son représentant, et le directeur du CID, étant entendu que les conférences publiques seront données par des membres de l’Académie. Il est également convenu que chaque conférence sera précédée d’une présentation de l’Académie par son président ou son Secrétaire perpétuel. L’accès à ces conférences sera gratuit.
En résumé, l’Académie propose les thèmes de conférences à l’approbation du CID. Elle fournit le matériel pédagogique éventuel (bibliographies, diapositives, etc) et informe ses adhérents et ses interlocuteurs habituels. Pour sa part, le CID, en tant que co-organisateur de ces réunions, se charge de l’accueil des participants et assure la communication auprès de ses interlocuteurs habituels. Par ailleurs, il s’engage à acheter 50 exemplaires des Mémoires de l’Académie en vue de leur diffusion.


Prix littéraire de l'Académie

Le 10 décembre, l'Académie a remis son prix littéraire 2011 à M. Jean-Paul Bonami pour son ouvrage "Mémoire du théâtre de Cherbourg" sous titré «Ombres et lumières» et« Deux siècles d'histoire ».
Ecrit sur la base d'archives inédites qui lui ont été léguées par l'un des derniers administrateurs, le récit raconte les nombreuses tentatives faites par la ville de Cherbourg pour s'offrir un théâtre digne de ce nom. C'est en 1882 qu'est inauguré le magnifique bâtiment construit sur les plans de Charles de Lalande, élève de Garnier, l'architecte de l'Opéra de Paris. Ce théâtre à l'italienne, parfaitement préservé, est sans doute l'un des plus beaux de France.
Mme Jacqueline Musset, présidente du Comité du Prix, a salué ce bel ouvrage, agréable à voir, à palper et à consulter. L'étude d'Archives permet de retracer une histoire heurtée. On ne peut pas masquer une mauvaise organisation au départ, d'où des difficultés de gestion, un cahier des charges très lourd, des changements constants de participants, l'immobilisme de la municipalité. Certes de nombreuses œuvres ont suscité l'enthousiasme, présence de vedettes de l'art lyrique, de musiciens, comédiens et danseurs de renom, mais on doit constater une désaffection croissante du public. Mme Musset s'interroge sur ces « intermittences du cœur» au sein du public.
Cette fresque historique, comme l'écrit le baryton Alain Fondary dans sa préface, est un ouvrage sérieusement documenté et richement illustré .M. Bonami, dans ses remerciements, a raconté la genèse de son travail sur ce «joyau du patrimoine national ».



 

Passation de pouvoirs
Bernard GARNIER :
Questions d'actualité et ... Cahiers de l'Académie


Avant l'exposé de Claude Roche prévu à l'ordre du jour sur Trois orientales au carrefour des civilisations et au terme du rapport moral présenté par le président sortant Jacques Moulin ainsi que du bilan financier par le trésorier Jacques Belin, le nouveau président Bernard Garnier, et vice-président Jean Laspougeas, l'un et l'autre élus à l'unanimité pour les années 2012 et 2013, ont remercié l'assemblée pour la confiance et l'honneur qu'elle venait de leur témoigner.
En préambule, le président Garnier a tenu à rendre hommage au président sortant pour tout le travail accompli durant ses deux années de mandat. « Jacques Moulin a inscrit son action dans une tradition soutenue par un réformisme prudent mais constant» a-t-il déclaré en citant deux exemples, d'abord la relecture de nos statuts « pour ne pas dire révision au cas ou nous pourrions éviter une démarche longue et difficile et nous contenter d'une modification du règlement intérieur, comme le préconise notre confrère Jean-Baptiste Leseigneur. II souligne ensuite combien Jacques Moulin a beaucoup soutenu la position de Jean-Marie Lepargneur visant à dupliquer une première étude datant de 2000 sur l'Académie vue par les Académiciens. Enquête qui a listé les forces et les faiblesses de notre compagnie (cf le dernier numéro de La Gazette) et recensé un certain nombre de thèmes que nous pourrions aborder. Jacques a beaucoup œuvré afin qu'un premier groupe de travail soit mis en place (1).
Bernard Garnier n'a pas manqué, non plus, de souligner « le sens aigu de la diplomatie» de Jacques Moulin non sans préciser qu'il n'est « pas certain de posséder cette qualité » mais qu'il n'hésiterait pas à faire appel à ses bons offices puisque « si l'Académie a un président et un vice-président, elle a surtout une commission administrative où siègent, de droit, les anciens présidents ».
La suite de l'exposé définit le sens et les orientations de l'action du nouveau président. « Celle-ci s'inscrira dans le droit fil des présidences précédentes, savoir, tradition et renouvellement qui sont aussi des thèmes chers à la commission administrative sans qui rien ne se fait, sans qui rien ne se fera bien évidemment. Le système des conférences, lors des séances privées et des séances publiques fonctionne très bien. A côté de ces conférences que je qualifierais d'académiques, je réintroduirai volontiers des questions d'actualité qui secouent actuellement notre société : questions économiques, fiscales, fonctionnement des banques, sans oublier les agences de notation ... mais aussi, par exemple, laïcité et religions. Religions au pluriel, bien sûr, puisque à côté des islamistes il existe un extrémisme catholique, sans parler des créationnistes chers à notre confrère Yvon Bénard ». Et Bernard Garnier de se demander si ces questions d'actualité ne constitueraient pas une forme de retour aux sources, les réunions de nos lointains confrères étant partiellement consacrées à commenter les « nouvelles» arrivées de Paris par la malle-poste.
Comment introduire des questions d'actualité et quelles questions devrons-nous traiter ? Il appartiendra à la commission administrative d'en discuter mais Bernard Garnier a sa propre réponse : « Permettez-moi de rêver encore quelques minutes » demande-t-il avant de préciser : « Je vois deux types de questions, celles portant sur des sujets très précis, celles embrassant une thématique beaucoup plus large, à l'image de La Normandie et l'Europe, c'est-à-dire nécessitant un investissement humain très important. Pour ces dernières, il conviendrait de constituer un groupe de travail associant des académiciens et des spécialistes extérieurs à notre compagnie. Le dossier ainsi constitué serait expédié par mail, présenté en séance, discuté, amendé afin d'aboutir à un dossier de vulgarisation de grande qualité qui serait ensuite largement diffusé. En effet, une des vocations des Académies, c'est, non pas orienter ou diriger, mais éclairer l'opinion en lui fournissant les matériaux indispensables à une réflexion autonome ».
« Pour ce faire, les Mémoires apparaissent comme un réceptacle naturel mais il est possible de prévoir, là encore, une publication autonome, par exemple dans des Cahiers de l'Académie diffusés, dans un premier temps, par les marchands de journaux de Caen ».
(1) Une première réunion sur La Normandie et l'Europe s'est déroulée le 18 janvier à l'Académie sous la férule de Jean-Jacques Bertaux.

 

Palmes Académiques

Originaire de Caen, ancien éducateur auprès d’enfants caractériels et ancien membre de l’Institut national supérieur de chimie industrielle à Rouen, notre confrère Jean-Paul Le Fèvre est surtout connu, depuis son arrivée à Saint-Lô en 1973, comme un artiste peintre de renom. Ancien élève d’Edouard Garrido, à l’école des Beaux-Arts de Caen, il est le peintre des « modestes et des petits métiers » comme l’ont qualifié Francois Digard, maire de Saint-Lô et Philippe Gosselin, député de la Manche (à gauche et à droite sur notre photo) en lui remettant l’insigne de chevalier dans l’Ordre des Palmes académiques. Jean-Paul Le Fèvre a notamment exposé en juin dernier dans l’atelier de Jean-François Millet, à Barbizon.


L'Académie dans les salons littéraires

* 28e Journées du Livre de Granville, 6-7 août - Sept académiciens et académiciennes ont signé leurs ouvrages lors du grand événement littéraire normand du premier week-end d’aôut : Vladimir Fedorovski, Alain Goulet, Gilles Henri, Yves Lecouturier, Corinne Pouillot, Nicole Vray, Mareike Wolf-Fédida. On pourrait citer également trois anciens membres de notre compagnie : Michel Giard, Roger Jouet, Jean-Paul Lefebvre-Filleau et deux lauréats du Prix littéraire : Elisabeth Coquart et Michel Pinel. Bernard Gourbin est le commissaire de ce salon
* Journées du Livre de Cabourg, 9 et 10 août - On note la présence de Gérard Pouchain et l'on retrouve Pierre Bouet, Vladimir Fedorovski, Gilles Henri et Jean-Paul Lefebvre- F illeau.
* Salon de Cheux, 13 novembre - Trois des nôtres étaient présents au Salon du livre de Cheux placé désormais sous la responsabilité de notre collègue Yves Lecouturier. Ainsi relevait-on également la présence de Pierre Bouet et Gilles Henry et là encore des trois anciens: Michel Giard, Roger Jouet et Jean-Paul Lefebvre-Filleau.
* L'Eure du Livre à Evreux, 11 décembre - Pour ce premier salon ébroïcien, on retrouve Jean-Paul Lefebvre-Filleau et Corinne Pouillot.

 
 
 

 

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Les nôtres publient...

Roland Charpiot : Bismarck. Perçu négativement de ce côté-ci du Rhin, respecté – à défaut d’être aimé – de l’autre côté, Otto von Bismarck offre une image contrastée. Ayant toujours servi la Prusse et son roi, il est par nature conservateur et monarchiste. Il tentera ainsi d’étouffer la social-démocratie par des lois d’exception dont on dira qu’elles furent « la Terreur sans la guillotine ». C’est le même, pourtant, qui introduira le suffrage universel et fera adopter en faveur des ouvriers des lois sociales très avancées pour l’époque. Avant d’autres, il a compris l’importance de l’économie et de l’industrie dans le monde moderne. « Réactionnaire rouge » ou « révolutionnaire blanc » ? Ou bien plutôt funambule oscillant avec adresse entre la Prusse du passé et l’Allemagne de l’avenir ? L’auteur, agrégé d’allemand et docteur en étude germanique, répond à ces contradictions. (Vuibert)

Vladimir Fédorovski - Alexandre Adler : Le Roman du siècle rouge. Fondé sur l’expérience des auteurs et l’accès privilégié à des archives inédites, cet ouvrage nous livre une approche nouvelle et inattendue sur des événements majeurs du XXe siècle que furent la révolution bolchevique, la guerre froide et la perestroïka jusqu'à la Russie d’aujourd’hui. Connaissant bien les protagonistes dont ils parlent, les auteurs ont recueilli de nombreuses confidences et mené pendant des années une minutieuse enquête bousculant les idées reçues. Ce débat d’idée permet de jeter un nouveau regard sur les leaders de l’époque : Lénine, Trotski, Gorbatchev… Destiné à devenir un livre de référence, ce nouveau Roman prend aussi un relief particulier au moment du retour de Poutine à la présidence de la Fédération de Russie (Le Rocher)

Lucien Jerphagnon : De l’amour, de la mort, de Dieu et autres bagatelles. Dans ce livre d’entretiens paru le 1er septembre - seize jours avant sa mort - notre éminent confrère qui se définissait malicieusement comme « une bête hybride, mi-philosophe, mi-historien de la pensée antique » plaide pour une vie harmonieuse par la promotion en l’homme de la conscience de lui-même et du monde. On n’oubliera pas qu’il fut, de 1970 à 1984, professeur à Caen où il enseigna la philosophie antique et médiévale. Plus récemment, il avait dirigé, avec l’assistance de notre ex perpétuel Jean-Louis Dumas, les trois tomes sur les œuvres de saint Augustin dans la Bibliothèque de la Pléiade. Ce qui n’empêcha pas ce sage dans un avant dernier petit livre plaisant sur La Sottise ? Vingt-huit siècles qu’on en parle, de révéler au grand public son entrain et sa malice potache. (Albin Michel)

Gilles Henry : Guillaume le Conquérant. A l’occasion du 11e centenaire de la naissance de la Normandie, l’auteur caennais nous livre une nouvelle présentation de sa biographie du duc normand, la première remontant à 1986. C’est un destin extraordinaire que celui de Guillaume, bâtard de naissance à Falaise devenu duc de Normandie à huit ans et roi d’Angleterre à trente neuf ! Ce fut un homme dur, voire brutal, mais également réfléchi, obstiné, capable d’une solide affection envers ses rares amis et envers son épouse. Au total, un homme d’exception justifiant pleinement son nom – créé assez tard- de Guillaume-le-Conquérant. Comme des séquences cinématographiques défilent dans le livre les grands chapitres de l’histoire ducale anglo-normande : le Val-ès-Dunes, le mariage avec Mathilde de Flandres, la bataille d’Hastings, les abbayes aux Hommes et aux Dames, etc. (France Empire)

Gilles Henry : Sur les pas de Gustave Flaubert. Avec notre ami Gilles, nous partons à la rencontre d’Emma Bovary, Félicité, Bouvard et Pécuchet… Nous découvrons un Flaubert fédérateur dans la mesure où il unit naturellement les deux parties de la Normandie. Né à Rouen d’ancêtres maternels issus du Pays dAuge, il passe toute sa vie dans la capitale de la Haute-Normandie et à Croisset, hormis ses séjours réguliers à Paris. En dehors de sa fascination pour l’Orient (Salammbô), il était inévitable qu’une grande partie de son œuvre soit marquée par les ciels normands (Un cœur simple) y compris lorsqu’il revient sur ses propres souvenirs (L’Education sentimentale, La Tentation de saint Antoine). Mais sa vie durant, il conservera le souvenir de cette Elisa qu’il rencontra sur la plage de Trouville. Jour après jour, recherchant toujours la phrase idéale, il construira une œuvre immense (OREP éditions)

Yves Lecouturier : Massacre à Saint-Pierre du Jonquet. Le 6 juin 1944, les Alliés débarquent sur les côtes normandes. La bataille de Normandie va se prolonger jusqu’à la fin du mois d’août. Si quelques communes sont rapidement libérées, d’autres doivent attendre plusieurs semaines. Déjà, le 6 juin au matin, les Allemands massacrent plus de 80 prisonniers dans la maison d’arrêt de Caen. alors que la Gestapo quitte Caen pour s’installer dans le Pays d’Auge, Argences dans un premier temps puis Sainte-Marguerite-de-Viette. N’ayant plus les moyens de faire des prisonniers, les nazis assassinent sans retenue. A Saint-Pierre-du-Jonquet, 28 personnes sont exécutées, d’autres le seront à Deauville, dans les bois de Montpinçon, à St Michel-de-Livet, Troarn, Orbec, Vimoutiers, Pont-L’évêque, Lisieux, Honfleur… Au total, 85 éxécutions en 90-dix jours ! (OREP)

Yves Lecouturier : Découvrir la Normandie de la Belle époque. Grâce au développement de la photographie ainsi qu’aux travaux de Jean-Baptiste Le Goubey et de l’abbé Alexandre Dubosq, qui sillonnent villes et campagnes tels de véritables ethnologues de la carte postale, les Normands deviennent les héros de leur quotidien. Tout ce qui fait la particularité de la région s’offre désormais à la vue de tous : les foires et les marchés, la vie des pêcheurs, la fabrication du cidre et de l’eau-de-vie, la traite des vaches, les petits métiers, le barattage du lait, la dentelle, la cueillette des pommes, les fêtes populaires, les plaisirs et les jeux, mais aussi le monde urbain, la politique, le sport et les moyens de transport. On n’hésite plus à photographier les gens avec leurs vêtements de tous les jours, la blaude et la gapette, la bonnette, le tablier et le châle. Le cinématographe naissant accentuera les choses. (OREP)

Jean Migrenne : Quintessence. Richard Wilbur est l’un des plus grands poètes américains. Il est aussi traducteur de poètes français, russes, espagnols, mais également de grands classiques français. Et si aujourd’hui on joue Corneille, Molière ou Racine aux USA c’est dans la traduction de Wilbur. Une publication d’importance de son corpus poétique n’avait jamais pu se faire en France en raison, notamment, des exigences d’éditeurs détenteurs des droits d’auteur et de traducteurs antérieurs. Quintessence, pure merveille de la traduction littéraire, est le fruit de la profonde amitié et de la reconnaissance qui lient Richard Wilbur à Jean Migrenne depuis des décennies. Sans cette amitié, ce livre n’aurait pas pu voir le jour. Les traductions publiées dans ce volume proviennent de textes publiés aux USA sous le titre Collected Poems 1943-2004. (Editions du Frisson esthétique)

 

 

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Les récentes communications

par J-L Dumas

10 septembre 2011 : « La voix et le chant » par M. Jean MALRAYE. Il s’agit de la théorie de la voix chantée ainsi que la pédagogie collective de la voix. Pour progresser, l’artiste travaille à améliorer, parmi les éléments du chant, le « vibrateur » (les cordes vocales) et le « moteur » (la soufflerie respiratoire). Le travail du chanteur est rendu plus difficile par le fait qu’il ne s’entend pas de la même façon que les auditeurs. Le chanteur doit acquérir la sensation positive que le son part souplement mais puissamment de la boîte crânienne et faciale.
La conférence est suivie de travaux pratiques (exercices vocaux) ; et M. Malraye chante trois morceaux (Duparc, Schumann, Franck)

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8 octobre 2011 : « Le rôle du Havre dans la Grande Normandie » par M. François RUFFIER, Directeur général adjoint de la Ville du Havre. La Seconde Guerre Mondiale a été une terrible épreuve pour ce grand port (créé en 1517 par François Ier). Mais la renaissance du Havre a été spectaculaire : essor démographique, urbanistique (Auguste Perret), technologique. Le « Port 2000 » a été une grande réalisation. Certes il y a encore quelques handicaps structurels. Mais les acteurs locaux s’investissent dans le projet « Axe Seine ». Ce dernier n’interdit point la création de la « Grande Normandie ».


4 novembre 2011 : « Marie Curie, savant et femme » par le Dr Yvon BÉNARD (en prélude au dîner de l’Académie). M. Y. Bénard retrace la vie et l’œuvre de Marie Curie. Femme atypique par son époque, à l’origine pauvre et sans soutien, elle a connu la gloire, première femme partout. On l’a dite dure, austère, rigoureuse comme la science même. Mais M. Bénard montre qu’elle avait un cœur.

12 novembre 2011 : « L’abeille, animal tabou de l’Antiquité » par M. Gérard-Guy MOUCHEL. Virgile consacrait sa IVe Géorgique à l’élevage des abeilles. Mais le linguiste se trouve devant un phénomène curieux : pas d’étymologie commune dans les langues indo-européennes ; nous sommes en présence d’un mot tabou en linguistique. Freud, dans Totem et Tabou, nous fournit la piste d’une ambivalence : attraction et répulsion. Dans l’Antiquité, le miel était un produit d’une grande valeur économique et commerciale : mieux valait alors ne pas se vanter d’en avoir, ne pas en parler. Par ailleurs, le miel était à la source de pratiques magiques.

 


Rencontres-débats des Amis de l’Académie

21 octobre 2011 : « Guérisseurs et Saints guérisseurs. Actualité des pratiques traditionnelles » par M. Jean-Jacques BERTAUX, L’exposé fait appel à des exemples normands. On est en présence d’un double héritage : la pensée magique, qui appelle des forces secourables (exemples du guérisseur) ; l’observation empirique de la nature, qui permettra des pratiques comme celles du rebouteux, ou le recours aux herbes. Mais M. Bertaux insiste surtout sur de nombreux saints du christianisme : c’est par leur intercession que le résultat souhaité est obtenu. Cela reposait jadis sur une certaine adhésion à la foi catholique. Mais on ne peut nier la subsistance d’un système de pensée qui remonte à des millénaires.

25 novembre 2011 : « Le roman, l’essai : deux chemins littéraires, pour la connaissance » par Mme. Belinda CANNONE, écrivain, Maître de conférences à l’Université de Caen. Il existe trois modes d’accès à la connaissance : le roman, l’essai, la philosophie. Dans l’essai, l’auteur expérimente sa pensée : Mme Cannone expose la genèse de plusieurs de ses essais. Elle montre une certaine proximité entre le roman et l’essai. Le roman part d’un thème pour construire une œuvre. L’auteur déploie les secrets communs, non dits mais universellement partagés. Quant aux secrets d’initiés, ce sont des savoirs auxquels nous n’avons pas d’abord accès ; le romancier nous fait en partie traverser cette expérience humaine ; et c’est la découverte de quelque chose de nouveau.

16 décembre 2011 : « L’IMEC » par M. Albert DICHY, Directeur littéraire de l’IMEC. Installé à Caen en 2004, c’est une institution atypique. Le but est de recueillir les archives du monde de l’édition en tant que telle. L’IMEC est une aventure considérable. Il s’intéresse à tous les domaines de la pensée et de l’art. Il a trouvé dans l’Abbaye d’Ardenne une cadre magnifique. M. Dichy termine par une réflexion sur la notion d’archive et sur l’avenir de l’archive.

 

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Naissance de l'Académie Française


V.Le difficile choix des académistes

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Homme de plume et intendant, Nicolas Faret révèle sans y prêter attention à l’abbé Le Métel de Boisrobert, avocat originaire de Caen, par ailleurs homme de lettres, conseiller d’Etat, homme de confiance et secrétaire de Mgr le Cardinal de Richelieu, l’existence d’un cercle de beaux esprits qui se réunit clandestinement en la maison de M. Valentin Conrart. Pensant y trouver des comploteurs, M. de Boisrobert s’y rend et n’y rencontre que de doctes érudits passionnés de littérature. Jugeant fort souhaitable la création d’une académie, il en parle à M. le Cardinal qui, à sa grande surprise, se montre intéressé. « Votre académie, lui dit-il après avoir longuement réfléchi, eh bien, faites-là ! ».
M. de Boisrobert, dès le lendemain, chargea M. Faret de transmettre à la compagnie de la rue Saint-Martin le message du Cardinal mais celle-ci avait reçu l’offre de son Eminence avec consternation. Elle vivait dans une sorte d’âge d’or, avec toute l’innocence et toute la liberté des premiers siècles. Sans autres lois que celles de l’amitié et de la raison, elle se contentait de jouir des délices de l’esprit et repoussait les liens dorés de la servitude. Tous les Messieurs, d’un commun accord, avaient déploré que Monseigneur vînt troubler, de sa sollicitude imprévue, la douceur et la familiarité de leurs conférences. Sans l’intervention deM. Chapelain le débat eut pris méchante tournure. En définitive, tenant le langage de la prudence, il avait emporté l’assentiment général.
M. Faret remit à M. de Boisrobert la réponse écrite de ses amis. Ceux-ci priaient l’abbé « de remercier très humblement M. le Cardinal de l’honneur qu’il leur faisait et de l’assurer qu’encore qu’ils n’eussent jamais eu une aussi haute pensée et qu’ils fussent fort surpris du dessein de Son Eminence, ils étaient tous résolus de suivre ses volontés ». Bien que cette réponse fut « moitié figue, moitié raisin », M. de Boisrobert s’en contenta. Ayant pris soin de mettre Son Eminence en belle humeur, il lui lut, peu après l’avoir reçu, le papier de MM les difficiles.
Loin de discerner dans la réponse entortillée le regret de leur indépendance perdue, il en jugea le tour heureux et déclara sa satisfaction. Incontinent, il commanda à M. de Boisrobert de dire aux futurs académistes « qu’ils s’assemblassent comme de coutume et que, augmentant leur compagnie ainsi qu’ils le jugeraient à propos, ils avisassent entre eux de quelle forme et quelles lois il serait bon de lui donner à l’avenir ».
M de Boisrobert, dans le carrosse qui le ramenait au cœur de la ville, riait comme un enfant. Il sentait obscurément qu’il avait participé à un grand acte du règne et il en éprouvait du plaisir : l’Académie était conçue, l’Académie allait naître !
Comme Son Eminence avait fixé à une quarantaine le nombre de ses membres, trente sièges restaient à attribuer, l’un des membres de la compagnie s’étant retiré du groupe originel. De concert avec M. Chapelain, M. Conrart dressait avec vigilance la liste de leurs titulaires. Or, au commencement de février 1634, M. de Boisrobert qui, pris par ses occupations, s’était borné à correspondre avec la troupe de la rue Saint-Martin, parut à l’une de ses séances. Il parcourut la liste des deux compères et leur fit doucement entendre qu’ils eussent à modérer leur zèle.
Monseigneur, en effet, ne partageait nullement leurs goûts pour les illustres. Il avait de son côté établi sa propre liste. L’abbé la venait justement soumettre aux suffrages de l’Académie. M. de Boisrobert se garda bien d’indiquer qu’aux cinq premiers de ces personnages pamphlétaires qui besognaient dans le cabinet politique de son maître, il avait ajouté, avec l’agrément de celui-ci, les trois derniers poètes plus dignes de sa pitié pour leur gueuserie que pour leur inspiration.
Mise en présence de ces huit noms, la compagnie restait silencieuse, fort déconfite de voir ainsi circonscrire la liberté de ses choix. Si elle jugeait acceptable que Son Eminence récompensât de quelques honneurs les hommes de paille qui l’avaient servie dans ses batailles de plume, elle s’étonnait, par contre, qu’Elle marquât sa prédilection à des écrivains de galimatias bien mal qualifiés pour participer à la réforme de la langue française.
Cependant, elle n’éleva aucune protestation. Elle se consolait en supputant que vingt-deux sièges étaient encore libres où l’on pouvait installer des gens de bel air, des bien-disants, des savants de grand relief qui n’appartenaient pas à Mgr le Cardinal. M. Faret, moins spéculatif que ses confrères, proposa de réserver l’un d’eux à son cher ami, M. de Saint-Amant, qui était, dit-il avec force, M. de Malherbe mort, le plus fameux poète de ce temps. L’un des Messieurs observa que M. de Saint-Amant déserterait l’Académie pour la taverne et qu’il préférerait toujours humer le « piot » à disserter de grammaire ; mais M. de Boisrobert, se souvenant que le bon gros Silène de la « Pomme de Pin » était Normand comme lui, soutint sa cause et la fit triompher.
M. Faret profita de ce succès pour réclamer une place en faveur de M. de Méziriac, natif de Bresse à son exemple, et qui, helléniste, mathématicien, traducteur, poète, jouissait d’un juste crédit dans la république des lettres. Satisfait pour la seconde fois, M. Faret se tint coi : il avait rendu un suffisant hommage à l’amitié, au savoir et au talent. D’ailleurs, d’autres académistes lançaient des noms, brûlant de distribuer à leur tour des lauriers.
Paisible dans la mêlée, M. de Boisrobert entendit prononcer, vingt éloges, attaques et défenses, vit naître, grandir, succomber ou triompher autant de candidatures posées avec vigueur, prônées avec acharnement. A la fin de la journée, trois d’entre elles survivaient aux censures et déblatérations. Lasse et un peu confuse de ses promesses de langue, la compagnie se résigna à les joindre aux autres déjà admises, et à opiner favorablement du bonnet sur le tout. Ainsi fit-elle treize académistes nouveaux ; mais plusieurs de ses membres bouillaient de dépit, voyant avec chagrin des gens de peu remplacer leurs illustres.
Les semaines s’écoulèrent, sans autres réunions, après cette séance de tumulte. Dans le même temps, M. Conrart se mariait et allait habiter sous le toit d’un parent en Ile-de-France. Dès lors, l’Académie n’avait plus de domicile, alors que M. de Boisrobert subissait le blâme de Monseigneur furieux de voir, sur la liste des treize, paraître le nom d’un de ses pires adversaires. Quelques jours plus tard, ayant naïvement proposé de faire de Mgr Pierre Ségnier, chancelier de France, le protecteur de l’Académie, il avait senti sur ses épaules passer le vent de la disgrâce. Menaçant, l’Eminentissime lui avait signifié qu’il entendait protéger en personne l’institution et qu’il n’avait nul besoin pour cela de ce faquin de chancelier qui payait les louanges des poètes avec l’argent du sceau.

par Emile Magne (1)

(à suivre)

- (1) Extraits de Naissance de l’Académie Française, n° 707 de « La Petite Illustration » du 19-01-1935.

 


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