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La GAZETTE
de l'Académie des Sciences,
Arts et Belles-Lettres de Caen
(N° 26
hiver 2011)
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EDITORIAL
Chères
consoeurs, chers confrères,
Permettez-moi, au seuil de cette nouvelle année, de vous présenter
tous mes meilleurs vœux, pour vous-mêmes et vos familles,
et pour notre Compagnie.
Comme vous le savez, le mandat que vous m’avez fait l’honneur
de me confier il y a deux ans se termine en janvier 2012. Ces deux années,
comme il est terriblement banal de le dire, ont passé à
une très grande vitesse… Serait-ce donc l’heure du
« bilan » ? C’est peut-être un bien grand mot,
et je vais me contenter de dire ce qui m’a paru le plus important,
au cours de ces deux ans, dans la vie de notre Académie.
Les conférences qui constituent la base de nos activités
lors de nos séances privées ou publiques ont été
dans l’ensemble de très bonne qualité. Elles ont
été prononcées, pour la plupart, par nos confrères
et même, pour l’une d’elles, par un membre de l’Académie
Française (le professeur Yves Pouliquen). On peut seulement regretter
que l’assistance à nos séances publiques (participation
tant de nos confrères que du public) ne soit pas plus nombreuse
: sujets peut-être trop « pointus », défaut
de communication ?... (je vais y revenir).
Nous avons tenu à marquer, nous aussi, le 1100e anniversaire
de la « naissance » de la Normandie en organisant, conjointement
avec l’Académie de Rouen, une journée dans la vallée
de l’Epte (visites, conférences) le 18 juin 2011. Il est
prévu de poursuivre et développer les liens ainsi renoués
avec l’Académie rouennaise. De même, l’Académie
de Metz assurant en 2011 et 2012 la présidence de la Conférence
Nationale des Académies, divers contacts ont pu être pris
avec cette Académie.
Le questionnaire envoyé début 2011 à tous nos confrères
avait pour but de mieux cerner l’image qu’ils ont de notre
Compagnie (afin, évidemment d’en tirer si possible des
améliorations). Les points positifs sont bien connus : compétence,
pluridisciplinarité… En revanche, le manque de visibilité
à l’extérieur a été maintes fois souligné,
ce qui rend nécessaire de poursuivre des efforts sur ce point.
Dans ce domaine, la décentralisation prévue à Deauville
d’une ou deux de nos conférences publiques (supplémentaires)
est à l’étude avec le CID, au moins pour un essai
d’un an. De même, des contacts sont pris avec l’IMEC
(Institut de Mémoires de l’Edition Contemporaine) pour
envisager d’éventuelles actions communes.
Enfin, l’une des conséquences des réponses au questionnaire
est la création d’un groupe de travail qui devrait être
animé par Jean-Jacques Bertaux sur « l’Europe et
la Normandie ». On peut y voir un double intérêt
: d’une part, la publication des résultats des travaux
d’un tel groupe (pour lequel les bonnes volontés vont être
sollicitées) pourrait naturellement contribuer à mieux
nous faire connaître. Et d’autre part, en interne, le fait
de travailler ensemble devrait renforcer une certaine motivation et
resserrer les liens d’amitié.
Je voudrais aussi encourager le plus grand nombre d’entre vous
à participer aux activités de la Société
des Amis de l’Académie, présidée aujourd’hui
par le Dr Yvon Bénard. Celle-ci propose, les vendredis à
17 h à l’hôtel d’Escoville, des rencontres-débats
sur des sujets fort intéressants ainsi que des séances
de « bibliographie » en sciences, philosophie, littérature
et, bientôt, histoire.
Quelques mots sur la partie administrative de notre fonctionnement :
les difficultés budgétaires liées essentiellement,
fin 2010, à la fin du « contrat aidé » de
notre secrétaire administratif, ainsi qu’à la baisse
de certaines subventions, nous ont contraints à augmenter sensiblement
le montant des cotisations. Cette augmentation, acceptée à
l’unanimité par l’assemblée générale
début 2011, nous a permis de garder notre secrétaire administratif
(notre seul salarié) et d’assurer ainsi un fonctionnement
satisfaisant.
Quelques démissions et surtout, malheureusement, un certain nombre
de disparitions, devraient nous amener à envisager des recrutements
nouveaux pour lesquels vous êtes tous des parrains potentiels.
Il serait souhaitable d’accueillir des personnes jeunes, hommes
et femmes, évidemment compétentes et susceptibles d’une
satisfaisante assiduité (l’aspect financier, bien entendu,
n’est pas le seul en cause…)
Permettez-moi enfin de nommer, en en oubliant beaucoup, quelques personnes
auxquelles je voudrais adresser de bien vifs remerciements pour l’aide
qu’elles ont apportée :
- notre Secrétaire Perpétuel Claude Roche
- notre Secrétaire Administratif Nicolas Rajaomilison
- le vice-président Bernard Garnier, entre autres cheville ouvrière
de nos « Mémoires »
- Jean-Louis Dumas auteur des remarquables résumés de
nos conférences et des comptes-rendus de nos « Mémoires
»
- Bernard Gourbin pour notre Gazette
- les membres de la Commission Administrative avec une mention particulière
à Jean-Marie Lepargneur pour ses précieux conseils
- et, bien sûr, tous nos conférenciers.
Pour terminer, je rappelle que vous avez élu, le 14 janvier :
un Président (le Vice-Président ayant « vocation
» à devenir président, le suspense était
limité !) et un nouveau Vice-Président. Je suis certain,
connaissant bien les deux candidats élus (Bernard Garnier et
Jean Laspougeas), qu’ils sauront parfaitement remplir les mandats
qui leur sont confiés et qu’ils sauront renforcer le renom
de notre Compagnie.
Je leur renouvelle donc, ainsi qu’à vous tous et à
notre Académie, tous mes vœux pour 2012.
Le
président
Jacques MOULIN
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L’été
a malheureusement été marqué par le décès
de plusieurs de nos confrères :
- Général Michel de Touchet (1er août)
-. M. René Lepelley( 29 août)
- Mme Françoise Bermann (5 septembre)
- M. Lucien Jerphagnon (16 septembre)
Samedi
10 septembre -
Séance privée : Conférence de M. Jean Malraye sur
« La voix et le chant »
- Élection de 2 membres associés correspondants : Mme Francine
Dominique Liechtenhan et M. Pierre Pelcerf
Lundi 12 septembre –
Réunion de la Commission administrative.
Samedi 17 septembre - Mme
Nicole Vray donne, à l’Église Réformée
de Caen, une conférence sur Théodore Monod.
Mercredi
21 septembre -
Plusieurs membres de l’Académie se joignent à la Société
des Amis de l’Académie pour une visite de la Basilique de
Saint Denis, et du Musée d’Art et d’Histoire de cette
ville.
Samedi
24 septembre -
Plusieurs de nos membres participent à la journée organisée
à l’Abbaye de Hambye par notre confrère Christian
Huni, Président de la Société d’Histoire de
la Pharmacie.
Vendredi
7 octobre -
M. Jacques Moulin et M. Claude Roche représentent l’Académie
au Colloque de la Conférence Nationale des Académies sur
« La découverte de la Terre » à Paris.
Samedi
8 octobre - Conférence publique de M. François
Ruffier sur « Le rôle du Havre en Normandie ».
Mardi
18 octobre - Quelques
membres de l’Académie ont fait le déplacement pour
visiter l’Observatoire de Paris.
Vendredi
4 novembre - Dîner annuel de l’Académie.
Le dîner est précédé d’une conférence
de notre collègue Yvon Bénard sur « Marie Curie ».
- Distribution des Mémoires T. 47/2011 (recueil des conférences
de l’année 2010).
Samedi
12 novembre -
Séance privée : conférence privée de M. Gérard-Guy
Mouchel sur « L’abeille, animal tabou de l’antiquité
».
Lundi
14 novembre - Réunion de la Commission administrative.
Samedi
10 décembre - M.
Baptiste Leseigneur, membre de l’Académie des Sciences, Arts
et Belles-Lettres de Caen, a été promu au grade de Commandeur
de l’Ordre National du Mérite. Les insignes de cette distinction
lui ont été remis par le Général René
Perrin, Commandeur dans l’Ordre National
de la Légion d’Honneur.
Samedi
10 décembre -
Remise du Prix littéraire de l’Académie par Mme Jacqueline
Musset, Présidente du comité du prix, à M. Jean-Paul
Bonami pour son livre « Mémoire du Théâtre de
Cherbourg » (autoédition).
Dimanche
11 décembre -
M. Jacques Maingard a reçu les insignes de Chevalier Commandeur
de l’Ordre Equestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem.
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Le
Petit Journal
Salon
de Caen - Dans une lettre à Jacques Moulin,
Serge Roué, responsable de la programmation du Salon du Livre
de Caen que l'on appelle communément maintenant Festival
Passage de Témoins, propose d'associer de manière
pérenne le nom de l'Académie au grand entretien programmé
chaque année en ouverture de cette manifestation. Après
Laure Adler l'an passé, Serge Roué propose cette année,
compte tenu de la thématique générale, le nom
de Pierre Rosanvallon, historien, professeur au Collège de
France. L'idée de notre participation d'une façon
définitive a l'ouverture du salon a reçu l'approbation
unanime de la Commission administrative.
Des
conférences de l’Académie au CID de Deauville
Nous avions
évoqué la chose dans notre précédente
Gazette, c’est maintenant officiel : lors de la passation
de pouvoirs le samedi 12 janvier 2012, les membres de l’Académie
des Sciences, Arts et Belles Lettres de Caen, réunis en assemblée
générale, ont approuvé, à l’unanimité,
le projet de convention permettant à notre Compagnie d’organiser
des conférences au Centre International de Deauville (CID).
Jean-Marie Lepargneur et Jacques Belin, directeur général
du CID, par ailleurs trésorier de l’Académie,
ont présenté à l’assemblée cette
convention, aboutissement de discussions au sein de la Conférence
administrative.
Dans un préambule, il est d’abord rappelé que
l’académie de Caen, fondée en 1652, a pour vocation,
selon ses statuts, « d’assembler en des réunions
utiles tous ceux qui s’attachent à la pratique des
Lettres, des Sciences et des Arts, particulièrement dans
leurs rapports avec la Normandie ». De son côté,
le Centre international de Deauville, souhaitant accompagner la
politique de communication de l’Académie, fait appel
à son expérience et sa compétence pour organiser
un cycle de deux ou trois conférences durant l’année
2012 afin d’élargir l’audience de l’Académie
en Basse-Normandie.
Selon les obligations des parties, le programme sera établi
en accord avec le président de l’Académie, ou
son représentant, et le directeur du CID, étant entendu
que les conférences publiques seront données par des
membres de l’Académie. Il est également convenu
que chaque conférence sera précédée
d’une présentation de l’Académie par son
président ou son Secrétaire perpétuel. L’accès
à ces conférences sera gratuit.
En résumé, l’Académie propose les thèmes
de conférences à l’approbation du CID. Elle
fournit le matériel pédagogique éventuel (bibliographies,
diapositives, etc) et informe ses adhérents et ses interlocuteurs
habituels. Pour sa part, le CID, en tant que co-organisateur de
ces réunions, se charge de l’accueil des participants
et assure la communication auprès de ses interlocuteurs habituels.
Par ailleurs, il s’engage à acheter 50 exemplaires
des Mémoires de l’Académie en vue de leur diffusion.
Prix
littéraire de l'Académie
Le 10 décembre,
l'Académie a remis son prix littéraire 2011 à
M. Jean-Paul Bonami pour son ouvrage "Mémoire
du théâtre de Cherbourg" sous titré
«Ombres et lumières» et« Deux siècles
d'histoire ».
Ecrit sur la base d'archives inédites qui lui ont été
léguées par l'un des derniers administrateurs, le
récit raconte les nombreuses tentatives faites par la ville
de Cherbourg pour s'offrir un théâtre digne de ce nom.
C'est en 1882 qu'est inauguré le magnifique bâtiment
construit sur les plans de Charles de Lalande, élève
de Garnier, l'architecte de l'Opéra de Paris. Ce théâtre
à l'italienne, parfaitement préservé, est sans
doute l'un des plus beaux de France.
Mme Jacqueline Musset, présidente du Comité du Prix,
a salué ce bel ouvrage, agréable à voir, à
palper et à consulter. L'étude d'Archives permet de
retracer une histoire heurtée. On ne peut pas masquer une
mauvaise organisation au départ, d'où des difficultés
de gestion, un cahier des charges très lourd, des changements
constants de participants, l'immobilisme de la municipalité.
Certes de nombreuses œuvres ont suscité l'enthousiasme,
présence de vedettes de l'art lyrique, de musiciens, comédiens
et danseurs de renom, mais on doit constater une désaffection
croissante du public. Mme Musset s'interroge sur ces « intermittences
du cœur» au sein du public.
Cette fresque historique, comme l'écrit le baryton Alain
Fondary dans sa préface, est un ouvrage sérieusement
documenté et richement illustré .M. Bonami, dans ses
remerciements, a raconté la genèse de son travail
sur ce «joyau du patrimoine national ».

Passation
de pouvoirs
Bernard GARNIER :
Questions d'actualité et ... Cahiers de l'Académie
Avant l'exposé
de Claude Roche prévu à l'ordre du jour sur Trois
orientales au carrefour des civilisations et au terme du rapport
moral présenté par le président sortant Jacques
Moulin ainsi que du bilan financier par le trésorier Jacques
Belin, le nouveau président Bernard Garnier, et vice-président
Jean Laspougeas, l'un et l'autre élus à l'unanimité
pour les années 2012 et 2013, ont remercié l'assemblée
pour la confiance et l'honneur qu'elle venait de leur témoigner.
En préambule, le président Garnier a tenu à
rendre hommage au président sortant pour tout le travail
accompli durant ses deux années de mandat. « Jacques
Moulin a inscrit son action dans une tradition soutenue par un réformisme
prudent mais constant» a-t-il déclaré en citant
deux exemples, d'abord la relecture de nos statuts « pour
ne pas dire révision au cas ou nous pourrions éviter
une démarche longue et difficile et nous contenter d'une
modification du règlement intérieur, comme le préconise
notre confrère Jean-Baptiste Leseigneur. II souligne ensuite
combien Jacques Moulin a beaucoup soutenu la position de Jean-Marie
Lepargneur visant à dupliquer une première étude
datant de 2000 sur l'Académie vue par les Académiciens.
Enquête qui a listé les forces et les faiblesses de
notre compagnie (cf le dernier numéro de La Gazette)
et recensé un certain nombre de thèmes que nous pourrions
aborder. Jacques a beaucoup œuvré afin qu'un premier
groupe de travail soit mis en place (1).
Bernard Garnier n'a pas manqué, non plus, de souligner «
le sens aigu de la diplomatie» de Jacques Moulin non sans
préciser qu'il n'est « pas certain de posséder
cette qualité » mais qu'il n'hésiterait pas
à faire appel à ses bons offices puisque « si
l'Académie a un président et un vice-président,
elle a surtout une commission administrative où siègent,
de droit, les anciens présidents ».
La suite de l'exposé définit le sens et les orientations
de l'action du nouveau président. « Celle-ci s'inscrira
dans le droit fil des présidences précédentes,
savoir, tradition et renouvellement qui sont aussi des thèmes
chers à la commission administrative sans qui rien ne se
fait, sans qui rien ne se fera bien évidemment. Le système
des conférences, lors des séances privées et
des séances publiques fonctionne très bien. A côté
de ces conférences que je qualifierais d'académiques,
je réintroduirai volontiers des questions d'actualité
qui secouent actuellement notre société : questions
économiques, fiscales, fonctionnement des banques, sans oublier
les agences de notation ... mais aussi, par exemple, laïcité
et religions. Religions au pluriel, bien sûr, puisque à
côté des islamistes il existe un extrémisme
catholique, sans parler des créationnistes chers à
notre confrère Yvon Bénard ». Et Bernard Garnier
de se demander si ces questions d'actualité ne constitueraient
pas une forme de retour aux sources, les réunions de nos
lointains confrères étant partiellement consacrées
à commenter les « nouvelles» arrivées
de Paris par la malle-poste.
Comment introduire des questions d'actualité et quelles questions
devrons-nous traiter ? Il appartiendra à la commission administrative
d'en discuter mais Bernard Garnier a sa propre réponse :
« Permettez-moi de rêver encore quelques minutes »
demande-t-il avant de préciser : « Je vois deux types
de questions, celles portant sur des sujets très précis,
celles embrassant une thématique beaucoup plus large, à
l'image de La Normandie et l'Europe, c'est-à-dire nécessitant
un investissement humain très important. Pour ces dernières,
il conviendrait de constituer un groupe de travail associant des
académiciens et des spécialistes extérieurs
à notre compagnie. Le dossier ainsi constitué serait
expédié par mail, présenté en séance,
discuté, amendé afin d'aboutir à un dossier
de vulgarisation de grande qualité qui serait ensuite largement
diffusé. En effet, une des vocations des Académies,
c'est, non pas orienter ou diriger, mais éclairer l'opinion
en lui fournissant les matériaux indispensables à
une réflexion autonome ».
« Pour ce faire, les Mémoires apparaissent
comme un réceptacle naturel mais il est possible de prévoir,
là encore, une publication autonome, par exemple dans des
Cahiers de l'Académie diffusés, dans un premier
temps, par les marchands de journaux de Caen ».
(1) Une première réunion sur La Normandie
et l'Europe s'est déroulée le 18 janvier à
l'Académie sous la férule de Jean-Jacques Bertaux.

Palmes
Académiques
Originaire de
Caen, ancien éducateur auprès d’enfants caractériels
et ancien membre de l’Institut national supérieur de
chimie industrielle à Rouen, notre confrère Jean-Paul
Le Fèvre est surtout connu, depuis son arrivée à
Saint-Lô en 1973, comme un artiste peintre de renom. Ancien
élève d’Edouard Garrido, à l’école
des Beaux-Arts de Caen, il est le peintre des « modestes
et des petits métiers » comme l’ont qualifié
Francois Digard, maire de Saint-Lô et Philippe Gosselin, député
de la Manche (à gauche et à droite sur notre photo)
en lui remettant l’insigne de chevalier dans l’Ordre
des Palmes académiques. Jean-Paul Le Fèvre a notamment
exposé en juin dernier dans l’atelier de Jean-François
Millet, à Barbizon.

L'Académie
dans les salons littéraires
*
28e Journées du Livre de Granville, 6-7 août
- Sept académiciens et académiciennes ont signé
leurs ouvrages lors du grand événement littéraire
normand du premier week-end d’aôut : Vladimir Fedorovski,
Alain Goulet, Gilles Henri, Yves Lecouturier, Corinne Pouillot,
Nicole Vray, Mareike Wolf-Fédida. On pourrait citer également
trois anciens membres de notre compagnie : Michel Giard, Roger Jouet,
Jean-Paul Lefebvre-Filleau et deux lauréats du Prix littéraire
: Elisabeth Coquart et Michel Pinel. Bernard Gourbin est le commissaire
de ce salon
* Journées du Livre de Cabourg, 9 et 10 août
- On note la présence de Gérard Pouchain et l'on retrouve
Pierre Bouet, Vladimir Fedorovski, Gilles Henri et Jean-Paul Lefebvre-
F illeau.
* Salon de Cheux, 13 novembre - Trois des nôtres
étaient présents au Salon du livre de Cheux placé
désormais sous la responsabilité de notre collègue
Yves Lecouturier. Ainsi relevait-on également la présence
de Pierre Bouet et Gilles Henry et là encore des trois anciens:
Michel Giard, Roger Jouet et Jean-Paul Lefebvre-Filleau.
* L'Eure du Livre à Evreux, 11 décembre -
Pour ce premier salon ébroïcien, on retrouve Jean-Paul
Lefebvre-Filleau et Corinne Pouillot.
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Les
nôtres publient...
Roland
Charpiot :
Bismarck. Perçu négativement de ce côté-ci
du Rhin, respecté – à défaut d’être
aimé – de l’autre côté, Otto von Bismarck
offre une image contrastée. Ayant toujours servi la Prusse et son
roi, il est par nature conservateur et monarchiste. Il tentera ainsi d’étouffer
la social-démocratie par des lois d’exception dont on dira
qu’elles furent « la Terreur sans la guillotine ». C’est
le même, pourtant, qui introduira le suffrage universel et fera
adopter en faveur des ouvriers des lois sociales très avancées
pour l’époque. Avant d’autres, il a compris l’importance
de l’économie et de l’industrie dans le monde moderne.
« Réactionnaire rouge » ou « révolutionnaire
blanc » ? Ou bien plutôt funambule oscillant avec adresse
entre la Prusse du passé et l’Allemagne de l’avenir
? L’auteur, agrégé d’allemand et docteur en
étude germanique, répond à ces contradictions.
(Vuibert)
Vladimir
Fédorovski
- Alexandre Adler : Le Roman du siècle rouge.
Fondé sur l’expérience des auteurs et l’accès
privilégié à des archives inédites, cet ouvrage
nous livre une approche nouvelle et inattendue sur des événements
majeurs du XXe siècle que furent la révolution bolchevique,
la guerre froide et la perestroïka jusqu'à la Russie d’aujourd’hui.
Connaissant bien les protagonistes dont ils parlent, les auteurs ont recueilli
de nombreuses confidences et mené pendant des années une
minutieuse enquête bousculant les idées reçues. Ce
débat d’idée permet de jeter un nouveau regard sur
les leaders de l’époque : Lénine, Trotski, Gorbatchev…
Destiné à devenir un livre de référence, ce
nouveau Roman prend aussi un relief particulier au moment du retour de
Poutine à la présidence de la Fédération de
Russie (Le Rocher)
Lucien
Jerphagnon
: De l’amour, de la mort, de Dieu et autres bagatelles.
Dans ce livre d’entretiens paru le 1er septembre - seize jours avant
sa mort - notre éminent confrère qui se définissait
malicieusement comme « une bête hybride, mi-philosophe,
mi-historien de la pensée antique » plaide pour une
vie harmonieuse par la promotion en l’homme de la conscience de
lui-même et du monde. On n’oubliera pas qu’il fut, de
1970 à 1984, professeur à Caen où il enseigna la
philosophie antique et médiévale. Plus récemment,
il avait dirigé, avec l’assistance de notre ex perpétuel
Jean-Louis Dumas, les trois tomes sur les œuvres de saint Augustin
dans la Bibliothèque de la Pléiade. Ce qui n’empêcha
pas ce sage dans un avant dernier petit livre plaisant sur La Sottise
? Vingt-huit siècles qu’on en parle, de révéler
au grand public son entrain et sa malice potache. (Albin Michel)
Gilles
Henry : Guillaume le Conquérant.
A l’occasion du 11e centenaire de la naissance de la Normandie,
l’auteur caennais nous livre une nouvelle présentation de
sa biographie du duc normand, la première remontant à 1986.
C’est un destin extraordinaire que celui de Guillaume, bâtard
de naissance à Falaise devenu duc de Normandie à huit ans
et roi d’Angleterre à trente neuf ! Ce fut un homme dur,
voire brutal, mais également réfléchi, obstiné,
capable d’une solide affection envers ses rares amis et envers son
épouse. Au total, un homme d’exception justifiant pleinement
son nom – créé assez tard- de Guillaume-le-Conquérant.
Comme des séquences cinématographiques défilent dans
le livre les grands chapitres de l’histoire ducale anglo-normande
: le Val-ès-Dunes, le mariage avec Mathilde de Flandres, la bataille
d’Hastings, les abbayes aux Hommes et aux Dames, etc. (France
Empire)
Gilles
Henry
: Sur les pas de Gustave Flaubert. Avec notre
ami Gilles, nous partons à la rencontre d’Emma Bovary, Félicité,
Bouvard et Pécuchet… Nous découvrons un Flaubert fédérateur
dans la mesure où il unit naturellement les deux parties de la
Normandie. Né à Rouen d’ancêtres maternels issus
du Pays dAuge, il passe toute sa vie dans la capitale de la Haute-Normandie
et à Croisset, hormis ses séjours réguliers à
Paris. En dehors de sa fascination pour l’Orient (Salammbô),
il était inévitable qu’une grande partie de son œuvre
soit marquée par les ciels normands (Un cœur simple)
y compris lorsqu’il revient sur ses propres souvenirs (L’Education
sentimentale, La Tentation de saint Antoine). Mais sa vie durant,
il conservera le souvenir de cette Elisa qu’il rencontra sur la
plage de Trouville. Jour après jour, recherchant toujours la phrase
idéale, il construira une œuvre immense (OREP éditions)
Yves
Lecouturier
: Massacre à Saint-Pierre du Jonquet. Le
6 juin 1944, les Alliés débarquent sur les côtes normandes.
La bataille de Normandie va se prolonger jusqu’à la fin du
mois d’août. Si quelques communes sont rapidement libérées,
d’autres doivent attendre plusieurs semaines. Déjà,
le 6 juin au matin, les Allemands massacrent plus de 80 prisonniers dans
la maison d’arrêt de Caen. alors que la Gestapo quitte Caen
pour s’installer dans le Pays d’Auge, Argences dans un premier
temps puis Sainte-Marguerite-de-Viette. N’ayant plus les moyens
de faire des prisonniers, les nazis assassinent sans retenue. A Saint-Pierre-du-Jonquet,
28 personnes sont exécutées, d’autres le seront à
Deauville, dans les bois de Montpinçon, à St Michel-de-Livet,
Troarn, Orbec, Vimoutiers, Pont-L’évêque, Lisieux,
Honfleur… Au total, 85 éxécutions en 90-dix jours
! (OREP)
Yves
Lecouturier :
Découvrir la Normandie de la Belle époque.
Grâce au développement de la photographie ainsi qu’aux
travaux de Jean-Baptiste Le Goubey et de l’abbé Alexandre
Dubosq, qui sillonnent villes et campagnes tels de véritables ethnologues
de la carte postale, les Normands deviennent les héros de leur
quotidien. Tout ce qui fait la particularité de la région
s’offre désormais à la vue de tous : les foires et
les marchés, la vie des pêcheurs, la fabrication du cidre
et de l’eau-de-vie, la traite des vaches, les petits métiers,
le barattage du lait, la dentelle, la cueillette des pommes, les fêtes
populaires, les plaisirs et les jeux, mais aussi le monde urbain, la politique,
le sport et les moyens de transport. On n’hésite plus à
photographier les gens avec leurs vêtements de tous les jours, la
blaude et la gapette, la bonnette, le tablier et le châle. Le cinématographe
naissant accentuera les choses. (OREP)
Jean
Migrenne :
Quintessence. Richard Wilbur est l’un
des plus grands poètes américains. Il est aussi traducteur
de poètes français, russes, espagnols, mais également
de grands classiques français. Et si aujourd’hui on joue
Corneille, Molière ou Racine aux USA c’est dans la traduction
de Wilbur. Une publication d’importance de son corpus poétique
n’avait jamais pu se faire en France en raison, notamment, des exigences
d’éditeurs détenteurs des droits d’auteur et
de traducteurs antérieurs. Quintessence, pure merveille
de la traduction littéraire, est le fruit de la profonde amitié
et de la reconnaissance qui lient Richard Wilbur à Jean Migrenne
depuis des décennies. Sans cette amitié, ce livre n’aurait
pas pu voir le jour. Les traductions publiées dans ce volume proviennent
de textes publiés aux USA sous le titre Collected Poems 1943-2004.
(Editions du Frisson esthétique)
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Les
récentes communications
par J-L Dumas
10
septembre 2011 :
« La voix et le chant » par M. Jean MALRAYE.
Il s’agit de la théorie de la voix chantée ainsi que
la pédagogie collective de la voix. Pour progresser, l’artiste
travaille à améliorer, parmi les éléments
du chant, le « vibrateur » (les cordes vocales) et le «
moteur » (la soufflerie respiratoire). Le travail du chanteur est
rendu plus difficile par le fait qu’il ne s’entend pas de
la même façon que les auditeurs. Le chanteur doit acquérir
la sensation positive que le son part souplement mais puissamment de la
boîte crânienne et faciale.
La conférence est suivie de travaux pratiques (exercices vocaux)
; et M. Malraye chante trois morceaux (Duparc, Schumann, Franck)
.
8
octobre 2011
: « Le rôle du Havre dans la Grande Normandie
» par M. François RUFFIER, Directeur général
adjoint de la Ville du Havre. La Seconde Guerre Mondiale a été
une terrible épreuve pour ce grand port (créé en
1517 par François Ier). Mais la renaissance du Havre a été
spectaculaire : essor démographique, urbanistique (Auguste Perret),
technologique. Le « Port 2000 » a été une grande
réalisation. Certes il y a encore quelques handicaps structurels.
Mais les acteurs locaux s’investissent dans le projet « Axe
Seine ». Ce dernier n’interdit point la création de
la « Grande Normandie ».

4 novembre 2011 :
« Marie Curie, savant et femme » par le Dr Yvon
BÉNARD (en prélude au dîner de l’Académie).
M. Y. Bénard retrace la vie et l’œuvre de Marie Curie.
Femme atypique par son époque, à l’origine pauvre
et sans soutien, elle a connu la gloire, première femme partout.
On l’a dite dure, austère, rigoureuse comme la science même.
Mais M. Bénard montre qu’elle avait un cœur.

12
novembre 2011
: « L’abeille, animal tabou de l’Antiquité
» par M. Gérard-Guy MOUCHEL. Virgile consacrait
sa IVe Géorgique à l’élevage des abeilles.
Mais le linguiste se trouve devant un phénomène curieux
: pas d’étymologie commune dans les langues indo-européennes
; nous sommes en présence d’un mot tabou en linguistique.
Freud, dans Totem et Tabou, nous fournit la piste d’une
ambivalence : attraction et répulsion. Dans l’Antiquité,
le miel était un produit d’une grande valeur économique
et commerciale : mieux valait alors ne pas se vanter d’en avoir,
ne pas en parler. Par ailleurs, le miel était à la source
de pratiques magiques.

Rencontres-débats des Amis de
l’Académie
21
octobre 2011
: « Guérisseurs et Saints guérisseurs.
Actualité des pratiques traditionnelles » par
M. Jean-Jacques BERTAUX, L’exposé fait appel
à des exemples normands. On est en présence d’un double
héritage : la pensée magique, qui appelle des forces secourables
(exemples du guérisseur) ; l’observation empirique de la
nature, qui permettra des pratiques comme celles du rebouteux, ou le recours
aux herbes. Mais M. Bertaux insiste surtout sur de nombreux saints du
christianisme : c’est par leur intercession que le résultat
souhaité est obtenu. Cela reposait jadis sur une certaine adhésion
à la foi catholique. Mais on ne peut nier la subsistance d’un
système de pensée qui remonte à des millénaires.
25
novembre 2011
: « Le roman, l’essai : deux chemins littéraires,
pour la connaissance » par Mme. Belinda CANNONE,
écrivain, Maître de conférences à l’Université
de Caen. Il existe trois modes d’accès à la connaissance
: le roman, l’essai, la philosophie. Dans l’essai, l’auteur
expérimente sa pensée : Mme Cannone expose la genèse
de plusieurs de ses essais. Elle montre une certaine proximité
entre le roman et l’essai. Le roman part d’un thème
pour construire une œuvre. L’auteur déploie les secrets
communs, non dits mais universellement partagés. Quant aux secrets
d’initiés, ce sont des savoirs auxquels nous n’avons
pas d’abord accès ; le romancier nous fait en partie traverser
cette expérience humaine ; et c’est la découverte
de quelque chose de nouveau.
16
décembre 2011
: « L’IMEC » par M.
Albert DICHY, Directeur littéraire de l’IMEC. Installé
à Caen en 2004, c’est une institution atypique. Le but est
de recueillir les archives du monde de l’édition en tant
que telle. L’IMEC est une aventure considérable. Il s’intéresse
à tous les domaines de la pensée et de l’art. Il a
trouvé dans l’Abbaye d’Ardenne une cadre magnifique.
M. Dichy termine par une réflexion sur la notion d’archive
et sur l’avenir de l’archive.
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Naissance
de l'Académie Française
V.Le
difficile choix des académistes
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Homme
de plume et intendant, Nicolas Faret révèle sans y prêter
attention à l’abbé Le Métel de Boisrobert,
avocat originaire de Caen, par ailleurs homme de lettres, conseiller d’Etat,
homme de confiance et secrétaire de Mgr le Cardinal de Richelieu,
l’existence d’un cercle de beaux esprits qui se réunit
clandestinement en la maison de M. Valentin Conrart. Pensant y trouver
des comploteurs, M. de Boisrobert s’y rend et n’y rencontre
que de doctes érudits passionnés de littérature.
Jugeant fort souhaitable la création d’une académie,
il en parle à M. le Cardinal qui, à sa grande surprise,
se montre intéressé. « Votre académie, lui
dit-il après avoir longuement réfléchi, eh bien,
faites-là ! ».
M. de Boisrobert, dès le lendemain, chargea M. Faret de transmettre
à la compagnie de la rue Saint-Martin le message du Cardinal mais
celle-ci avait reçu l’offre de son Eminence avec consternation.
Elle vivait dans une sorte d’âge d’or, avec toute l’innocence
et toute la liberté des premiers siècles. Sans autres lois
que celles de l’amitié et de la raison, elle se contentait
de jouir des délices de l’esprit et repoussait les liens
dorés de la servitude. Tous les Messieurs, d’un commun accord,
avaient déploré que Monseigneur vînt troubler, de
sa sollicitude imprévue, la douceur et la familiarité de
leurs conférences. Sans l’intervention deM. Chapelain le
débat eut pris méchante tournure. En définitive,
tenant le langage de la prudence, il avait emporté l’assentiment
général.
M. Faret remit à M. de Boisrobert la réponse écrite
de ses amis. Ceux-ci priaient l’abbé « de remercier
très humblement M. le Cardinal de l’honneur qu’il leur
faisait et de l’assurer qu’encore qu’ils n’eussent
jamais eu une aussi haute pensée et qu’ils fussent fort surpris
du dessein de Son Eminence, ils étaient tous résolus de
suivre ses volontés ». Bien que cette réponse fut
« moitié figue, moitié raisin », M. de Boisrobert
s’en contenta. Ayant pris soin de mettre Son Eminence en belle humeur,
il lui lut, peu après l’avoir reçu, le papier de MM
les difficiles.
Loin de discerner dans la réponse entortillée le regret
de leur indépendance perdue, il en jugea le tour heureux et déclara
sa satisfaction. Incontinent, il commanda à M. de Boisrobert de
dire aux futurs académistes « qu’ils s’assemblassent
comme de coutume et que, augmentant leur compagnie ainsi qu’ils
le jugeraient à propos, ils avisassent entre eux de quelle forme
et quelles lois il serait bon de lui donner à l’avenir ».
M de Boisrobert, dans le carrosse qui le ramenait au cœur de la ville,
riait comme un enfant. Il sentait obscurément qu’il avait
participé à un grand acte du règne et il en éprouvait
du plaisir : l’Académie était conçue, l’Académie
allait naître !
Comme Son Eminence avait fixé à une quarantaine le nombre
de ses membres, trente sièges restaient à attribuer, l’un
des membres de la compagnie s’étant retiré du groupe
originel. De concert avec M. Chapelain, M. Conrart dressait avec vigilance
la liste de leurs titulaires. Or, au commencement de février 1634,
M. de Boisrobert qui, pris par ses occupations, s’était borné
à correspondre avec la troupe de la rue Saint-Martin, parut à
l’une de ses séances. Il parcourut la liste des deux compères
et leur fit doucement entendre qu’ils eussent à modérer
leur zèle.
Monseigneur, en effet, ne partageait nullement leurs goûts pour
les illustres. Il avait de son côté établi sa propre
liste. L’abbé la venait justement soumettre aux suffrages
de l’Académie. M. de Boisrobert se garda bien d’indiquer
qu’aux cinq premiers de ces personnages pamphlétaires qui
besognaient dans le cabinet politique de son maître, il avait ajouté,
avec l’agrément de celui-ci, les trois derniers poètes
plus dignes de sa pitié pour leur gueuserie que pour leur inspiration.
Mise en présence de ces huit noms, la compagnie restait silencieuse,
fort déconfite de voir ainsi circonscrire la liberté de
ses choix. Si elle jugeait acceptable que Son Eminence récompensât
de quelques honneurs les hommes de paille qui l’avaient servie dans
ses batailles de plume, elle s’étonnait, par contre, qu’Elle
marquât sa prédilection à des écrivains de
galimatias bien mal qualifiés pour participer à la réforme
de la langue française.
Cependant, elle n’éleva aucune protestation. Elle se consolait
en supputant que vingt-deux sièges étaient encore libres
où l’on pouvait installer des gens de bel air, des bien-disants,
des savants de grand relief qui n’appartenaient pas à Mgr
le Cardinal. M. Faret, moins spéculatif que ses confrères,
proposa de réserver l’un d’eux à son cher ami,
M. de Saint-Amant, qui était, dit-il avec force, M. de Malherbe
mort, le plus fameux poète de ce temps. L’un des Messieurs
observa que M. de Saint-Amant déserterait l’Académie
pour la taverne et qu’il préférerait toujours humer
le « piot » à disserter de grammaire ; mais M. de Boisrobert,
se souvenant que le bon gros Silène de la « Pomme de Pin
» était Normand comme lui, soutint sa cause et la fit triompher.
M. Faret profita de ce succès pour réclamer une place en
faveur de M. de Méziriac, natif de Bresse à son exemple,
et qui, helléniste, mathématicien, traducteur, poète,
jouissait d’un juste crédit dans la république des
lettres. Satisfait pour la seconde fois, M. Faret se tint coi : il avait
rendu un suffisant hommage à l’amitié, au savoir et
au talent. D’ailleurs, d’autres académistes lançaient
des noms, brûlant de distribuer à leur tour des lauriers.
Paisible dans la mêlée, M. de Boisrobert entendit prononcer,
vingt éloges, attaques et défenses, vit naître, grandir,
succomber ou triompher autant de candidatures posées avec vigueur,
prônées avec acharnement. A la fin de la journée,
trois d’entre elles survivaient aux censures et déblatérations.
Lasse et un peu confuse de ses promesses de langue, la compagnie se résigna
à les joindre aux autres déjà admises, et à
opiner favorablement du bonnet sur le tout. Ainsi fit-elle treize académistes
nouveaux ; mais plusieurs de ses membres bouillaient de dépit,
voyant avec chagrin des gens de peu remplacer leurs illustres.
Les semaines s’écoulèrent, sans autres réunions,
après cette séance de tumulte. Dans le même temps,
M. Conrart se mariait et allait habiter sous le toit d’un parent
en Ile-de-France. Dès lors, l’Académie n’avait
plus de domicile, alors que M. de Boisrobert subissait le blâme
de Monseigneur furieux de voir, sur la liste des treize, paraître
le nom d’un de ses pires adversaires. Quelques jours plus tard,
ayant naïvement proposé de faire de Mgr Pierre Ségnier,
chancelier de France, le protecteur de l’Académie, il avait
senti sur ses épaules passer le vent de la disgrâce. Menaçant,
l’Eminentissime lui avait signifié qu’il entendait
protéger en personne l’institution et qu’il n’avait
nul besoin pour cela de ce faquin de chancelier qui payait les louanges
des poètes avec l’argent du sceau.
par
Emile Magne (1)
(à
suivre)
-
(1) Extraits de Naissance de l’Académie Française,
n° 707 de « La Petite Illustration » du 19-01-1935.
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