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Fondation:

L'Académie littéraire est due à Jacques Moisant de Brieux, riche bourgeois caennais, qui sera anobli par Louis XlV aux motifs suivants : " pour l'estime et la réputation qu'il s'est acquises parmi les savants et les gens de lettres; Moisant possède la plus belle maison de Caen : l'Hôtel d'Escoville, où il reçoit la compagnie formée en l652, dont Pierre Daniel HUET dira plus tard qu'elle était composée de " sujets si éminents dans les lettres, qu'il eut été malaisé de trouver dans aucune des académies du royaume et de celles de l'Italie tant de personnages illustres par leur savoir"

. On peut citer parmi eux :

Moisant de Brieux lui-même, qui, réformé, saura maintenir l'émulation au sein de la compagnie, dans une parfaite harmonie entre catholiques et protestants

  • Antoine Halley, professeur en droit canon, professeur d'éloquence, recteur de l'université, qui a formé des générations d'élèves.
  • le Docteur de Vicquemand, membre également de l'académie de physique.
  • le Pasteur Samuel Bochart, qui connaît l7 langues en dehors du Français, et dont l'immense érudition est unanimement reconnue.
  • l'Évêque Pierre Daniel Huet, un surdoué à l'esprit encyclopédique, fondateur de l'académie de physique et sous-précepteur du dauphin.
  • le Poète Regnault de Segrais, académicien français qui reprendra le flambeau quelques années après la mort de Moisant de Brieux.

Ces personnages ( et quelques autres ) porteront bien haut le renom de l" Académie de Moisant de Brieux".

Les réunions hebdomadaires ont lieu sous le protectorat de Moisant de Brieux à l'Hôtel d'Escoville de l652 à l674.

On compte une trentaine d'académiciens, recrutés au fil du temps par cooptation ( ils sont généralement une dizaine en séance ).Certains d'entre eux quitteront la France à la suite des difficultés religieuses de l'époque.

Louis XIV Visite les Jardins du Roi

Louis XIV Protecteur des arts et des lettres visite
 le jardin du Roi (Jardin des Plantes- Paris) 

Essor :

Après la fondation et jusqu'à la Révolution, l'activité de l'Académie s'accroît progressivement, avec néanmoins des hauts et des bas et même une période d'inactivité totale de 14 ans, mais l'Académie se pérennise, et comme le phœnix elle renaît toujours de ses cendres.

 1674- 1685 Après la disparition de Moisant en l674, les de Matignon Père et Fils, adjoints du Gouverneur, prennent en charge les académiciens qui, à la mort d'Henri de Matignon en l682, sont obligés de quitter l'Hôtel d'Escoville ( en l'absence de recrutement, il en subsiste alors une dizaine ); les intendants prennent le relais ( Meliand, Morangis ), et accueillent les académiciens dans les locaux dont ils disposent.

1685-1701 Regnault de Segrais rassemble les six académiciens restants, recrute de nouveaux membres et reçoit l'académie dans son hôtel Caennais, aménagé pour la circonstance; on se retrouve alors aux environs de 35 membres, dont le plus connu hors de Caen est peut-être Antoine Galland traducteur des Mille et une Nuits.

1701-1714 A la mort de Segrais ( l701), son beau-frère Croisilles propose à son tour sa propre demeure; on nomme Protecteur l'intendant Foucault, qui va obtenir du Roi en 1705 des Lettres Patentes, dont l'article l2 précise " la pureté de la langue devant être le principal objet de l'académie ..." ( c'est la seule académie à laquelle le Roi fixe cette mission précise ).

Statutairement, il est prévu 30 académiciens titulaires et 6 ecclésiastiques surnuméraires.

Après le départ de Foucault, Croisilles veut être nommé Directeur Perpétuel; devant l'opposition de la majorité des membres de la compagnie, il leur ferme sa porte purement et simplement sous prétexte de voyage.

1714-1731 Les réunions académiques ont cessé, mais les académiciens ne se découragent pas et finissent par se tourner vers le pouvoir religieux; ils proposent le Protectorat au Cardinal de Lorraine, qui hésite, fait part de ses scrupules et meurt en 1728. Monseigneur de Luynes accepte, lui, dès sa prise de possession de l'Évêché de Bayeux en 1730 de devenir le nouveau Protecteur et invite aussitôt les académiciens chez lui.

1731-1753 Nouveau départ : il reste 14 académiciens, on complète leur nombre et jusqu'au 1753, tous se réuniront chaque semaine au Palais Épiscopal. Outre le P. Porée, le Recteur Crevel, le talentueux François Richard de la Londe, le Maire de Caen Blouet de Than, l'académicien le plus connu de cette époque est le P. André, professeur de mathématiques, auteur de l' "Essai sur le beau".

C'est une période féconde, au cours de laquelle on reçoit les premiers associés : Helvétius, le peintre Restout.

Monseigneur de Luynes est nommé à Sens en 1753.

1753-1774 Grâce à monsieur Blouet de Than, les académiciens vont regagner l'Hôtel d'Escoville devenu la Mairie.

Le choix du Protecteur par l'académie se porte maintenant à nouveau sur l'autorité politique, en l'occurrence l'intendant Fontette, homme actif, imaginatif, soucieux de sa "gloire", mais autoritaire et même prévaricateur. Fontette recevra un grand nombre d'associés, proposera des prix sur sa cassette personnelle et financera de même pendant plusieurs années la publication des Mémoires de l'Académie.

Parmi les académiciens les plus connus, sont alors admis, titulaires ou associés : Fréron, Élie de Beaumont, le Chevalier Turgot, le physiocrate Dupont de Nemours.

Témoignage de notoriété : en 1754, le Roi Stanislas demande à l'académie de Caen de s'associer à la toute jeune académie de Nancy. Caen accepte volontiers et remercie le Roi.

En définitive, bien que contrasté, le bilan de Fontette apparaît plutôt favorable à l'Académie.

1774-1792 Fontette s'en va; l'académie tente de s'attacher à son successeur Esmangart, puis rencontre un accueil favorable auprès du Duc d'Harcourt, Gouverneur de Normandie. Le ton des communications présentées alors ,reflète bien l'esprit de cette fin de siècle.

On peut citer comme académiciens : l'Abbé de l'Épée bienfaiteur des sourds-muets et Brémontier qui fixe les dunes avec des plantes maritimes.

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  1. Tel le phœnix, l'Académie renaît toujours de ses cendres.

Renaissance

Après la Révolution, l'Académie ressuscite.

1792-1800 Tous les Académiciens sont officiellement supprimés par la Convention en 1793. Aucune réunion n'a donc lieu, chacun s'attachant à des préoccupations plus immédiates.

A partir de 1800, l'académie se reconstitue grâce au Préfet Dugua, d'abord sous le nom de "lycée", puis en reprenant dès 1802 son ancienne dénomination d' "Académie" ( avec officiellement un objet élargi aux Sciences et aux Arts ).

Les Statuts prévoient à nouveau 36 sièges numérotés; 11 de ces sièges sont occupés par d'anciens Académiciens d'avant la Révolution.

Les réunions se tiennent à la Préfecture, puis derechef à l'Hôtel d'Escoville et dans les locaux du nouvel Hôtel de Ville Place de la République.

Au cours des XlXe et XXe siècles, l'activité académique connaît heureusement une moindre agitation que précédemment : elle reste continue jusqu'à nos jours malgré toutes les vicissitudes politiques ou militaires; des "MEMOIRES " paraîtront assez régulièrement surtout à partir de 1811, avec une périodicité le plus souvent annuelle.

La Compagnie sera reconnue " d'UTILITÉ PUBLIQUE" par Napoléon III en l853, ce qui rendra possibles les dons et legs, ces derniers destinés à la dotation de plusieurs prix           ( Lesauvage, Dan de la Vauterie, Lair, Moulin, de la Codre ) qui seront distribués jusque dans les années 1930, après quoi ils s'éteindront victimes des dépréciations monétaires.

Beaucoup de titulaires ou d'associés ont laissé un nom dans l'histoire locale ou nationale. Qu'il suffise de rappeler parmi les titulaires les auteurs des prix ci-dessus , ainsi que le P. Jamet, fondateur du Bon Sauveur et d'une école de sourds-muets, le poète Le Flaguais, et les universitaires Charma, Hippeau, Travers, Gasté, Prentout, Lavalley, Morière, Robillard de Beaurepaire sans oublier le maire Bertrand, le collectionneur Mancel ni le célèbre Arcis de Caumont.

L'Académie s'est aussi largement ouverte aux associés de toutes disciplines, on peut relever les noms de: Desgenettes, Laplace, Lacépède, Octave Feuillet, Camille Flammarion, Léopold Delisle, aussi bien que ceux de Lamartine, Tocqueville, Boucher de Perthes, Leverrier, ou plus près de nous le Mathématicien Henri Poincaré, Guimet, le fondateur du musée, et même Paul Deschanel en tant qu'Académicien Français.