La GAZETTE
de l'Académie des Sciences,
Arts et Belles-Lettres de Caen
(N°20 hiver 2008)

[ Editorial | La vie de l'Académie| Les nôtres publient…| Les récentes communications ]
[Le petit journal| Notre histoire]


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EDITORIAL

L' Académie face à la crise et la pauvreté

2009 vient de naître et j'adresse à chacun et à chacune d'entre vous et à sa famille mes vœux les plus chaleureux de bonne et heureuse année, de bonne santé.
Nous avons dans nos rangs de nombreuses personnes âgées atteintes par la maladie, la solitude. Nos pensées, dans ces moments de fête, doivent aller d'abord vers elles. Qu'elles n'hésitent pas, si elles souhaitent une visite, à nous contacter. Nous ne souhaitons pas nous imposer.
Par ailleurs, nous vivons dans une société où de nombreuses personnes par suite du chômage, de la maladie, de la rupture conjugale, de la solitude basculent du jour au lendemain dans la pauvreté. La crise économique n'arrange pas les choses. Le chômage ressurgit de façon aiguë et massive. On a faim aujourd'hui en France. Le dernier rapport 2007/2008 de l'Observatoire national de la pauvreté et de l'exclusion sociale pousse un cri d'alarme: les pauvres deviennent de plus en plus pauvres.
La prodigieuse diversité des membres de l'Académie des Sciences, Arts et Belles Lettres de Caen constitue une très grande richesse, une force et une originalité. Nous devons nous saisir des questions d'actualité, faire des propositions que nous soumettrons à ceux qui détiennent le pouvoir d'agir. C'est le rôle de chacun et de chacune d'entre nous selon sa compétence.
Je vous renouvelle mes vœux en souhaitant qu'en 2009 notre Académie continue à œuvrer pour les valeurs qui sont les nôtres.

Très cordialement.

Le Président
Baptiste LESEIGNEUR

 
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La vie de l' Académie

Lundi 28 juillet - Obsèques en l'église de Venoix de notre collègue Jean Collin, professeur honoraire à l'Université, ancien chef de cabinet rectoral et auteur de plusieurs ouvrages, membre titulaire de l'Académie depuis 1997.

Samedi 20 septembre - Conférence privée de Michel Giard sur "L'épopée du sauvetage en mer".

Lundi 22 septembre - Réunion de la Commission administrative.
- Démission de notre consœur Selva Gourcy pour raison de santé.

Mercredi 24 septembre - Obsèques en l'église Notre-Dame de Passy, de notre collègue François Hinard, professeur d'Histoire romaine à Paris IV­ Sorbonne, membre associé de l'Académie depuis 2002.

Du 1er au 4 octobre - Le président Baptiste Leseigneur et le vice-président Jacques Moulin participent à la Conférence nationale des Académies à Grenoble.

Samedi 18 octobre - Conférence publique du Dr Yvon Bénard sur "Le créationnisme: la Bible contre Darwin".

Jeudi 13 novembre - L'Académie est représentée à l'inauguration de la rue qui porte le nom de notre regretté confrère Edouard Zarifian devant la Centre Esquirol.

Samedi 15 novembre - Election de MM. Eric Eydoux (parrains: Jean-Marie Lepargneur et Guy Pelletier) et Jacques Sauvage (parrains: Elisabeth Halbout-Cohen et Bernard Gourbin)
- Conférence privée de Jean-Paul Lefebvre-Filleau sur "Zola et l'affaire Dreyfus, l'histoire d'un double crime".

Lundi 24 novembre - Réunion de la Commission administrative.
- Titularisation de Mmes Marie-Catherine Mathieu et Françoise Bermann

Samedi 29 novembre - Obsèques en l'église Saint-Gilles de notre consœur Geneviève Le Cacheux, Conservateur général en retraite des bibliothèques de la ville de Caen, membre honoraire de notre Académie.

Samedi 6 décembre - Remise du prix littéraire de l'Académie par Mme Jacqueline Musset au lauréat 2008, M. Michel Pinel, pour son livre" Jules Barbey d'Aurevilly, le scandaleux".
- Conférence publique de Me Jean-Pierre Marin sur "L' ltinéraire d'une famille française en Algérie".

Vendredi 12 décembre - 70 convives participent au banquet annuel de l'Académie.
- Le banquet est précédé d'une double conférence privée de notre collègue Bernard Gourbin intitulée "Histoires courtes: 1. Samuel Beckett, l'Irlandais de Saint-Lô - 2. La Guépéou et le NKVD sur la côte normande".


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Deux lettres au Président Leseigneur

Gérard Larcher, 23 octobre 2008

Monsieur le Président,
Votre chaleureux message de félicitations m'a profondément touché et je vous en remercie du fond du cœur.
Je suis particulièrement heureux de la confiance que m'ont manifestée mes collègues en m'élisant président du Sénat.
Je souhaite conduire le Sénat de demain en lui insufflant un esprit de renouveau, dans l'attachement aux acquis de mes prédécesseurs, le respect des traditions de notre Assemblée et l'attention à ses diverses sensibilités.
Je vous prie d'agréer, Monsieur le Président, l'expression de mes sentiments les meilleurs.

Gérard Larcher

En post-scriptum - Mon discours devant votre Académie a été le premier "pilier" public de ma candidature. Avec mon fidèle souvenir.


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Daniel Grasset, 3 décembre 2008

Monsieur le Président et cher Ami,
Je vous remercie de votre cordial message auquel j'ai été particulièrement sensible. Je me suis efforcé durant mon mandat présidentiel, d'attirer l'attention sur l'intérêt que représentait pour les membres de la Conférence (1) leur participation accrue à nos réunions statutaires annuelles. Je me suis, par ailleurs, personnellement attaché au renforcement de nos liens avec l'Institut, tout particulièrement avec le Chancelier Gabriel de Broglie dont l'appui nous est fondamental.
Je garde un excellent souvenir de l'accueil que vous avec bien voulu me réserver dans cette belle ville de Caen dont l'Académie témoigne d'une activité culturelle en parfaite harmonie avec le prestigieux patrimoine historique de la cité.
En attendant le plaisir de vous revoir à Paris, à l'Institut les 9 et 10 octobre 2009 pour le colloque sur le Progrès social, je vous souhaite de passer d'excellentes fêtes de fm d'année, vous adresse mes meilleurs vœux de nouvel an et vous assure de mon très cordial souvenir à partager avec tous vos confrères académiciens
.
Professeur Daniel Grasset
(1) Conférence Nationale des Académies des Sciences, Lettres et Arts.

 

 

 


Les nôtres publient...

- Jacques Séverin Abbatucci:L'homme et le Mystère du Cosmos.Tout dans l'univers est énergie et information et les distances entre les objets cosmiques sont immenses. La transparence qui caractérise l'ensemble est parcourue par des forces et des ondes «immatérielles» qui font partie de notre réalité. Les êtres vivants sont parties intégrantes de cet ensemble, partageant la même transparence. L'esprit et, chez l'homme, la pensée réfléchie liée à la complexité du cerveau, interviennent puissamment dans le phénomène évolutif. La rationalité qu'elle renferme ne traduit-elle pas le mystère d'une intelligence intégrée au cosmos ? Pour l'auteur, tout cela vient soutenir l'espérance teilhardienne en s'ouvrant sur de nouvelles étapes évolutives lumineuses. Nouvelle édition revue et augmentée. (L 'Harmattan).

- Alain Goulet: L'Univers de Sylvie Germain. Ce livre né d'un récent colloque de Cerisy sous la direction d'Alain Goulet est enfin paru. Ce bouquet d'études dialoguant entre elles en approfondissant l'enquête sur la figure et l'œuvre de Sylvie Germain constitue un vaste panorama éclairant les principales facettes de l'univers de cette romancière et essayiste capitale de notre temps. Une vingtaine d'auteurs - parmi lesquels un autre de nos collègues, Gérard Poullouin avec la participation également de Mareike Wolf-Fédida - y analysent la pensée et la vision du monde de Sylvie Germain, son esthétique et son éthique, son interrogation sur le sens de l'existence, les modalités de sa création ... Le tout accompagné des réactions de l'écrivain et une bibliographie de référence. (Presses Universitaires de Caen)

- Gilles Henry: Quand l'histoire nous est comptée. L'histoire s'apprécie de diverses manières: la lecture, le théâtre, le cinéma ou la simple visite de lieux historiques. Elle a aussi recueilli des mots ou des expressions. Elle possède, enfin, des locutions chiffrées, telles Les Soldats de l'an deux, La République une et indivisible, La Cinquième colonne, Les Sept merveilles du monde, Le Quatorze Juillet, Les Quarante heures, La Guerre de Cent Ans, Les Quatre sergents de La Rochelle, La Vie des Douze Césars, L'Europe des Six, des Dix, des Vingt ... etc. Le dernier livre de Gilles Henry (son 45e) comporte plusieurs centaines de notices réparties entre l'histoire bien sûr mais aussi en divers autres champs: art, architecture, géographie, politique, culture générale, littérature, droit et autres questions d'actualité. Curieux et instructif (Editions Christian).

- Jean-Paul Lefebvre-Filleau: Saint-Paul, son histoire, sa théologie. Rien dans son attitude, dans ses paroles, dans ses actes, ne laissait présager le coup de théâtre de la conversion de Saul de Tarse considéré comme le second fondateur du Christianisme. Ce juif Pharisien de la Diaspora, persécuteur des Chrétiens, avait assisté, impassible, à l'affreuse lapidation du diacre Etienne. En effet, ce fils d'Israël,
de la tribu de Benjamin, était un ennemi farouche de tout ce qui pouvait porte préjudice au mosaïsme. Et pourtant, proclamant ses erreurs et sa foi après sa rencontre avec le Christ ressuscité sur le chemin de Damas, il devînt "l'apôtre des
Gentils". Notons que l'auteur a aussi écrit un ouvrage L'Affaire Bernadette Soubirous l'enquête judiciaire de 1858. (Arsis).

- Jacques Sauvage: Ami soit-il. Jacques Sauvage est le tout dernier académicier admis dans notre Compagnie. Homme de radio présent sur France Bleu Basse Normandie, animateur, producteur, directeur des programmes, réalisateur de plusieurs Ateliers de Création de Radio France, il est aussi écrivain. Après un premier romar intitulé Pépette loves PPDA, il vient d'obtenir le prix littéraire de la ville d'Etreta pour cet Ami soit-il dans lequel Franck Spencer, jeune champion d'équitation médaille d'or aux Jeux olympiques, collectionne les succès jusqu'au jour où .. C'est son ami de toujours qui nous raconte l'histoire de ce flambeur, imprévisible arrogant et audacieux dans cet ouvrage cruel, violent, âpre et tendre à la fois. (Dorva Editions).

- Gianfranco Stroppini: Farahmönde. Ce livre nous parle d'un amour juvénile oublié depuis des décennies: voici quarante ans, Farahmönde et Ignace de Leucarth( se sont aimés. Un très long temps s'est écoulé lorsque des évènements imprévus relancent leur tourment. On trouvera dans leur histoire à la fois le heurt de sentimenn contrastés, l'amour et la haine, l'intrusion de personnages mi-rêvés, mi-réels, le tout dans un climat surréaliste dans lequel le délire et la folie préludent à la mort. Le tête à tête de Farahmonde et d'Ignace va logiquement se briser sur l'imposssibilité de ces êtres à maîtriser leur vie. Ce récit d'un drame de la vie ordinaire, ou presque, vaut par son originalité, certes, mais aussi par les qualités d'une écriture haletante (L 'Harmattan).

- Camille Tarot: Le symbolique et le sacré. La question de la religion a été centrale dans la sociologie et l'anthropologie classsiques. Pour la tirer des impasses el de la stagnation où elle est reléguée de nos jours, notre collègue Camille Tarot propose dans ce gros ouvrage (900 pages), préfacé par Lucien Scubla, un bilan critique des œuvres des meilleurs comparatistes à travers leurs théories si contradictoires de la religion: Durkheim, Mauss, Eliade, Dumézil, Lévi-Strauss, Girard, Bourdieu, Gauchet. Au fil de cet examen, il apparaît que l'essence du fait religieux est à rechercher à l'intersection du symbolique et du sacré. La possible fécondité du modèle qui se dégage ainsi s'atteste par sa capacité à relire les sources et à renouveler en profondeur les vieux problèmes des fonctions de la religion. ( La Découverte/MA. U.S.S.).

- Mareike Wolf-Fédida: Psychopathologie fondamentale suivi de Abécédaire de Pierre Fédida. Alors que la psychopathologie fondamentale a acquis une renommée internationale, que sa qualification s'est trouvée facilement adoptée par la communauté scientifique et que ses recherches dépassent les frontières de sa propre discipline, il se trouve que sa définition n'a jamais été clairement établie. S'appuyant sur de nombreux documents, cet ouvrage propose donc une définition de son objet et de ses méthodes, il en détermine des champs d'application et des exemples de recherches. Non sans rappeler, au passage, la création du premier laboratoire de psychopathologie fondamentale par Pierre Fédida. Au-delà de son propos, il aborde aussi la question de l'avenir de la recherche en sciences humaines. (MJW F édition).
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Le prix littéraire de l'Académie
Jules Barbey d'Aurevilly, le scandaleux

Après la Coréenne de la baie montoise Pak Chong-ja en 2007, après le Haguais Guillaume de Monfreid en 2006, le Deauvillais Christian de Bartillat en 2005 et bien d'autres en remontant le temps, l'Académie a trouvé son lauréat 2008 en la personne d'un manchois pur ,jus: Michel Pinel, auteur d'un Jules Barbey d'Aurevilly, le scandaleux. Jacqueline Musset a su vanter les mérites de ce bel ouvrage illustré paru aux éditions Eurocibles, «incontestablement le plus complet et le plus original de tous ceux qui ont marqué l'année Barbey en 2008».





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Les récentes communications

par J-L Dumas

17 mai 2008: "Maxence Van der Meersch: une conception rénovatrice du roman" par Mme Fabienne Verger-Lucet. Celle-ci rappelle que son père, Robert Verger, qui présida notre Académie, a fait une thèse sur cet écrivain, prix Goncourt 1936 pour L'Empreinte du dieu et grand prix de l'Académie française en 1943 pour Corps et Âmes qui fit scandale et eut un retentissant succès. Après avoir exposé les traits principaux de la théorie naturaliste, Mme Verger-Lucet retrace la vie de cet auteur et caractérise ses différents romans. Le centre de gravité en est l'homme avec sa psychologie mais, ce qui l'emporte, c'est le souci du fait réel. L'écrivain s'intéresse aux humbles, à leur noblesse et à leurs vertus. Il dépeint l'ambiance des usines, le monde de l'hôpital, l'intrigue passe au second plan. Van der Meersh n'est pas le continuateur des naturalistes: il dit non à leur pessimisme, il dénonce leur immoralité et fait ressortir la beauté d'une âme noble.


20 septembre 2008: "L'épopée du sauvetage en mer" par M. Michel Giard. On a fêté en décembre 2007, les 40 ans de la Société Nationale des Sauveteurs en Mer (SNSM). M. Giard en retrace la genèse, qui se fit dans la douleur et les difficultés. En 1967, la SNSM résulta de la fusion de deux sociétés antérieures. Notre confrère dessine le visage de cette struture qu'il connaît bien. Elle compte plus de 100 stations, de Dunkerque à la pointe de la Corse, avec des missions Outre - Méditerranée. La variété des tâches est frappante: assurer le sauvetage de tous, la sécurité du littoral, le ravitaillement de certains phares, etc. Tout cela se fait dans la solidatrité. Les mots d'ordre sont: bénévolat, disponibilié, courage.

18 octobre 2008: "La Bible contre Darwin" par le Dr. Yvon Bénard. Le titre doit bien être lu dans ce sens: Darwin n'a jamais attaqué la religion, alors qu'il y a eu, et qu'il y a, des offensives "créationnistes". Dans les années 1880, le transformisme est en général adopté. Les Eglises avaient fini par s'accomoder de cette idée d'un monde en mouvement. Mais à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, les créationnistes tentent d'empêcher l'enseignement du fait de l'évolution. Actuellement, les tendances «anti-évolution» affectent toutes les religions. M. Bénard évoque les croisades créationnistes d'abord aux USA où des pressions s'exercent pour faire expurger les manuels scolaires (rôle du Home Schooling). De Turquie nous est arrivé L'Atlas de la Création qui mêle habilement le vrai et le faux. Le créationnisme turc est un danger réel pour la laïcité et la démocratie. Une contre offensive évolutionniste s'impose, montrant les preuves paléontologiques, phylogénétiques, etc.


15 novembre 2008: "Zola et l'affaire Dreyfus, l'histoire d'un double crime" par M. Jean-Paul Lefebvre-Filleau. Notre confrère plante le décor: les vicissitudes de la IIIe République, le développement de l'anti­sémitisme. Puis il retrace les épisodes de l'affaire Dreyfus et les circonstances qui menèrent Zola à publier sa lettre ouverte au Président de la République: J'accuse. Il fut condamné à un an de prison, fit appel à deux reprises mais dut s'exiler plusieurs mois. Les menaces de mort s'accumulaient sur lui. Après le suicide du colonel Henry, on se résolut à la révision, cependant le conseil de guerre de Rennes (août 1899) condamna de nouveau Dreyfus «avec circonstances atténuantes». Les ennemis de Zola ne désarment pas. Après deux tentatives d'assassinat, il meurt asphyxié dans des conditions suspectes (29 septembre 1902). M. Lefebvre-Filleau expose les conditions techniques et les insuffisances de l'enquête. Ses propres recherches, notamment les souvenirs d'un homme retiré dans la Manche, lui ont permis d'identifier les coupables.



6 décembre 2008: "Itinéraire d'une famille Française en Algérie" par Me Jean-Pierre Marin. Les hasards de l'histoire ont conduit la famille de notre confrère à vivre parmi les Berbères de l'Aurès. M. Marin décrit le «petit peuple pied-noir». Puis il retrace la généalogie de ses ascendants installés à Batna. Il montre l'atelier de son père, forgeron. Les rapports avec les populations autochtones étaient bons. Mais après 1954, c'est la guerre puis l'indépendance. La famille s'installe à Villeneuve-Lès-Avignon. Ses membres éviteront alors
de parler de l'Algérie. Mais J.-P. Marin a pu y faire, récemment, un voyage émouvant, il a été bien accueilli. La France, conclut-il, s'est mal conduite envers les Français d'Algérie et envers les Harkis.

12 décembre 2008: "Histoires courtes: 1. Samuel Beckett, l'Irlandais de Saint­ Lô" par M. Bernard Gourbin. C'est un pan méconnu de la vie du dramaturge irlandais, d'août 1945 à janvier 1946, que retrace d'abord notre confrère. Assistant de français à Dublin, Beckett, en 1937, redécouvre Paris qu'il avait connu jeune comme lecteur d'anglais à Normale Sup. Lorsque la guerre le surprend, il choisit la France et la résistance dans un maquis du Vaucluse. A peine a-t-il regagné son pays pour y retrouver sa mère qu'il revient en France pour le compte de la Croix-Rouge irlandaise. Le voici à Saint-Lô à la tête d'une unité hospitalière temporaire de cent lits. Là, un harassant travail de factotum l'occupe sept jours sur sept. Le futur prix Nobel de littérature se fait économe, magasinier, interprètre, chauffeur de camion (bien qu'il fut myope). II saura se faire aimer en rendant service à tout le monde. De cette expérience bouleversante il ne reste qu'un poème et un titre fameux: Saint-Lô, Capital of the Ruins"
2. La Guépéou et le NKVD sur la côte normande" par M.
Bernard Gourbin. 26 janvier 1930,22 septembre 1937. A 7 ans de distance, deux généraux russes, chefs des émigrés, Alexandre Koutiépoff et Eugène Miller, disparaissent à Paris. Peu après, dans les deux cas, un cargo soviétique quitte précipitamment Le Havre. En 1930, un canot moteur chargé d'un volumineux paquet oblong se dirige vers le bateau mouillant au large de Villers-sur-Mer. En 1937, une grande caisse amenée par une camionnette est directement chargée à bord du navire qui s'empresse de quitter le Havre. Ce sont les incroyables péripéties de ces évènements dignes de romans d'espionnage que nous rapporte le conférencier. Tout ou presque se déroule chez nous. Jamais on ne reverra les deux généraux russes. Crimes sans cadavres signés Staline.

Rencontres-débats des Amis de l' Académie

20 juin 2008: "Le cycle du papier et son impact sur l'environnement" par Mme Annick Noël. Tout au long de cette étude, le fil conducteur est la qualité de l'environnement La matière première, c'est la molécule de cellulose. Mme Noël, qui est professeur honoraire de biologie, étudie successivement les processus menant des arbres à la pâte, des vieux papiers à la pâte, de la pâte au papier. Le bilan environnemetal est mitigé. Recycler, c'est bien, consommer moins, c'est mieux.

17 octobre 2008: "Histoire de l'évolutionnisme (avant Darwin)" par le Dr Yvon Bénard. Le conférencier insiste sur l'évolution des mentalités au cours des époques. II indique le rôle respectif de Linné (Système naturel, 1735); de Buffon (fixiste, mais envisageant un mécanisme de dégénérescence); de Lamark (fondateur du transformisme: Philosophie zoologique, 1809); de Cuvier (fixiste mais fondateur du principe de la corrélation des formes); de Geoffroy-Saint-Hilaire (transformiste néo­ lamarkien). Notre confrère conclut sur ce mot de Goethe: "Une révolution scientifique est plus importante pour l'histoire qu'une révolution politique".

21 novembre 2008: "La démocratisation de la culture artistique" par M. Jean­ François Markovitch. C'est seulement en 1959 que fut créé le Ministère de la Culture par André Malraux qui croyait à la suffisance du «choc esthétique». Mais on constate une certaine dévalorisation de la démocratisation culturelle, l'ascenseur social a mal fonctionné. Des facteurs positifs existent néanmoins (les médiathèques). On sent la nécessité d'une approche pragmatique ("Services des Publics"). En sa qualité de médiateur culturel au Musée de Normandie, le conférencier insiste sur les réalisations des musées de Caen. Leur politique est de créer des liens entre le musée et les différents acteurs de la vie sociale; l'impératif est la diversification des offres. Les publics en sont très variés.

28 novembre 2008: "Conservation et restauration du patrimoine" par M. Bernard Beck. Le patrimoine architectural en France a subi bien des avaries. C'est sous la Révolution que l'abbé Grégoire dut créer le mot "vandalisme". Pourtant, l'idée de sauvegarde est née sous la Révolution. Le romantisme affiche son goût pour le Moyen Age: une prise de conscience se manifeste sous la Monarchie de Juillet; peu à peu des institutions sont fondées. Notre confrère recense les lois les plus récentes. Mais la législation se heurte à plusieurs obstacles: 1. le vandalisme camouflé sous de nom de «révolution urbaine»; 2. le coût de la restauration. Certes, des facilitations sont prévues, l'Etat a le droit de préemption. Il existe, cependant, bien des moyens de contourner la loi. Grâce à des diapositives, ces problèmes sont présentés à partir d'exemples précis.

19 décembre 2008:
"Crises et urgences de la transmission de la culture et des valeurs" par M. Camille Tarot. On observe aujourd'hui le succès du mot «transmission» et une méfiance à l'égard du mot «tradition». Il n'en a pas toujours été ainsi. Les sociétés anciennes étaient «holistes»; la tradition y était indiscutée, à la fois protégeante et protégée. De nos jours, nous sommes inféodés aux techniques de la communication. C'est le monde de la communication totale. Bien des institutions sont confrontées à ce bouleversement: l'Ecole, l'Etat-Nation, les Eglises, les Partis politiques. La crise de l'Etat-Nation - qui est mondiale - atteint l'essence du lien social. Mais dans la «société des individus» apparaissent de nouveaux acteurs, des flux inédits, de nouvelles formes de culture. Cela ne supprime pas la transmission mais cela la diversifie. La destinée individuelle est surclassée par la question de la mort collective. Cependant, il appartient à chacun de choisir ses raisons de vivre. «Aucune information ne peut remplacer une formation».

 
 

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Le petit journal

Marcel Wevant: Notre ami Marcel Weyant fut, parmi beaucoup d'autres engagements, le rédacteur en chef de la revue Capella. On se souvient de ses conférences sur la géologie lunaire, les "petites planètes", l'étude avec expériences sur les météorites ou l'intérêt astronomique de tel manuscrit du Mont-Saint-Michel. C'était un passionné du ciel.
Notre collègue Jacques Legendre, son condisciple, membre comme lui de l'ASNORA, nous a adressé sur le Net des photos sur sa dernière apparition au lycée Chartier de Bayeux ainsi qu'un bel article sur Galilée terminé juste avant sa disparition. Marcel Weyant l'avait relu pour la dernière fois avec l'aide sa fille Anne, le samedi 5 juillet 2008. Marcel rejoignait le monde des étoiles deux jours plus tard.

Edouard Zarifian: Françoise, la veuve de notre regretté collègue le professeur Zarifian dont on a inauguré la rue près du CHU, le 13 novembre dernier, nous informe qu'il existe rnaintenant un blog à la mémoire de son mari: http://edouardzarifian.over-blog.com. Une journée "Hommage" aura lieu à Paris le samedi 21 février 2009. Renseignements sur le blog.

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L'Académie et la numérisation

L'Académie a toujours souhaité conserver son patrimoine, que la guerre a malheureusement détruit en grande partie, et le mettre à la disposition du public. Elle possède une collection presque complète des Mémoires d'après 1800 (les Mémoires d'avant la Révolution sont presque introuvables), les lacunes portant sur les années 1816, 1825, 1840, 1849, 1852, 1880 (supplément), 1887-88, 1889, 1911 (suppl.), 1914, 1920-21, 1932, 1939 et 1949. Les dons de nos confrères seront accueillis avec gratitude. Ces numéros manquants sont pour la plupart consultables aux Archives départementales, où j'ai préféré les laisser chaque fois que le stock ne dépassait pas trois ou quatre exemplaires, et à la bibliothèque de Caen-Ia-Mer (usuels du fonds normand, au premier étage).
La numérisation est présentement un des moyens, qui complète le livre sans le supplanter. L'Académie avait accepté ma proposition d'en étudier la possibilité. On trouvera sur notre site Web, sous la rubrique Archives, l'Hercule de l'Esthonie, d'Alexandre Büchner. Je rappelle que la numérisation peut se faire de deux façons. En mode image, on a une photo de la page; c'est facile à obtenir, peu coûteux en temps, mais cela prend ensuite beaucoup de place en mémoire. En mode texte, un logiciel de reconnaissance des caractères, comme ceux que les banques utilisent pour traiter les chèques, identifie les lettres une à une. L'éditeur, ainsi que tout lecteur, peut modifier à son gré la mise en page, copier des fragments, faire de ces recherches qui prenaient au XVIIe siècle une vie de bénédictin, comme trouver toutes les occurrences d'un mot. Mais cela impose une relecture soignée du texte. Puis il reste à incorporer les illustrations, les tableaux ( généalogie des téléosauriens ou des Le Vallois d'Escoville), enfin les formules algébriques et figures de géométrie, nombreuses dans les Mémoires du XIXe siècle. La BNF, avec le premier projet Gallica, avait choisi le mode image, et s'étonnait ensuite de n'être pas répertoriée par Google. Elle a revu sa politique. Certains ouvrages sur Gallica ont été convertis en mode texte, mais le résultat est pour le moment catastrophique, comme chacun pourra s'en convaincre en naviguant sur http://gallica2.bnf.fr/. Il faudra sans doute dans les pires des cas reprendre à zéro la saisie.
Revenons à nos Mémoires. La BNF en a entrepris la saisie. On les trouvera donc un jour ou l'autre sur Gallica. Nous n'aurons plus qu'à mettre sur notre site un lien vers cette bibliothèque, ainsi que vers www.normannia.info. où on peut déjà trouver quelques une de nos mémoires (à première vue, ceux qui figuraient sous forme de tirés à part dans quelques unes des bibliothèques de la région). Notre rôle sera modeste: il pourra consister à mettre à la disposition de la BNF, dont l'exhaustivité n'est pas totale, ou à numériser nous-mêmes les quelques volumes qui lui manquent.
Pour sa part, Google vient de numériser nos Mémoires des années 1849, 1851, 1852, 1856, 1858, 1864, 1866 et 1867 en mode image sur les exemplaires de l'université de Gand: voir books.google.fr. De son côté, le site www.archive.org/details/memoiresdelacade56caen met aussi en ligne le volume de 1856, extrait des collections du museum d'histoire naturelle de Londres, avec une version image fort agréable, et une version texte qui, bien entendu, est à peu près illisible (cela commence par 4856 au lieu de 1856 pour le millésime) comme chaque fois que l'on fait l'impasse sur la relecture par un correcteur .
La BNF, respectant scrupuleusement le droit d'auteur, laisse de côté ce qui a moins de 70 ans. Pouvons-nous considérer qu'en nous confiant leur manuscrit, nos confrères nous ont permis implicitement la reproduction par d'autres moyens que l'imprimerie? Prenant la question par l'autre bout, il serait sans doute sage de demander systématiquement cette autorisation. Il faudra aussi que l'Académie décide du délai au bout duquel la mise en ligne est souhaitable ; évidemment pas sur le champ, car cela nuirait à la vente de nos Mémoires. Cela pourrait se faire au bout de cinq ans ou encore quand un volume est pratiquement épuisé. Nous disposons de la version préparée par notre secrétaire; faut-il demander à l'imprimeur de nous renvoyer la version ne varietur?
En relation avec la bibliothèque de Caen la Mer, j'ai entrepris l'étude de faisabilité de la numérisation de nos premiers registres des séances, qui s'y trouvent, sans que les conditions de transfert soient bien claires. L'un d'entre eux est même considéré par erreur comme appartenant au fonds de G. Lavalley. Il est vrai que s'ils avaient été à l'hôtel d'Escoville en 1944, ils seraient partis en fumée. Les deux derniers, enrichis chaque mois par J. L. Dumas, sont au secrétariat. Ici, il s'agit de manuscrits; seul le mode image est envisageable. Et un travail important d'indexation serait un préalable à une utilisation pratique. Y aurait-il là un sujet possible de mémoire de maîtrise ou de thèse?
Et la conservation? C'est un problème encore mal résolu. La BNF, prévoit toujours au moins deux exemplaires en des lieux séparés; elle procède périodiquement, comme nos moines du Moyen-Age, à des copies de sauvegarde, et prévoit une conversion des formats quand la technique ou la normalisation change. C'est le SPAR, ou Système d'Archivage et de Protection Réparti, qui pourrait être aussi proposé aux collectivités territoriales pour leurs archives. On n'a pas confiance en la pérennité du CD-ROM; on n'a pas, comme avec le livre, plus de cinq siècles de recul, et on observe le vieillissement des CD ordinaires. Voyez le cri d'alarme du physicien (et ancien membre du Conseil Supérieur des Bibliothèques) Frank Laloë, dans le Monde des 27-28 janvier 2008. Le CD en verre, développé par une entreprise normande, utilisé au moins une fois par le Musée de Normandie, est-il la solution? Encore faut-il être assuré de pouvoir le lire; sans remonter au phono à cylindres, on sait les problèmes que posent à leurs détenteurs contemporains les films en 8 et 9,5 mm, les disques 78 et 45 tours, les cassettes Betamax.

Claude ROCHE

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Le saviez-vous ?
Les académiciennes caennaises: elles sont 63 depuis la création de l'Académie

Une des particularités de l'Académie des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Caen est une participation féminime importante. Notre secrétaire perpétuel, Claude Roche, s'est penché sur leur sort et en a dressé une liste à peu près exhaustive résultant du récolement des listes publiées dans les Mémoires et de la lecture des comptes-rendus manuscrits des séances.
Au XIXe siècle, on compte 16 académiciennes, en général écrivains ou peintres mais à la fm du siècle, n'en subsiste plus qu'un quatuor. Aucune n'a accédé au rang de titulaire. Entre 1880 et 1950, le recrutement se limitera à une seule scientifique. En 1951, Melle Le Cacheux mettra un terme à cette longue mysoginie, elle sera la première femme titulaire puis présidente. 45 autres seront nommées à la suite, dont 12 depuis 2005. Trois exerceront la présidence: Mme Bénard, Melle Torchy et Mme Musset.


De l'an XIII à 1950


Mme Eléonore Delabouisse (17 messidor XIII), poète. (orthographiée ensuite de la Bouisse. Son mari, pour avoir chanté son épouse Eléonore, est cité dans Les Misérables, de Victor Hugo. Elle est avec son mari, le premier exemple de couple d'académiciens. Six autres suivront).
Melle Williams.
La princesse Constance de Salm, née Constance Marie de Théis, (1836), femme de lettres, Paris. (on vient de rééditer en 2007 son Vingt-quatre heures de la vie d'une femme sensible).
Mme Lucie Coueffin (1833), poète, Bayeux. (elle a adressé de nombreuses pièces de vers à l'Académie). Melle Liénard, née Aglaé-Emma Chupin de Germigny (1845), femme de lettres, Bayeux. (auteur d'ouvrages sur la musique).
Mme Marie-Caroline Quillet (1848), Pont-L'Evêque, poète. (envoie deux pièces de vers à l'Académie).
Melle Rosalie du Puget (1848), femme de lettres, Paris. (née en Suède de parents français, auteur de livres pour enfants et de traductions en allemand, suédois et islandais).
Mme Eugène d'Hautefeuille, née Anne Marie Caroline de Marguerye, (1849), femme de lettres, Agy. (auteur d'œuvres en prose et vers, son salon s'ouvrit aux lettres. Elle milita activement contre la peine de mort et pour le droit au divorce des femmes).
Mme de Montaran, (1849), poète et peintre, Paris. (également auteur de récits de voyages et bienfaitrice du musée des Beaux-Arts de Caen).
Mme Pigault, née Faucon (1850), peintre, Paris.
Melle Amélie du Bosquet (1851), femme de lettres (elle a entretenu une correspondance suivie avec Flaubert).
Mme Carey (1858), poète anglais, Brixham. (fille du vice-amiral Brenton).
Mme Esther Sezzi (1860), poète, Paris (son ouvrage Les Scabieuses figurait dans la bibliothèque de VictorHugo à Hautevill-House. Flaubert la cite également).
Mme L'Ecuyer (1869), Bayeux.
Mme Daché (1868), poète, Bayeux.
Mme Marie de Besneray (1879), femme de lettres, Lisieux.
Mme Le Roux (1938), chef de travaux de zoologie à la Faculté des Sciences, Caen.


De 1950 à nos jours


Melle Marie-Josèphe Le Cacheux (1951), archiviste en chef du Calvados, présidente en 1963, Caen.
Melle Françoise Debaisieux (1965), conservateur en chef du musée des Beaux-Arts, membre titulaire, Caen. Mme Odette Pontal (1965), archiviste paléographe, attachée au CNRS.
Melle Geneviève Le C acheux (1970), conservateur en chef de la bibliothèque, membre titulaire, Caen.
Mme Josette Bénard (1972), professeur de biologie, presidente en 1985, Caen.
Mme Josée Berthault (1981), artiste peintre, professeur de lettres, membre titulaire, Caen.
Melle Thérèse Torchy (1982), conservateur en chef de la Bibliothèque universitaire, présidente en 1989, Caen.
Mme Jacqueline Musset (1987), professeur de Droit, présidente en 1995, Caen.
Dr Marie-Rose Hiverlet (1988), stomatologiste, présidente du "Souvenir Normand", Paris. Mme Goyard-Fabre (1990), professeur à l'Université, Caen.
Mme Chantal Rivière (1990), vice-présidente de la société du musée des Beaux-Arts, maire-adjoint de Caen en charge de la culture.
Mme Elisabeth Gautier-Desvaux (1991), directrice régionale des Affaires culturelles, Caen.
Melle Simone Bertrand, conservateur de la bibliothèque municipale, Bayeux.
Mme Paulette Carrive, professeur à l'universté de Paris 1.
Dr Monique de la Gontrie (1991), anesthésiste, membre titulaire, Condé-sur-Seulles. Mme Clarisse Lebel, maire de Saint-Rémy l'Honoré.
Mme Monique Husson, responsable du colloque de Cerisy-la-Salle, maire-adjoint de Coutances.
Mme Françoise Rébéna (1993), professeur de Première Supérieure, membre titulaire, Argences.
Mme Monique Dosdat (1995), conservateur de la Bibliothèque municipale, membre titulaire, Caen.
Melle Jeanne Grall (1995), documentaliste-archiviste, membre titulaire, Caen.
Mme Geneviève Allaire-Miseroux dite GAM (1996), poète, historienne, Les Andelys.
Mme Mireille Lamarque (1997), conservateur en chef des archives de l'Institut de France, Paris.
Mme Madeleine Foisil (1998), docteur en Histoire, ingénieur de recherches au CNRS, Paris.
Mme Françoise Bermann (1998), conservateur des bibliothèques universitaire, membre titulaire, Caen. Mme Selva Gourcy (1998), romancière, scénariste, Caen.
Mme Karin Holter (1998), professeur de littérature française, université 1 Oslo.
Mme Chantal Lemercier-Quelquejay (1998), professeur à l'IHESS, Mont-Saint-Aignan.
Mme Noëlla du Plessis (1999), conservateur en chef de la bibliothèque de Caen.
Mme Anne Muratori-Philip (2001), historienne, grand reporter au Figaro, Paris.
Mme Françoise Lecocq (2001), maître de conférence à l'université, membre titulaire, Caen.
Mme Françoise Lecaplain (2002), professeur de lettres.
Mme Marie-Françoise Carpentier (2002), professeur agrégé d'italien, Caen.
Mme Marie-Catherine Mathieu (2003), professeur certifié de lettres, membre titulaire, Caen.
Mme Monique Drouet (2005), chercheur en droit, philosophie et histoire, Périers sur le Dan.
Mme Anne-Marie Cousin (2005), maire de Torigni-sur- Vire, conseiller régional.
Mme Régine Bellier-Danhiez (2006), professeur agrégé en arts plastiques, Mathieu.
Mme Valérie Collot (2006), professeur de pharmatognosie à l'université, Caen.
Mme Marie- Laure Gaunet (2006), professeur de mathématiques, Caen.
Mme Mareike Wolf-F édida (2006), professeur de psychopathologie à Paris VII, Saint-Martin-de-Blagny.
Mme Simone Fehlmann (2007), inspecteur d'académie, Caen.
Mme Silvia Fabrizio-Costa (2007), professeur de langue, littérature et civilisation italiennes à l'université,Ducy-Sainte-Marguerite.
Mme Bertile Fournier-Huguet (2007), harpiste, Touques.
Mme Elisabetta Limardo-Daturi (2007), enseignante d'italien à l'université, Epron.
Dr Marie-Thérèse Valla-Lequeux (2007), pédiatre, Caen.
Mme Elisabeth Halbout-Cohen (2007), auteur-publiciste, Flers.

(les dates entre parenthèses indiquent l'année d'élection)


     

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Histoire des Académies


VII. En 1773, la Société Académique de Cherbourg obtient ses lettres patentes

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par Robert Lerouvillois (1)

Avec la naissance de la Société Académique de Cherbourg en 1755, le domaine maritime de la ville offre naturellement aux nouveaux académiciens de nombreux sujets d'études. L'astronomie et la cartographie sont à l'ordre du jour de leurs activités tandis que des trouvailles archéologiques sont faites sur la côte nord et le plateau de La Hague sous l'autorité de Pierre de Chantereyne et Henri Duchevreuil, deux des plus influents membres de la Compagnie de l'époque.

En dépit d'une éclipse de six ans, de 1761 à 1767, durant laquelle les sociétaires semblent s'être mis en sommeil, apparemment suite à plusieurs décès successifs (un tel fait n'était pas rare dans ces premières académies provinciales), le caractère résolument utilitariste des préoccupations de la confrérie cherbourgeoise était mis en valeur dans un document rédigé à l'adresse du roi en 1772.
Le contenu de ce mémoire rappelait l'intérêt marqué par le pouvoir pour la reconstruction du port, entreprise depuis trois ans pour réparer les dégâts causés par le raid anglais de 1758. Il était fort souhaitable qu'un essor culturel vînt accompagner cette renaissance stratégique et commerciale. L'auteur de l'adresse au Roi mettait alors l'accent sur les inventions récentes de plusieurs membres de l'Académie, ajoutant, au sujet de l'action, parmi ses sociétaires certains représentants de l'Amirauté. La société de Cherbourg proposait donc de distribuer des prix (tels qu'un octant ou un livre de marine) décernés aux jeunes gens les plus doués en hydrographie, pourvu que le pouvoir royal daignât lui accorder sa. reconnaissance officielle. «Ainsi, concluait la supplique dans un style fleuri, l'Académie de Rouen et la société de Cherbourg seraient placées aux deux extrêmités de la province et l'Académie de Caen serait à peu près à égale distance de l'une et l'autre, et, si l'on considère les académies comme des flambeaux destinés à dissiper les ténèbres de l'ignorance, l'autorisation de celle qui vient de naître à Cherbourg tendrait à répandre les lumières dans toute la province».
En dépit des vives réticences manifestées par le subdélégué de Valognes ainsi que par Fontette, l'intendant de la généralité de Caen, qualifiant tous deux avec dédain d'«espèce de chimère» le projet présenté par les Cherbourgeois - dont la majorité étaient des roturiers - Louis XV se laissa pourtant fléchir et, en mars 1773, parvenait à Cherbourg une lettre signée d'Henri Bertin, secrétaire d'Etat chargé de la Normandie et futur contrôleur général des finances. La missive accordait par agrément royal ses lettres patentes à la Compagnie qui prenait le titre de Société Royale Académique et obtenait l'autorisation officielle de tenir chaque année deux séances publiques. Elle admettait en même temps, en qualité de «membres associés» (qui étaient donc dispensés de siéger), deux éminentes personnalités parisiennes, M. Tillet, trésorier perpétuel de l'Académie des Sciences, et l'érudit haut-normand Louis­ Georges Oudard Feudrix, membre de l'Académie française et de l'Académie des Inscriptions et Belles Lettres.
D'autres membres résidant au loin honoraient parfois l'assemblée de leur présence, comme le docteur Moysant, médecin enseignant la rhétorique à Caen, le père Blanchard, bénédictin de Saint-Maur, venu de Beaumont-en-Auge, ou l'ingénieur en chef Hüe de Caligny qui dirigeait les travaux de la Hougue. La personnalité la plus marquante qui vînt, à deux reprises au moins, en 1768 et 1776, était le prélat Jean-Baptiste de Beauvais, originaire de Cherbourg, d'abord vicaire général de Noyon avant d'être promu évêque de Senez, orateur engagé devenu célèbre depuis son admonestation véhémente à l'adresse du roi Louis XV.
En novembre 1773, Thomas Voisin la Hougue décédait à cinquante-sept ans.
Pierre de Chantereyne le remplaçait, devenant alors secrétaire perpétuel de la Compagnie. Trois ans plus tard, il présentait à l'Académie de Caen son Mémoire sur l'étymologie et sur l'antiquité de la ville de Cherbourg, travail très apprécié par ses confrères caennais qui le nommèrent «académicien associé», en même temps que Thomas Groult.
Tandis qu'à Cherbourg, lors de la séance du 1er septembre 1780, Chantereyne présentait à ses collègues une intéressante dissertation sur la médaille romaine de Libius Sevenus qu'on venait de découvrir à l'île Pelée, une autre trouvaille avait eu lieu à Helleville dans les vestiges d'une villa gallo-romaine, celle d'un trésor à l'effigie de Constantin dont le chercheur ne prit les empreintes qu'après l'avoir longtemps conservé dans son «cabinet de curiosités», pour le déposer ensuite, vers la fin de sa vie, à la jeune Société des Antiquaires de Normandie, après les vicissitudes de la fin de l'Ancien Régime, de la Révolution, du Directoire et du Consulat qui avaient interrompu durant vingt-cinq années l'activité de la Société Académique. Cet Equeurdrevillais s'appelait François-Henri Duchevreuil, «le plus infatiguable des antiquaires du département» disait de lui plus tard Charles de Gerville.
Bibliophile fort cultivé, Duchevreuil serait à partir de 1808 l'un des membres éminents de la Société Académique cherbourgeoise dont il prendrait la direction en 1829 jusqu'à sa mort l'année suivante.
Depuis l'année 1778, Charles-François Dumouriez, brigadier des armées du Roi ­ le futur ministre et vainqueur de Jemmapes - nommé gouverneur de la place de Cherbourg, avait été admis à la Société Académique en qualité de membre titulaire. Le personnage était prestigieux, certes, mais aussi d'une suffisance sans bornes et d'un caractère exécrable. On le constatera très vite.

(à suivre)

(1) Conférence donnée la 4 juin 2005 à l'occasion du deux cent cinquantenaire de la Société nationale académique de Cherbourg par Robert Lerouvillois, professeur honoraire.


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