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La GAZETTE
de l'Académie des Sciences,
Arts et Belles-Lettres de Caen
(N°19 été 2008)

[ Editorial | La vie de l'Académie| Les nôtres publient…| Les récentes communications ]
[Le petit journal| Notre histoire]


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EDITORIAL

L'Académie est l'affaire de tous

Au moment où je prends la présidence de l'Académie des Sciences, Arts et Belles Lettres de Caen, je voudrais d'abord remercier mon ami Bernard Gourbin pour l'excellent travail accompli.

Bernard, journaliste de grand talent, doté d'une vaste culture générale, est apte à traiter de tous les sujets et des plus divers. Pendant son mandat, il a:
- d'une part, augmenté considérablement le nombre de nos membres en y faisant notamment rentrer des personnalités des départements de la Manche et de l'Orne, donnant ainsi à notre Académie une vocation plus régionale.
- d'autre part, il a acquis pour le compte de l'Académie un matériel sophistiqué et de qualité.

Merci Bernard pour ton travail.

Pour ma part, je voudrais, à nouveau, remercier tous ceux qui ont contribué à mon élection à la tête de cette prestigieuse Compagnie.

L'Académie est l'affaire de tous ses membres et je souhaite que chacun et chacune d'entre nous s'investisse et fasse des propositions pour un meilleur fonctionnement. Vos propositions seront soumises à la Commission administrative qui entérinera les éléments intéressants.

Je souhaite que chacun et chacune d'entre vous sensibilise ses amis, confrères et consœurs, pour une plus grande assiduité à nos séances. Je constate, en effet, que beaucoup de membres, une fois élus, n'assistent pas à nos séances. Nous avons un effort à faire pour que l'élection à l'Académie ne soit pas un simple honneur mais exige, au contraire, une participation réelle de nous tous.

A cet égard, nous avons, malgré les efforts faits, très peu de consœurs, aussi je vous demande de nous proposer des femmes de qualité afin qu'elles aient leur place parmi nous.

Très cordialement.


Baptiste LESEIGNEUR





 
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La vie de l'Académie

Lundi 7 janvier 2008 - Réunion de la Commission administrative.
Le contrat du secrétaire, Nicolas Rajaomilison, est reconduit pour trois ans.
Le président fait part du décès en décembre de M. de Ménibus, pédiatre à Rouen, il était membre associé correspondant de notre Compagnie depuis 1998.


Samedi 12 janvier- Passation de pouvoirs: M. Baptiste Leseigneur succède à M. Bernard Gourbin à la présidence de l'Académie pour l'année 2008/2009.
M. Jacques Moulin est élu vice-président pour la même période. M. Paul-Etienne d'Alché est proposé comme membre titulaire en remplacement de Mme Josée Berthault, décédée.
Conférence privée de Mme Monique Drouet sur "Ada Lovelace, la première programmeuse".

Samedi 2 février- Conférence publique de M. Bernard Decomps sur: "Une esquisse de la ville en 2050".

Samedi 8 février- Conférence privée de Mme Bertille Fournier-Huguet sur "Histoire de la harpe, de l'antiquité à nos jours" suivie d'un concert.

Lundi 25 février- Réunion de la Commission administrative.
En raison de son état de santé, Melle Jeanne Grall passe à l'hononariat.

Lundi 17 Mars - Réunion de la Commission administrative.
La candidature de M. Eric Eydoux, de Caen (parrains MM. Jean­Marie Lepargneur et Guy Pelletier), est agréé par la CA.
Les Mémoires de l'Académie sont consultables sur le site: htpp//Gallica2.bnf.fr
Un voyage d'une journée à Rouen (visite de musées) est envisagé fin septembre-début octobre prochains. Un autre aux Indes l'année prochaine.

Vendredi 4 avril- Obsèques en l'église Saint-Jean de Melle Jeanne Grall, documentaliste, archiviste honoraire. Elle était membre titulaire de l'Académie depuis 1995.

Vendredi 11 avril- Obsèques en l'église abbatiale Saint-Etienne de Caen de notre collègue Gabriel Langlois, inspecteur général honoraire de l'Education nationale. Membre honoraire de l'Académie, il y était entré en 1977.

Samedi 12 avril - Obsèques en l'église réformée de France à Caen de notre collègue Martial Lapicida, inspecteur général honoraire de l'Education nationale, membre associé correspondant depuis 1987.

Samedi 26 avril - Conférence publique de M. Gérard Larcher, ancien ministre, sénateur-maire de Rambouillet sur " Le rôle et le fonctionnement du Sénat".
- Réunion de la Commission administrative.
M. Pierre Chaunu passe à l'hononariat.
Mme Monique Dosdat est proposée comme membre titulaire en remplacement de Melle Grall, décédée, ainsi que M. Jacques Legendre, en remplacement de M. Pierre Chaunu.

Samedi 17 mai - Visite à l'Académie de M. Daniel Grasset, président de la Conférence nationale des Académies de France. Il nous fait une communication en séance privée.
Election de MM. Pierre-Marc Ageron (parrains: Jean-Jacques Bertaux et Claude Roche); Pierre Bouet (parrains: Bernard Beck et Gérard-Guy Mouchel); Gérard Fournier (parrains: André Heintz et Yves Lecouturier); Gérard Kempf (parrains: Bernard Beck et Jacqueline Musset); Charles-Edouard Leroux (parrains: Jacques Belin et Jacques Moulin).
- Conférence de Mme Fabienne Verger-Lucet sur "Maxence van der Meersch: une conception rénovatrice du roman naturaliste".

Samedi 24 et dimanche 25 mai - Présence de l'Académie au Salon du Livre de Caen. 14 académiciens assurent la permanence au stand durant les deux jours.

En association avec "Rencontres pour lire", la Table ronde du dimanche 25 a pour invité Claude Duneton. François de Cornière et notre collègue Gilles Henry interviennent avec lui sur: "La découverte des expressions orales fameuses".

Lundi 16 juin - Réunion de la Commission adminstrative

Vendredi 11 juillet - Obsèques en l'église d'Anisy de notre collègue Marcel Weyant, chargé de recherche au CNRS, ancien président de notre Académie. Il y était entré en 1987.
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Deuil

Au printemps dernier, notre sécrétaire perpétuel, Claude Roche, et son épouse ont eu la douleur de perdre leur fils Joel. L'Académie était représentée aux obsèques le 10 mai en l'église du Theil-sur-Huisne, dans le Perche ornais. Dans cette épreuve, La Gazette assure nos deux amis de toute l'affection des membres de notre Compagnie.

 

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Les nôtres publient...

- Etienne-Paul d'Alché: Comprendre la physiologie cardio vasculaire. La 3e édition a été revue et corrigée pour tenir compte de récentes découvertes (par exemple pour expliquer l'origine de l'onde J). Cet ouvrage destiné en priorité aux étudiants peut intéresser un plus large public. Les techniques d'évaluation de la pression artérielle (appelée improprement tension artérielle) sont décrites en détail. La nature des électrocardiogrammes si utiles au cardiologue pour déceler la plupart des pathologies cardiaques est expliquée. Un nouveau chapitre est consacré à la "Génétique des troubles de rythme" car la mutation de nombreux gènes est responsable d'arythmies cardiaques. La connaissance de la prédisposition génétique (syndrome du QT long) au risque d'arythmies ventriculaires appelées torsades de pointes est indispensable pour éviter de prescrire certains médicaments. (Flammarion).

- Bernard Beck (en collaboration): Le château de Bénouville, une œuvre de Claude-Nicolas Ledoux. Le château de Bénouville (naguère maternité départementale, aujourd'hui siège de la Cour régionale des Comptes) est la propriété du département du Calvados. Construit entre 1769 et 1780, il fait partie des rares édifices qui témoignent de l'œuvre de Claude-Nicolas Ledoux, architecte considéré comme l'un des plus importants de l'ère moderne. En septembre 2006, un colloque réunissait au château, historiens et chercheurs qui ont permis de retracer les étapes de la construction du monument et son histoire au fil du temps. Ils ont aussi précisé leurs connaissances sur Ledoux. Les communications de ces huit chercheurs (Bernard Beck, Gaston Bordet, Laurent Dujardin, Pierre Houssaye, Roger Jouet, Yves Lescroart, Dominique Pain, Erwan Patte) sont publiées dans cet ouvrage clair et abondamment illustré, réalisé par le Conseil Général. (Editions Cahiers du Temps).

- Michel Giard: Sauveteurs en mer: Atlantique, tome I de Belle-Ile à Royan.Pour les quarante ans de la SNSM en 2007, Michel Giard avait consacré son précédent ouvrage aux sauveteurs en mer de Bretagne. Les vents étant favorables, l'aventure continue cette fois-ci le long de l'Atlantique. Dans ce premier tome, l'auteur nous emmène de Belle-Île à l'Île d'Aix en passant par le Golfe du Morbihan, Le Croisic, l'Île d'Yeu et autres endroits connus. Les anecdotes abondent, les témoignages aussi, à l'exemple de celui-ci: ''Le bateau, retenu par la poupe, embarquait les crêtes qui venaient se briser sur le plateau arrière. La barre était dure, cela faisait deux heures que nous nous battions dans la nuit et la houle ... Mes mots ne seront jamais assez forts pour remercier les gars de l'équipe de nuit de La Rochelle qui sont venus nous chercher et nous ramener au port ... ". (Editions Alan Sulton).

- Michel Giard: Sauveteurs en mer: Atlantique, tome Il d'Oléron à Hendaye. «Allô, Pierre Loti, allô Pierre Loti, venez vite, je vous en supplie,dépéchez-vous», répétait une voix d'enfant dans la radio du bord. Cette voix qui n'en finit pas d'appeler sur une mer déchaînée, les canotiers du "Pierre Loti" ne sont pas prêts de l'oublier. La tornade frappe les Landes et le Pays basque, toutes les stations du littoral sont en alerte. Le canot de sauvetage de Saint-Jean-de-Luz prend la mer pour aller secourir le voilier "Margar" d'où une petite fille lance son appel déchirant: les voiles sont lacérées et il y a trois malades à bord. Seule et avec un cran étonnant, la petite fille fait face. Malgré la mer énorme, le canot fonce vers le point d'appel. Une fois encore, il ramènera le "Margar" et ses quatre rescapés au port. De l'île d'Oléron à la frontière espagnole, la Société de sauvetage en mer dispose d'un maillage très serré. Ce nouveau livre de Michel Giard fait suite aux deux précedents ouvrages (Editions Allan Sutton).

- Lucien Jerphagnon: La louve et l'agneau. (Réédition). Ce livre est la refonte d'un ouvrage antérieur: Caïus, le dernier verdict. Il s'agit d'un roman historique très attachant, aucun personnage ne nous laisse indifférents. Mais une certain mélancolie règne sur l'ensemble car les grandes persécutions ne prouvent vraiment ni la foi des persécuteurs ni celle des persécutés. Jerphagnon, pour qui le monde gréco-latin est une seconde vie, nous montre, une fois encore, qu'il sait donner un souffle nouveau aux vieilles humanités. (Desclée de Brouwer).

- Yves Lecouturier: Caen d'hier et d'aujourd'hui. Grand connaisseur de sa ville mais, surtout, amoureux de Caen, Yves Lecouturier nous livre là une étude illustrée sur le Caen d'hier et d'aujourd'hui. L'ouvrage montre les représentations de la ville née de la volonté de Guillaumùe-Ie-Conquérant à la fin du XIe siècle. Ville médiévale et ville classique cohabitent harmonieusement avec la ville moderne reconstruite après les bombardements de 1944. L'auteur, en bon historien, revisite chacun des quartiers et offre une promenade originale, vivante et documentée à travers les rues et les places. A l'image du Phénix établi devant sa nouvelle université, Caen a su renaître de ses ruines pour redevenir «ce Caen si renommé, si charmant, si superbe» comme l'écrivait en son temps le fondateur de notre Académie, Moisant de Brieux. (Editions Ouest-France).

- Philippe Lenglart: Caen, Architecture et Histoire. «Concevoir un tel ouvrage, explique l'auteur, professeur d'histoire et d'histoire de l'art, c'est se proposer d'offrir les clefs d'une ville aux visiteurs qui la découvrent pour la première fois». Mais c'est aussi dans son esprit vouloir partager avec les Caennais qui cherchent à mieux connaître leur cité, une histoire commune, inscrite dans l'architecture et l'urbanisme, et ancienne de près d'un millénaire. Depuis son essor sous Guillaume le Conquérant jusqu'à sa reconstruction après la Seconde Guerre mondiale, le guide de Philippe Lenglart nous fait découvrir jusqu'aux monuments les plus secrets de la ville. Cette étude précise et fouillée est le fruit d'un travail de dix années d'enquête et de repérage appuyées par plus de 300 photographies révélant des détails parfois insoupçonnés pour le simple promeneur. Un remarquable album. (Corlet).

- Isabelle Saint-Bris: Fedorovski, secrets et confidences. L'auteur n'appartient pas à notre Académie, le héros du livre si. Mais qui est vraiment notre ami Fédorovski ? Alexandre Yakovlev, l'idéologue de la perestroïka le présentait ainsi dans le Figaro: «Il fut un des premiers à rompre avec les habitudes de la caste diplomatique pour s'engager dans la démarche de la perestroïka. Depuis 1985, on se souvient de son visage à la télévision, associé au vent des changements qui animait son pays. Quand Gorbatchev fit marche arrière, Fédorovski n'hésita pas à quitter la "carrière" pour devenir le porte-parole du mouvement des réformes démocratiques en août 1991 ... ». En suivant pendant des années ce personnage à première vue indéchiffrable, Isabelle Saint-Bris a mené une minutieus enquête mettant en lumière les années cruciales de la chute du communisme et de la percée de la liberté. (Editions du Rocher).

- Camille Tarot: Le symbolique et le sacré. Ce gros ouvrage de 912 pages est vivant, agréable à lire. Il part de la «situation à la fois complexe et calamiteuse» de la définition de la religion. Puis il examine les merveilleuses contributions théoriques, dont il pèse les forces et les faiblesses respectives, pour proposer finalement sa solution: un modèle plutôt qu'une définition. Nous avons là un manuel de sociologie religieuse. «Seule la distinction du sacré et du symbolique permet de comprendre que tout ait pu paraître sacré, et que, néanmoins, la laïcisation soit possible» (La Découvertel M.A. U.S.S.)

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Les récentes communications

par J-L Dumas

8 décembre 2007: "Histoire controversée de la découverte de la pénicilline" par le Dr Yvon Bénard. Il s'agit d'un épisode passionnant de l'histoire de la médecine. La biographie d'Alexandre Fleming ne saurait nous laisser indif­ férents. Une coïncidence de facteurs favorables lui permit de découvrir le champignon penicillium notatum. Mais les vrais inventeurs de l'antibiotique sont H. Florey et E.B. Chain. La pénicilline voit le jour dans le laboratoire de Florey et est introduite en thérapeutique en 1941. Et pourtant, les honneurs sont allés à Fleming considéré comme un héros public national. Cela explique la polémique déclenchée par Wai-Chan. Il convient donc de rétablir la vérité historique. On voit quel fut, ici, le rôle du hasard. Mais «le hasard ne favorise que les esprits préparés» (Pasteur). La conférence était donnée en prélude à la remise du Prix littéraire de l'Académie. Elle a été reprise le 18 avril 2008 devant les Amis de l'Académie.



Dr Yvon Bénard

14 décembre 2007: "Maria Sibylla Merian (1647-1717): une naturaliste et une grande artiste injustement méconnue" par M. Marcel Weyant. Ce fut aussi une voyageuse, à la vie mouvementée. En 1699, elle part avec sa fille, Dorothea, pour le Surinam, colonie hollandaise au nord du Brésil. Elle y découvre un monde totalement nouveau de plantes et de bêtes. A son retour, elle les exposera dans la Métamorphosis, gros in-folio qui reçut un accueil très favorable. M. Weyant illustre son propos par la projection de nombreuses aquarelles; il explique la technique de la gravure de l'artiste. Maria Sibylla fut une femme indépendante, très en avance sur son temps. On a vu en elle «la mère de l'entomologie». La conférence de M. Weyant était donnée en prélude au dîner annuel de l'Académie.

12 janvier 2008: "Ada Lovelace, la première programmeuse" par Mme Monique Drouet. Ada Lovelace? Un nom peu connu en France. Pourtant elle fut la première "programmeuse", elle-même ayant donné au mot "programme" le sens qu'on lui connaît. Mme Drouet présente sa surprenante biographie, sa démarche en tant que femme. Fille de Byron, née en 1815, elle mourra seule et ruinée à 37 ans. Ce sont les mathématiques qui la font triompher des vicissitudes de l'existence. Elle collabore à l'invention d'une nouvelle machine à calculer, la «machine analytique». Sous l'influence du mathématicien A. de Morgan, elle donnera au mot «algorithme» son sens actuel. Elle concevra le fonctionnement de ce qui est reconnu comme un «programme» pour la machine analytique. Dans un article de 1843, elle ouvre des perspectives logico-mathématiques importantes mais demandant aux statistiques plus qu'elles ne peuvent garantir. Elle s'est ruinée en jouant aux courses.


M. Leseigneur & Mme Drouet

2 février 2008: "Une esquisse de la ville en 2050" par M. Bernard Decomps, membre de l'Académie des Technologies. Dans les décennies à venir, l'augmentation du nombre des citadins sera considérable. M. Decomps travaille au sein d'un pôle de compétivité: Ville et Mobilité Durables (MVD). Celui-ci, réunissant des compétences pluridisciplinaires, exerce une attention offensive sur les questions environnementales. Mais l'élément commun est une approche décisive de l'écologie. Parmi les nombreux «défis de la ville», citons l'énergie, l'eau, l'espace, les déchets. En ce qui concerne l'espace, on tiendra compte de la qualité des paysages en ville, de la compacité urbaine et du plan d'ensemble. La notion «d'échelles spaciales» s'impose d'où plusieurs conclusions. La ville est d'abord conçue pour ses habitants. De bons compromis sont souvent nécessaires. Une responsabilité des citoyens est indispensable. «L'avenir est au bouquet énergétique».

8 mars 2008: "Histoire de la harpe, de l'antiquité à nos jours" par Mme Bertile Foumier-Huguet. La harpe, pour la conférencière nouvellement venue à l'Académie, est un instrument de famille, un facteur d'équilibre aujourd'hui, mais qui remonte à des temps très anciens. Un historique fort technique mentionne la harpe arquée, la harpe angulaire, la harpe gothique. A la harpe à simple mouvement s'opposera la harpe à double mouvement (qu'emploient Wagner, Berlioz ... ). Vers 1915, Gustave Lyon invente la harpe chromatique. La harpe est un instrument de choix en musique de chambre. Elle fut incorporée à l'orchestre dès le XVIIIe siècle (Mozart, Rendel... ) mais c'est surtout l'époque romantique qui l'a mise en valeur. Puis Mme Fournier­ Huguet expose le mécanisme de la harpe de concert. Joignant l'exemple à la théorie, elle nous offre l'audition de plusieurs morceaux de Haendel, Scarlatti, Marcel Tournier.

26 avril 2008: "Le rôle et le fonctionnement du Sénat" par M. Gérard Larcher, ancien ministre, sénateur-maire de Rambouillet. Le conférencier s'insurge contre la distorsion entre la réalité objective de cette Assemblée et sa perception par le public. L'histoire du Sénat évoque les idées de modération et de sagesse, d'inscription dans la durée. S'il appartient au Pouvoir législatif, il a une dimension territoriale capitale. Il s'efforce de compenser le handicap des régions moins peuplées. Cherchant à concilier les intérets des villes et des champs, il participe à la politique d'aménagement du territoire. Il veille à la protection des citoyens. Il est le gardien des valeurs humanistes, à l'avant-poste de la société qui se construit. II est un stabilisateur en cas de crise. II n'est de vrai parlementarisme qu'avec des Chambres agissantes. La stabilité politique du régime est en jeu, ainsi que les valeurs de tolérance et de liberté. «La liberté est toujours à conquérir».


M. Gérard Larcher & M. Leseigneur

 

Rencontres-débats des Amis de l'Académie

21 décembre 2007: "Un grand homme de synthèse: Alexandre von Humbolt (1769­ 1859)" par M. Marcel Weyant. Il y a de cela deux siècles arrivait à Paris le plus grand naturaliste de l'époque de Goethe, A. de Humboldt. L'évènement décisif fut le long voyage en Amérique. Il donna lieu à la publication du Voyage aux régions équinoxiales du Nouveau Continent (1805-1832) et, plus tard, de Kosmos. Humboldt a développé toutes les branches alors existantes de la science en un savoir organisé. Il s'est intéressé à l'histoire des disciplines. C'est un humaniste dans l'esprit des Lumières, un esprit cosmopolite, européen, francophile comme Goethe.

18 ianvier 2008: "La performance du réseau ferroviaire" par M. Jacques Frossard, directeur général de la SNCF. Le conférencier apporte de nombreux faits et chiffres, par exemple 32 000 km de lignes, 1 milliard de voyageurs par an. Les atouts écologiques du mode ferroviaire sont considérables. Le réseau normand est de 1 500 km. Le développement ferroviaire dans nos deux régions est important. Grâce aux Contrats de Projets Etat-Régions, la progression connaît une hausse sans précédent. M. Frossard fait part de plusieurs projets prometteurs.

15 février 2008: " Les communications aériennes et maritimes en Basse­ Normandie" par M. Paul Spriet, ancien président de la Chambre de Commerce et d'Industrie. Une part importante de la conférence porte sur l'histoire de ces moyens de communication, sur les contraintes géographiques, enfin sur le contexte économique. Le rôle des Chambres de Commerce a été décisif Si le transport de la houille a cessé à Caen-Ouistreham, le service des ferries pour Portsmouth est un succès. La Basse­Normandie doit renforcer sa vocation maritime. Parmi les trois aéroports de la région, c'est Caen-Carpiquet qui semble avoir le plus d'avenir: lignes à courts et moyens courriers. Il reste une tâche à accomplir en ce domaine. De toute façon, c'est le client qui est maître du jeu.

28 mars 2008: " Médecine, médecins: 1950-2000" par les Drs Jean Debelle et André Valla. Le Dr Debelle s'en tient à la médecine générale praticienne pour dégager le sens profond de l'acte médical. Aux exigences nouvelles des malades, la meilleure réponse du médecin est la disponibilité, la présence, l'écoute, la connaissance du milieu. L'avenir de la Sécurité sociale est incertain; pouvons-nous compter sur le bon sens de nos contemporains? Pour le Dr Valla, en cinquante ans, on a quitté une médecine d'observation et une petite chirurgie pour des résultats spectaculaires: les antibiotiques, la pilule contraceptive, les greffes d'organes, la trithérapie du Sida, etc. L'aspect
institutionnel est important: loi hospitalière (1970), Loi Veil (1975), Carte vitale ...

16 mai 2008: " La littérature norvégienne" par M. Eric Eydoux, professeur émérite à l'Université. La littérature de la Norvège s'explique, en partie, par la situation géographique et par l'histoire du pays. Les premiers documents écrits sont les inscriptions runiques. Le Moyen-Age connaît un essor poétique (l'Edda). Mais le XIVe siècle apporte la peste et la fin de la souveraineté. Après la «longue nuit danoise» apparaît le romantisme national (contes et légendes populaires). Or, l'historien Georg Brandes demande que l'on mette «les problèmes en discussion». Et le réalisme va se développer avec Ibsen,
Bjornson. La Révolution industrielle et les changements économiques, sociaux, politiques marquent les romans de Sigrid Unsse!, Tarjei Vesaas, Johan Bargen. II existe une importante littérature de femmes: Mmes Tove Nilsen, Herbjorg Wassme ...


M. Eric Eydoux

 
 

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Le petit journal

Chroniques: Notre collègue Philippe Lenglart, auteur de Caen, architecture et histoire (voir par ailleurs), a proposé cet été dans "Ouest-France" une chronique illustrée allant de l'époque de Guillaume à nos jours. Quant à notre consœur Josette Bénard, elle a sa rubrique chaque semaine dans "Liberté".
Incunables: Dans le cadre des activités proposées entre 2008 et 2011 par le Laboratoire d'études Italiennes, Ibériques et Ibéro-Américaines (LEIA), notre consœur Silvia Fabrizio-Costa propose, en collaboration avec Isabel Gonzillez, de l'Université de Santiago de Compostela, et de Marie-Luce Demonet, du Centre d'études supérieures sur la Renaissance-Tours, de créer une bibliothèque virtuelle sur le thème: "Routes des Livres entre Galice et Manche. Incunables italiens à Avranches, Coutances, Valognes et Saint-Jacques-de-Compostelle".
Exposition: Notre confrère Jean-Pierre Marin, ancien bâtonnier, n'est pas seulement l'auteur du livre Au forgeron de Batna, il est aussi, à ses heures perdues, un artiste­ peintre de talent. Du 20 mai au 1 eT juillet, il a exposé à la Maison de l'Avocat, dix-sept de ses œuvres' récentes sous le titre "Huiles sur bois".
Distinction: Notre collègue le chercheur Gilles-Eric Séralini, professeur de biologie moléculaire à l'Université, a été fait, dans le cadre de la promotion de janvier, chevalier de l'Ordre national du Mérite.
Visite: Le 17 mai, nous avons reçu le président de la Conférence nationale des Académies de France, M. Daniel Grasset, qui s'est dit satisfait de la bonne santé de notre Compagnie, mettant ensuite l'accent sur les conférences statutaires annuelles et la communication inter académique.


M. Leseigneur & M. Daniel Grasset

Conférence: Organisée par le groupe Teilhard de Chardin de Basse-Normandie sous l'impulsion de son président, notre collègue Jacques Abbatucci, une conférence a été donnée le 22 mai, à l'Université, par M. Roland Omnès, physicien, professeur émérite et ancien président de l'Université de Paris-Sud (Orsay). Thème de son remarquable exposé: "La révélation des lois de la nature", les plus fondamentales, au XXe siècle, ne pouvant être qualifiées autrement que de révélation.
Le Figaro: Lu dans Le Figaro du 6 juin un article sur Gérard Larcher, sénateur UMP des Yvelines, maire de Rambouillet et ancien ministre du travail, par ailleurs candidat à la présidence du Sénat. Dans sa conclusion, le journal fait référence à la conférence que le candidat vînt prononcer à Caen le 26 avril à l'invitation de l'Académie qu'il qualifie «d'aéropage devant lequel il vaut mieux développer une analyse aboutie que lancer des slogans simplificateurs» !
Livres (1): Comme tous les ans, l'Académie avait son stand au Salon du Livre de Caen, les 24 et 25 mai. Disposé différemment, le diaporama réalisé l'année dernière par Nicolas, notre secrétaire, et par l'ex-président Gourbin, était davantage accessible au public. Autre innovation: la présentation sur le stand d'ouvrages d'une demi­ douzaine d'auteurs académiciens ainsi que de la revue littéraire "Livres en vie" de notre consœur Babette Halbout-Cohen.


Table ronde au Salon du Livre de Caen

Livres (2): Pour leur 25e anniversaire les 2 et 3 août, les Journées du Livre de Granville, dont notre ex-président Bernard Gourbin est dorénavant le Commissaire (aidé en cela par un autre de nos collègues, Robert Sinsoilliez), ont battu leur record d'audience: plus de 8000 visiteurs. Invitée d'honneur, Mme Simone Veil a ouvert le salon en présence de 80 auteurs, dont une vingtaine d'écrivains de grand renom ainsi que de dix auteurs membres de notre Académie.

     
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Histoire des Académies


VI. Les "trouvailles" de la Société Académique de Cherbourg

&&&&&&&&&

par Robert Lerouvillois (1)

Avec la naissance de la Société académique de Cherbourg en 1755, la vocation maritime de la ville, longtemps négligée, s'affirme, bien qu'un corps expéditionnaire anglais ait détruit, trois ans plus tard, les aménagements portuaires flambants neufs. Le domaine maritime de la ville offre naturellement aux nouveaux académiciens leurs sujets d'études préférentiels.

Le premier souci de la société qui venait de prendre naissance était d'adopter des statuts et un règlement. La décison fut prise de se réunir chaque semaine de 5 heures à 7 heures du soir, au domicile de Thomas Voisin La Hougue qui se chargeait du secrétariat. Les statuts prescrivaient de respecter la religion, d'honorer le Roi et l'Etat ainsi que d'éviter toutes cabales. Chacun des membres, dont le nombre fut fixé à vingt-quatre, s'engageait à fournir au moins un travail chaque année; chacun était tenu au secret des délibérations, sous peine d'exclusion. Le rythme d'une séance hebdomadaire ne put être maintenu que quelques années, après quoi l'on adopta la cadence raisonnable d'une réunion mensuelle.

Quant au contenu des séances de la jeune compagnie, bientôt fut mis sur pied un impressionnant programme de travaux, où devaient être traités des sujets tels que « les sciences exactes, les mathématiques pures avec leurs applications diverses, la physique, l'astronomie, la navigation, la botanique, la chimie, la philosophie, l'histoire, la législation, l'archéologie, la littérature, la poésie elle-même». Cette boulimie intellectuelle est très caractéristique des illusions de l'époque où, chacun, selon ses moyens, pensait pouvoir aborder, sans spécialisation préalable, les divers domaines du savoir.

Quelques mois à peine après la mise en place de la Société académique, les nouveaux partenaires décidaient d'entreprendre un premier travail pratique d'archéologie, à savoir une sortie collective de la compagnie <sur le terrain» pour aller étudier et fouiller la galerie druidique (ainsi la dénommait-on) des Pierres Pouquelées, à Vauville. Cette allée couverte, toujours subsistante bien que très ruinée par le vandalisme, est située au flanc d'une colline pentue dominant la mer à 17 km à vol d'oiseau à l'ouest de Cherbourg. Compte tenu des difficultés de déplacement de l'époque dans les rares et mauvais sentiers d'une région - la Hague - encore isolée et peu accessible, on mesure les difficultés, et la volonté des participants, de cette expédition qui n'avait rien d'une promenade de santé.

Par malchance, aucun compte-rendu écrit n'a subsisté de cette première sortie dont le promoteur était sans nul doute Pierre de Chantereyne, âgé de vingt-sept ans, grand amateur d'archéologie. Cette passion, il l'avait héritée de son père l'avocat François de Chantereyne dont subsistent quelques notes transmises par son héritier. Celles-ci font état de découvertes intéressantes de monnaies gallo-romaines et de sarcophages du Bas Empire lors du démantèlement du château médiéval de Cherbourg en 1689, et surtout, à partir de 1688, lorsqu'avait été mis au jour un mystérieux tombeau gallo-romain contenant des objets d'or et médailles grecques d'Asie mineure. Une nouvelle fouille, à l'occasion d'une trouvaille complémentaire, fut conduite au même endroit, en 1740, sous la responsabilité de l'Académie des Inscriptions et Belles Lettres dont le secrétaire perpétuel, Claude Gros de Boze, signa en personne le rapport publié dans les Mémoires de cette institution.

Ce qui intriguait Pierre de Chantereyne était la quasi-coïncidence avec une autre découverte, celle de trois lunules d'or sur un site très voisin, en 1749. Personne à l'époque n'était en mesure d'établir qu'en réalité, quelque mille huit cents ans d'ancienneté séparaient ces bijoux de l'âge du Bronze ancien des monnaies romaines ensevelies, à quelques pas, sur l'énigmatique montagne du Roule.

En 1768, nouvelle trouvaille sur les pentes de la même colline, celle d'une statuette de bronze romaine que devait acquérir le perspicace collectionneur et antiquaire Henri Duchevreuil, futur directeur de la Société académique. Elle figure à présent parmi les collections du Muséum de Cherbourg.

Après l'archéologie venait le tour de l'astronomie et de la cartographie. Le 3 juin 1769, nous apprend le registre des activités, «la compagnie s'est transportée à la pointe d'Equeudreville, sur le fort Choiseul, pour observer le passage de Vénus sur le disque du soleil, avec deux télescopes de réflexion, de seize pouces, deux lunettes de quatre pieds, un octant de réflexion et plusieurs montres et pendules qui avaient été réglées sur la méridienne de M Groult». Une précision: le fort Choiseul, disparu depuis longtemps, était situé en bord de mer, légèrement à l'ouest de la pointe du Homet, sans doute sur les enrochements précédant l'anse de Sainte-Anne.

Trois ans plus tard, Jean-Thomas Voisin La Hougue, alors secrétaire, présentait la carte hydrographique qu'il venait de lever des côtes de la Hague et du Val de Saire, «dressée, précisait-il, à l'aide des pilotes et marins pratiques du port», c'est-à-dire des professionnels familiers de ces parages.

La même année, son collègue Pierre de Chantereyne se livrait à une véritable campagne de fouilles archéologiques sur la côte nord et le plateau de La Hague, notamment le secteur qui s'étend en direction d'Eculleville, où l'on pouvait repérer de nombreuses tombelles et d'énigmatiques retranchements de terre.

Ces derniers avaient-ils ou non une relation avec le déjà célèbre Haguedike qui intriguait tant les esprits et où, beaucoup, voyaient «un camp militaire», mais sans pouvoir en préciser l'époque ni les constructeurs? C'est ce que Chantereyne se proposait de tirer au clair. Par chance, la plus grande partie de son texte a pu être récemment retrouvée grâce à la transcription fidèle effectuée vers 1809 par l'abbé Demons, jadis curé de Cherbourg. C'est le plus vieux document connu décrivant le Hague-dike tel qu'il se présentait dans l'ancien temps.

En 1773, Pierre de Chantereyne persévérait en prospectant cette fois l'allée couverte des Pierres Encouplées à Tourlaville. Transcrite également plus tard par Demons son évocation est d'autant plus précieuse que ce monument mégalithique situé jadis sur la lande Saint-Gabriel a entièrement disparu, démoli stupidement par les militaires du Génie en 1899. Chantereyne a également laissé la description de trois menhirs de la région: celui du Mesnil-au-Val, et surtout La Pierre bleue à La Glacerie, et La Pierre au serpent à Flamanville, ces deux derniers abattus depuis longtemps. D'autres prospections portèrent sur des tombelles de la Hague situées sur la lande de Jobourg.

Ces diverses fouilles archéologiques accomplie par des membres de la Compagnie afin de faire avancer la connaissance - démarche qui s'inscrivait dans le droit fil des Lumières - marquaient son originalité foncière par rapport aux autres sociétés savantes, plus d'un demi-siècle avant la création de la Société des Antiquaires de Normandie qui verrait le jour à Caen en 1824 seulement. Si l'on compare avec les recherches archéologiques menées par Foucault et Galland soixante-dix ans auparavant, observons que la motivation de ces dernières n'était pas du tout la même, et qu'elles avaient concerné fugitivement un cercle très restreint d'érudits où quelques membres de l'Académie de Caen n'occupaient qu'une place marginale. Du reste, au départ de Foucault personne n'avait daigné poursuivre les investigations brutalement interrompues.

Quant à l'Académie de Rouen, pourtant née vingt ans avant celle de Cherbourg, elle avait attendu la seconde moitié du XVIIIe siècle pour s'occuper de recherches sur l'histoire antique de la province.

(à suivre)

(1) Conférence donnée la 4 juin 2005 à l'occasion du deux cent cinquantenaire de la Société nationale académique de Cherbourg par Robert Lerouvillois, professeur honoraire.


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