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La GAZETTE
de l'Académie des Sciences,
Arts et Belles-Lettres de Caen
(N°22 Hiver 2009-2010)

[ Editorial | La vie de l'Académie| Les nôtres publient…| Les récentes communications ]
[Le petit journal| Notre histoire]


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EDITORIAL

FIN DE MANDAT


J'arrive bientôt à la fin de mon mandat de Président que vous avez bien voulu me confier. Le fruit de mes réflexions sur cette responsabilité a fait l'objet de mon éditorial dans la Gazette n° 21.

Durant sa présidence, le président Jean-Marie Lepargneur m'avait demandé de faire le lien avec les autres Académies. J'ai profité de ma présidence pour le réaliser. J'ai participé aux conférences nationales des Académies à Angers, Grenoble, à l'Institut de France et au bicentenaire de l'Académie d'Orléans. Ces différentes rencontres m'ont permis de nouer des liens d'amitié avec certains des membres de ces Académies et de celles de Metz et de La Rochelle.

A l'Institut de France, le chancelier Pierre Messmer qui m'a installé comme membre titulaire à l'Académie des Sciences d'Outre Mer à la troisième section: Sciences juridiques, économiques et sociales et où je suis le seul représentant des Comptoirs Français de l'Inde, a eu un très long entretien avec moi au sujet de notre Académie avant de venir présider notre 350e anniversaire.
A cet égard, le nouveau vice-président de cette Académie de Paris, mon ami Paul Blanc, m'a fait part de son souhait d'une rencontre entre les membres des deux Académies.

Comme membre de l'Institut International de Droit d'Expression et d'Inspiration Française à Paris, j'ai pu connaître et échanger avec l'Ambassadeur Alain Plantey, président honoraire de la Conférence Nationale des Académies. Ces différents échanges ont permis de recevoir à notre Académie les deux présidents: Monsieur Daniel Grasset et Monsieur André Laronde qui m'ont indiqué qu'ils gardent un excellent souvenir de la séance dans le cadre magnifique de l'Hôtel d'Escoville et de l'accueil que nos membres leur ont réservé.

Je voudrais remercier tous les membres de notre Académie, plus particulièrement Claude Roche, notre Secrétaire perpétuel, Nicolas, notre secrétaire, les Membres de la Commission administrative.

Une nouvelle année vient de naître et j'adresse à chacun et chacune d'entre vous mes voeux chaleureux de bonne et heureuse année, de bonne santé, avec une pensée toute particulière pour nos membres que l'âge et la maladie empêchent d'être des nôtres. Qu'ils sachent que leurs souvenirs et leurs contributions restent toujours présents dans nos pensées.
Très cordialement.

 

Le Président
Baptiste LESEIGNEUR

 
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La vie de l' Académie

Lundi 7 septembre - Réunion de la Commission administrative.
- Mme Simone Fehlmann remplace M. Jacques Moulin à la présidence de la Société des Amis de l'Académie.

Mercredi 9 et jeudi 10 septembre - Voyage de l'Académie à Douai sur le site minier de Lewarde.

Samedi 12 septembre - Conférence privée de Mme Elisabeth Limardo-Daturi sur les "Représentations d'Esther, entre écriture et images"
Election de Mmes Ilhem Agha Mir (parrains MM. Bernard Gourbin et Gérard-Guy Mouchel), Corinne Pouillot (parrains:MM. Bernard Gourbin et Jean-Louis Dumas), Nicole Vray (parrains MM Bernard Gourbin et Lucien Jerphagnon).

Vendredi 2 octobre - Le président Baptiste Leseigneur et le vice président Jacques Moulin participent à la Conférence nationale des Académies à Paris.

Samedi 17 octobre - Conférence publique de M. Jean Robert sur "Les biocarburants, entre pétrole, agriculture et développement durable".

Mardi 27 octobre - Obsèques au temple protestant de Courseulles-sur-Mer suivies de l'inhumation au cimetière Saint-Gabriel à Caen, de notre collègue Pierre Chaunu, professeur émérite à la Sorbonne, membre de l'Institut, membre honoraire de l'Académie où il était entré en 1968.

Samedi 14 novembre - M. André Laronde, président de la Conférence nationale des Académies, nous rend visite.
Conférence privée de M. Baptiste Leseigneur sur "Le style judiciaire"

Lundi 16 novembre - Réunion de la Commission administrative.
Démission de M. Robert Sinsoilliez, membre associé correspondant, pour raison de santé.

Vendredi 4 décembre - Obsèques en l'église Notre-Dame de Granville de notre collègue Robert Sinsoilliez, écrivain, ancien docteur en chirurgie dentaire, membre de l'Académie depuis 2006.

Samedi 5 décembre - Rencontre informelle de la Commission administrative avec trois nouveaux académiciens: Melle Sophie Lucet, MM. Patrick Billioud de Nuzillet et François Solignac-Lecomte.

Vendredi 18 décembre - A cause de la neige, 54 convives seulement sur 71 inscrits participent au banquet annuel de l'Académie.
Distribution de la 3e version du Trombinoscope: année 2009.
Le banquet est précédé d'une conférence privée de notre collègue Etienne-Paul d'Alché intitulée: "Idées reçues et vérité scientifique"

Samedi 19 décembre - Conférence publique de M. Alain Goulet sur le thème "Dans les coulisses des «Faux monnayeurs»".



 

 


Les nôtres publient...

- Roland Charpiot: Histoire des Juifs d'Allemagne, du Moyen Âge à nos jours. N'en déplaise aux négationnistes de tout poil, le nazisme a causé la mort de 6 millions de juifs. Mais onze années d'antisémitisme fanatique approuvé par tout un peuple ne sauraient s'expliquer par la seule folie criminelle d'un mégalomane exterminateur ainsi que le démontre l'auteur de cette thématique douloureuse bien traitée. Ces onze années furent en effet précédées des innombrables pogroms du Moyen-Âge, des imprécations judéophobes de Martin Luther, d'une «réglementation à l'usage des juifs» émanant de Frédéric II, des invectives haineuses du prédicateur Adolf Stoecker et de l'historien Heinrich von Treitschke. S'il y eut des moments de tolérance «officielle» avec le code Napoléon, l'arrivée au pouvoir de Bismarck ou encore la Constitution weimarienne, l'antisémitisme n'a jamais cessé de se manifester en Allemagne. (Ed. Vuibert)

- Joseph Decaëns et Adrien Dubois: Le Château de Caen, mille ans d'une forteresse dans la ville. Les deux auteurs ont dirigé ce joli petit ouvrage avec la collaboration d'une dizaine de spécialistes dont Jean-Pierre Marin, mais ils le dédicacent - et c'est justice - à Michel de Boüard qui au long des fouilles des années 50-60 «nous apprenait le château et nous le rendait si vivant». Des origines, vers 1060, à nos jours, on suit l'évolution du site: son organisation, la période ducale (XIe-XIIe siècle), la vie du château royal, la guerre de Cent ans, enfin l'époque moderne et contemporaine qui va de la garnison aux musées actuels. Un abondant crédit photographique et les photos de François Decaëns mettent en valeur l'ouvrage et le château devenu un lieu de culture et un attrait pour un public sensible à l'Histoire et à l'Art.(CRHAM Caen).

- Vladimir Fedorovski: Le Roman de l'âme slave. Dans ce nouveau bestseller en vue, Vladimir nous offre une saga haute en couleur où il dessine, grâce à quelques subtils portraits, tout le génie d'artistes tels que Stravinsky, Diaghilev, Nijinski, Tchékhov, Tolstoï ou Soljenitsyne. Comme l'écrit Thomas Mahler, " Fedorovski est un bel exemple de reconversion en temps de crise. Après la faillite de l'URSS, l'ex conseiller de Gorbatchev a su troquer son statut de diplomate de la perestroïka contre celui d'ambassadeur littéraire à Paris». Après avoir vendu plus de 100 000 exemplaires avec Le Roman de Saint-Pétersbourg et Le Roman du Kremlin, notre collègue démontre que la collection Roman qu'il a créée fait bien des envieux dans le monde de l'édition. "Ce sont des livres qui font rêver, dans la tradition de la littérature russe", explique-t-il. (Editons du Rocher).

- Alain Goulet: La Chambre noire d'André Gide. C'est un Gide toujours vivant et actuel qu'offre ce volume publié sous la direction d'Alain Goulet, grand spécialiste de l'oeuvre de Gide ainsi que de la littérature française du XXe siècle et du tournant du siècle. Un Gide qui aurait eu 140 ans le 22 novembre 2009. Pour cet anniversaire, notre collègue et ses collaborateurs proposent d'entrer dans la chambre noire de l'écrivain, ce lieu obscure où se conçoivent et s'écrivent les oeuvres, où elles se projettent et s'élaborent, charriant souvenirs, rêves et fantasmes dans un dialogue constant avec soi-même, y révélant parfois une intimité de façon plus claire que dans l'oeuvre achevée. Thématiques fortes: relecture et analyse, souffrance, existence, amour, regard sur la société, théâtre et manuscrits de Gide…
(Le Manuscrit, Recherche - Université)

- Jean-Paul Lefebvre-Filleau: Faits divers en Normandie, de l'étrange au diabolique. Dans son dernier ouvrage, l'auteur ne retient que des faits réels qui se sont déroulés chez nous et qui sont mis au jour grâce à des témoignages recueillis par lui-même comme il le fit déjà dans son Zola et l'affaire Dreyfus, l'histoire d'un double crime dont il nous entretînt en novembre 2007. Ancien colonel de gendarmerie, il a pu, il est vrai, accéder, plus facilement que d'autres, aux archives de la Gendarmerie Nationale. Déjà récompensé par le Grand prix des Écrivains de France pour un livre sur L' Affaire Bernadette Soubirous, l'enquête judiciaire de 1858, il fait parler, cette fois, à travers 44 histoires, des gendarmes mais aussi des policiers, des journaliste et des témoins. Faut-il préciser que dans cet ouvrage, la réalité dépasse, là encore, très souvent la fiction ? (OREP).

- Jean Migrenne: Poètes des temps de guerre. Notre confrère nous offre ici la traduction de The War Poets an Anthology de Michaël Wylie, recueil qui rassemble soixante dix-huit poèmes de guerre de vingt-cinq poètes et dont la première édition remonte à 1992. Cette anthologie est intéressante à plus d'un titre. Tout d'abord elle ressuscite des poètes anglophones pour la plupart oubliés depuis longtemps. Elle nous montre ensuite comment ces hommes ont réagi aux évènements qu'ils vivaient (Grande Guerre, Seconde guerre mondiale). Brooke, Gurney, Owen, Sassoon et Thomas se taillent la part du lion dans cette sélection tandis que d'autres, à l'image de Kipling et Yeats, sont réduits à la portion congrue mais le traducteur a bien été obligé de se limiter au choix qu'a fait Mickael Wylie. (Pitkin Publishing, Andover, Hampshire SP10 2AA, Royaume-Uni).

- Gérard Pouchain: Asnelles à travers la presse.(II. 1922-1937) .Ce cinquième volume propose de découvrir l'histoire événementielle d'Asnelles, de 1922 à 1937, à partir d'articles parus dans les journaux régionaux tels Le Journal de Bayeux et L'Indicateur de Bayeux qui fusionne en 1930.avec L'Echo du Bessin, et, dans une moindre mesure, à deux journaux saisonniers L'Echo des Plages et La Côte de Nacre, ainsi qu'à La Croix du Bessin. De nouveaux titres font ici leur apparition comme L'Ouest Éclair, Le Courrier du Bessin ou Le Trait d'Union, bulletin des paroisses d'Asnelles, Meuvaines et de Saint-Côme de Fresné. La vie du village ne se réduit pas aux seuls faits divers mais fait place également aux plaisirs partagés par les habitants. Jusqu'au jour où "Asnelles la Belle Plage", hôtels, casino et riches villas disparaissants, ne sera plus qu'un simple toponyme: Asnelles. (Mairie d'Asnelles).

- Corinne Pouillot: Audrey Hepburn, un ange à Hollywood. Changement de style pour notre nouvelle académicienne: jusqu'ici spécialiste de la Russie et de son Empire, elle aborde avec ce livre la biographie contemporaine en nous offrant dans la collection "Les 50 plus belles histoires" un portrait tout en nuances de celle qui incarne, aujourd'hui encore, l'élégance et la générosité, Audrey Hepburn. Rarement actrice aura marqué à ce point l'histoire du septième art. Couronnée par un Oscar, Audrey Hepburn fut nommée à quatre autres reprises. Pourtant, à trente huit ans, l'actrice mit un terme à sa carrière. Avec talent et tendresse, l'auteur revient sur le destin exceptionnel de cet ange à Hollywood dont elle retrace l'enfance solitaire et les tournages, évoque les hommes de sa vie puis son engagement en tant qu'ambassadrice de l'UNICEF. (Timée éditions).

- Gianfranco Stroppini: Présentation de "L'Enéide" de Virgile. Il s'agit là de la traduction de Marcel Desportes et, d'emblée, Gianfranco Stroppini nous prévient: "L'édition de L'Énéide de Virgile, oeuvre personnelle de Marcel Desportes, avec sa singularité linguistique, requérait courage et détermination". C'est peu dire que nous nous trouvons ici devant un livre difficile d'accès tant la translation de l'oeuvre de Virgile menée à bien par notre ancien collègue jusqu'au dernier mois de sa vie représente un monument d'une originalité entière. La langue, si nouvelle, peut en effet rebuter les esprits trop habitués aux charmes ordinaires. Faut-il croire alors que la vraie beauté doit marcher voilée et d'une démarche étudiée pour enchanter le lecteur, même averti ? (Editions Orizons)

- Nicole Vray: Un autre regard sur Marie, histoire et religion. Marie insérée dans l'histoire des faits, des idées, des églises, c'est ce que Nicole Vray, nouvelle académicienne elle aussi, docteur ès lettres et hébraïsante, propose dans ce livre superbe et d'un travail rigoureux. Loin des ouvrages confessionnels, théologiques ou consacrés à l'art, cet "autre regard sur Marie" montre comment, dans des contextes politiques et religieux successifs, le personnage de Marie a été façonné à partir des textes des Evangiles et de récits apocryphes. Jeune juive puis mère de Jésus, Marie deviendra la Vierge, mère du Fils, Immaculée Conception… Il ne faudra pas moins de 20 siècles pour que se réalise la «montée» et la «construction» d'une personne en personnage puis en mythe. Le père Dujardin, dans sa préface écrite à la demande de l'auteur protestant, relève avec justesse la sobriété et la neutralité respectueuse de l'oeuvre. (Editions Olivétan).

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Les récentes communications

par J-L Dumas

13 juin 2009: "Les motifs arthuriens du pilier de l'église Saint-Pierre" par M. Michel Vital-Lebossé. La question est d'abord située dans des perspectives plus larges: l'intérêt pour la pensée alchimique, l'hermétisme. Le conférencier décrit les chapiteaux sculptés du troisième pilier de la nef, côté Nord. Les thèmes choisis par les artistes sont empruntés aux bestiaires divins, aux aventures des chevaliers de la Table Ronde; enfin Virgile et Aristote sont ridiculisés: il s'agit d'épisodes détaillés par les lais et fabliaux. Cette statuaire aurait, contrairement au Roman de la rose, des accents féministes.


12 septembre 2009: "Représentations d'Esther, entre écritures et images" par Mme Elisabetta Limardo-Daturi. Si la Bible est source d'inspirations multiples, c'est bien le cas du Livre d'Esther. On s'attache ici au cycle réalisé par Domenica Fisella dans les années 1618-20. Il existe plusieurs niveaux de lecture de ces fresques : religieux, historique, politique. La perte du sens du sacré aboutit parfois à un spectacle galant et amoureux, ou encore à une attitude théâtrale. Cette iconographie met donc en lumière l'ambivalence de l'histoire d'Esther, anamnèse à mille facettes.



17 octobre 2009: " Les biocarburants, entre pétrole, agriculture et développement durable" par M. Jean Robert. Ce sont des carburants issus de matières végétales ou animales non fossiles: l'éthanol et le biodiésel. Nous sommes en présence d'un jeu d'acteurs complexe: des agriculteurs très organisés, le capitalisme international, les compa-gnies pétrolières, les banques. Le bilan environnemental donne lieu à des évaluations opposées, on ne peut juger qu'au cas par cas. A long terme, tout repose sur le progrès technique.


14 novembre 2009: "Le style judiciaire" par M. Baptiste Leseigneur. La justice peut apparaître lointaine, intimidante; sa langue paraît déconcertante. Mais comme toute activité humaine, elle a besoin d'une langue technique. Malgré les apparences, la langue judiciaire vise à la clarté et à la concision. M. Leseigneur donne un florilège de textes très frappants. Mais la finesse de plume n'est pas tout. On doit pouvoir distinguer les faits et l'interprétation. L'impartialité est de rigueur.


18 décembre 2009: " Idées reçues et vérité scientifique" par M. Etienne-Paul d'Alché. Mieux vaudrait dire «idées fausses». Par vérité scientifique, on entend savoir indiscutable c'est-à-dire fondé sur des certitudes ne pouvant pas être discutées. Notre confrère commente cinq exemples d'idées fausses très répandues dans les sciences physiques et biologiques avec chaque fois la vérité scientifique correspondante:
1. En dépit de l'opinion populaire, dans le vide tous les corps chutent avec la même vitesse quelle que soit leur masse.
2. L'oxygène libéré par les plantes vertes ne provient pas du CO2 absorbé par la plante, mais de la photolyse de l'eau, première étape de la photosynthèse. Ainsi l'eau, la lumière et les végétaux chlorophylliens sont indispensables au renouvellement de l'oxygène atmosphérique.
3. Le gène n'a pas qu'une fonction: un seul gène peut être à l'origine de nombreuses protéines et donc de nombreuses fonctions.
4. Le médecin mesure non la tension artérielle mais la pression artérielle.
5. La circulation du sang ne s'explique pas uniquement par l'énergie de pression due à la pompe cardiaque: interviennent aussi l'énergie de gravitation et l'énergie cinétique.
Donc, pour progresser, «la science doit savoir dire non» (G. Bachelard)


19 décembre 2009: "Dans les coulisses des «Faux monnayeurs» par M. Alain Goulet. En éditant dans la Bibliothèque de La Pléiade ce roman de Gide, Alain Goulet a pris connaissance de variantes et brouillons fort nombreux, constituant un copieux «dossier génétique». Dans une première rédaction Gide se livre, sous couleur de fiction, avant de gommer ce qui est trop compromettant. Mais les confidences personnelles sont bien là. On retrouve ici la naissance de la passion amoureuse de Gide pour Marc Allégret. Lus en parallèle avec le Journal, ces brouillons témoignent d'une crise profonde. L'auteur découvre que le Diable est le maître d'oeuvre. On relève encore bien d'autres notations autobiographiques, par exemple des confidences à charge ou à décharge sur son épouse Madeleine, ou sur des amis de Gide. On trouve des traces patentes de tout ce monde derrière les personnages du roman, mais des exigences littéraires conduisent l'auteur à en éliminer certaines.


Rencontres-débats des Amis de l' Académie

19 juin 2009: "Darwin" par le Dr Yvon Bénard. On célèbre en 2009 le bicentenaire de la naissance de Darwin, le fondateur de la biologie moderne de l'évolution. M. Bénard donne une bibliographie actualisée. Il évoque les prédécesseurs de Darwin, sa famille, son état de santé, ses convictions religieuses. Il analyse L'Origine des espèces (1859) et La Descendance de l'Homme (1871). Il ne cache pas les erreurs scientifiques de Darwin, ni l'éclipse du darwinisme à la fin du XIXe siècle.

16 octobre 2009: "La réforme de l'Université" par M. Christophe Alleaume. La réforme à laquelle est attachée Mme Pécresse est plus qu'un projet mais n'est pas encore achevée. L'orateur présente le contexte de la réforme. Il analyse la loi L.R.U. qui conserve le caractère national des diplômes, les procédures d'habilitation de ceux-ci, etc. Si la contestation est parfois partie de faux bruits, on reconnaîtra que les I.U.F.M., ces «temples de la pédagogie», sont menacés.

20 novembre 2009: "les orignes de la vie, du prébiotique aux cellules vivantes" par Mme Simone Bazin. celle-ci entend seulement proposer des pistes de réflexion, la chimie organique, en effet, autorise plusieurs hypothèses. Peut-être le vie est-elle née au fond des océans (archébactéries). Ou bien elle serait venue de l'espace : choc de météorites sur la terre. D'autres hypothèses sont concevables concernant l'ARN, cet acide a pun être précédé par des polymères moins fragiles et de synthèse plus aisée. Enfin, la vie aurait pu naître sur une autre planète. En tout cas, elle est possible ailleurs que sur la Terre. Nous ne sommes pas les seuls, ni les meilleurs. On conclura à plusieurs origines.

 

 
 

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Le petit journal

Reconstruction: Notre collègue Philippe Lenglart, auteur en 2008 d'un riche album sur Caen, architecture et histoire, a proposé aux lecteurs de Ouest-France, pendant tout l'été, une enrichissante série sur la ville reconstruite. Une de ses chroniques, le 18 août, rendait hommage à notre éminent collègue, l'architecte Pierre Auvray, mort en 2009 à l'âge de 106 ans moins un jour. Notre Académie avait solennellement célébré le centenaire de Pierre Auvray le 14 juin 2003 en présence de Pierre Mesmer, chancelier de l'Institut.

Michel de Boüard: Le bassin de jeux d'eau en face du Phénix de l'Université de Caen s'appelle désormais Esplanade de la paix-Place Michel de Boüard, du nom de notre ancien collègue décédé en 1989. Titulaire de la chaire d'histoire de la Normandie à l'Université durant 40 ans et fondateur du Centre de recherches archéologiques médiévales de cette même Université, il était aussi le fondateur du musée de Normandie. Une table ronde et une exposition ont complété en octobre cette inauguration.

Laplace: Dans le cadre de l'année mondiale de l'astronomie, un cycle de conférence s'est déroulé à l'auditorium des Archives départementales du Calvados, à l'initiative de notre nouveau collègue Serge G. Sochon. Objectif: célébrer le 200e anniversaire de la naissance d'un de nos plus anciens collègues, Pierre Simon, marquis de Laplace, astronome, mathématicien et physicien originaire de Beaumont-en-Auge. Historien spécialiste de Laplace, M. Sochon a évoqué la jeunesse normande du père de la mécanique céleste et de la théorie analytique des probabilités.

Sociétés savantes: Tour de France des sociétés savantes, sous ce titre le journal La Croix du 21/22 novembre s'est penché sur le sort des académies de province. «On connaît l'Académie française, on connaît moins les académies de province pourtant très anciennes et présentes dans trente villes», écrit le quotidien catholique. Quatre académies seulement ont été choisies par les journalistes parisiens: Grenoble, Orléans et Bordeaux plus Montpellier qui fait la une du journal avec une photo couleur d'aspect bien sévère et vieillot. Cette institution du Languedoc-Roussillon compte 90 membres… dont 30 médecins !

Banquet : Par crainte des mêmes intempéries qu'à la fin décembre dernier, le banquet annuel 2010 de l'Académie a été avancé de deux mois. Il est fixé au vendredi 22 octobre. Retenez déjà la date.

Mémoires: La numérisation des anciens volumes de l'Académie se poursuit. La BNF avait pris du retard mais elle se rattrape et a mis en ligne sur gallica.fr les volumes de 1872 à 1929 à la fois en mode texte et en mode image, cette fois-ci la qualité du travail est digne d'éloge. Google propose toujours le rapport général (1811) ainsi que les volumes de 1858 et 1867. Enfin, un certain nombre de volumes sont disponibles à la librairie L'Echo des Vagues, de Rouen, ou aux
Archives départementales du Calvados.

Bibliothèque: Elle est ouverte à tous les membres de l'Académie dans nos bureaux du 3e étage. N'hésitez pas à venir consulter ou emprunter des ouvrages les lundi et mardi, entre 8 h 30 et 16 h 30, et du mercredi au vendredi inclus, de 8 h
30 à 12 h 30. Une permanence est assurée par M. Jean-Louis Dumas, le mardi après-midi.

Confidences

Visite de M. André LARONDE
Président de la Conférence des Académies

«Outre la qualité du thème initial (le style judiciaire), j'ai été frappé par la variété des nombreuses interventions de ce jour, elles furent nombreuses et ont démontré une grande compétence de la part des académiciens présents. J'ai noté, par ailleurs, votre dynamisme en matière de recrutement. J'apprécie, enfin, que l'Académie de Caen ne soit pas un cercle fermé mais une institution vivante, ouverte au grand public, d'abord au sein de la Société des Amis de l'Académie que vous avez initiée et comme le montre aussi le cycle de vos conférences au château de Caen en alternance avec vos conférences privées dans ce splendide joyau qu'est votre berceau de naissance.»
«Je dois vous dire également que j'éprouve un grand plaisir de me trouver à Caen, une ville meurtrie en 1944 mais toujours superbe. Sa reconstruction a été parfaitement réussie. Vos abbayes et vos monuments sont l'exemple d'une fusion heureuse entre le gothique flamboyant et la Renaissance. A cet égard, vous avez la chance d'avoir sous vos fenêtres et sous vos yeux, cette belle église Saint-Pierre en rénovation. On ne se lasse pas de la regarder.»

(Confidences faites au terme de notre séance du samedi 14 novembre à l'hôtel d'Escoville)

Entre Académiciens

Le 27 octobre 2009, dans la salle de l'ancien réfectoire de l'Hôtel de ville de Caen, notre collègue Gilles Henry a remis l'insigne de Chevalier dans l'Ordre des Arts et Lettres à un autre de nos collègues, Yves Lecouturier. «Âme d'un musée de la Poste qui ne lui a pas survécu», notre ami a reçu en même temps que cette récompense «la reconnaissance d'un travail d'historien rigoureux, attaché à son territoire» comme l'a souligné le député-maire Philippe Duron en lui offrant la médaille de la ville. Nos chaleureuse félicitations à Yves.


En août demier, invités de Bernnard Gourbin, commissaire des Journées du Livre de Granville, trois des nôtres signaient à la même table : Gillles Henry, entouré de deux de nos nouvelles Académiciennes Corinne Pouillot et Nicole Vray.

Le 5 décembre, notre (futur) nouveau président, Jacques Moulin, a renoué avec une habitude prise en mars 2007, la commission administrative a reçu de façon informelle "pour faire connaissance", trois de nos récents impétrants : Sophie Lucet, Patrick Billioud de Nuzillet et François Solignac-Lecomte.


 

     

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Naissance de l'Académie Française


I. Le confident de M. le Cardinal

&&&&&&&&&

par Emile Magne (1)

Las de vérifier des comptes de fermages, M. Nicolas Faret essuya sa plume d'oie et la déposa sur l'encrier de bois sculpté. Il saisit, dans un poudrier, une pincée de poudre d'or et la fit tomber en pluie sur la page qu'il venait d'annoter. Il rangea, aux deux côtés de sa table de travail, quelques dossiers, repoussa le siège ployant où il était assis, se leva et se promena de long en large dans la chambre. (…)

M. Nicolas Faret s'ennuyait et, accablé par cet ennui, ne voyait plus le cadre riant de son existence habituelle. Il se sentait mal à l'aise. Après avoir marché un moment, il s'alla contempler dans un miroir de Venise suspendu auprès de la fenêtre. Il s'y vit replet de corps et vermillonné de visage comme à son ordinaire et fit réflexion qu'il avait dû, la veille au soir, avaler, en compagnie de son bon maître, messire Henry de Lorraine, comte d'Harcourt, de MM. de Saint-Amant, Vion d'Alibray et Jacques Le Pailleur, trop de gobelets de ce délectable vin de Beaune par quoi le tripotier de la «Pomme de Pin» attirait en sa taverne les biberons de qualité. Une succulente sauce à la poivrade et une éclanche de mouton marinant dans un jus épicé l'avaient incliné à multiplier les rasades et les brindes. (…)
Rassuré cependant par sa bonne mine, M. Nicolas Faret s'approcha de la fenêtre. L'hôtel d'Harcourt où il était logé, à titre d'intendant de messire Henry de Lorraine, donnait sur la place Royale baignée de soleil par cette matinée de printemps de l'an 1633.(…). M. Nicolas Faret eut envie de s'aller divertir sous ses arcades parmi les groupes de seigneurs et de dames qui, en ajustements de parade, s'y pavanaient au sortir de la messe des Minimes. (…). Près de sortir, il hésita. Le promenoir de la place Royale ne l'attirait plus. Changeant de décision, il ordonna d'appeler l'un des carrosses de son maître. L'idée lui était brusquement venue de se rendre rue Saint Honoré, à l'enseigne des «Trois Pucelles», en la maison de M. l'abbé de Boisrobert (2).

Depuis fort longtemps il n'avait visité ce cher ami auquel il devait son poste d'intendant et la petite fortune qu'il en avait tirée. A le revoir, il lui témoignerait qu'il n'oubliait point ses services. Il recevrait en outre de lui le réconfort et la distraction dont il sentait le besoin. A quiconque, en effet, souffrait de tristesse, d'hypocondrie, de fainéantise d'esprit, M. l'abbé de Boisrobert procurait, en quelques instants, force, confiance, bonne humeur. Il n'y avait pas d'homme au monde plus plaisant, plus prodigue de gentillesses et qui possédât en sa besace plus de contes à rire. Auprès de Mgr le cardinal de Richelieu il tenait, depuis bien des années, un emploi singulier de confident, d'ami, de secrétaire pour la littérature, d'amuseur et de nouvelliste. Il excellait si bien, par ses gazettes bouffonnes, ses réparties, ses bons mots, à dissiper les graves soucis de son maître que M. Cytois, premier médecin, ordonnait souvent à son Eminence «deux drachmes de Boisrobert» pour remède à ses maux.

Dans le carrosse drapé de velours amarante qui le conduisait chez l'abbé, M. Nicolas Furet retrouvait déjà, à évoquer ce charmant compagnon, sa sérénité d'esprit. Le véhicule avait enfilé la rue Saint-Antoine et roulait, à petite allure, dans un furieux embarras de voitures, de charriots, de cavaliers et de piétons se disputant le passage. (…). Aux environs des «Trois Pucelles», l'hôtel que Mgr le cardinal faisait construire pour s'y installer bientôt dressait ses beaux corps de logis encore chargés d'échafauds.

…..M. Nicolas Furet, descendu de son véhicule, l'admira au passage, puis il pénétra en la maison de son ami. Tout de suite de gracieux laquais, en fraîches livrées, l'accueillirent. Ils étaient les plus juvéniles et les plus beaux du monde, car M. l'abbé de Boisrobert ne pouvait souffrir dans son intimité les visages de carême. Ils firent entrer l'arrivant dans la propre chambre de leur maître occupé à expédier, dans un
lieu voisin, des solliciteurs de grâces et autres fâcheux.


(à suivre)

 


(1) Extraits de la Naissance de l'Académie Française , n° 707 de "La Petite Illustration" du 19 janvier 1935.
(2) François Le Métel de Boisrobert, abbé, avocat, homme de lettres, conseiller d'Etat, né à Caen en août 1592, mort en 1662. Il prit une part prépondérante dans l'établissement de l'Académie Française. Il appartînt à l'Académie de Caen.

 


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tél et fax : 02 31 22 54 48
ou au secrétariat de l’Académie, Caen, tél. 02 31 86 14 16

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