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La GAZETTE
de l'Académie des Sciences,
Arts et Belles-Lettres de Caen
(N°23 été 2010)

[ Editorial | La vie de l'Académie| Les nôtres publient…| Les récentes communications ]
[Le petit journal| Notre histoire]


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EDITORIAL

Une Compagnie très ancienne et vivante
Pourrait-on aller plus loin ?

Vous m’avez confié, au début de cette année, la présidence de notre Académie. Je suis très sensible à l’honneur qui m’est ainsi fait, mais je suis également conscient des responsabilités et des devoirs que cela entraîne.

Je m’efforcerai, bien entendu, de poursuivre dans la ligne tracée par la longue théorie de mes prédécesseurs, qui ont fait de cette Académie (avec l’aide de tous ses membres) une Compagnie très ancienne certes, mais très active et vivante.

C’est d’abord un lieu de rencontre, d’échange et de réflexion, où la diversité des talents qui s’y retrouvent rend les discussions au cours des séances privées particulièrement intéressantes et enrichissantes.

L’ouverture vers l’extérieur se concrétise depuis longtemps par les séances publiques, et depuis près de dix ans, par les Rencontres-Débats organisées par la Société des Amis de l’Académie. Ces rencontres (conférences suivies de discussions) sont ouvertes à tous, et portent souvent sur des sujets de société. J’encourage vivement tous nos confrères à y participer, ainsi qu’aux séances de « bibliographie » (en sciences, philosophie et littérature) animées par plusieurs de nos membres et « interactives ».

Pourrait-on aller plus loin ? Reprenant une suggestion émise il y a déjà plusieurs années par Jean-Marie Lepargneur, pourrait-on envisager un travail en commun, une recherche collective permettant d’émettre, sur un thème choisi, le point de vue de notre Académie ? Les sujets ne manquent pas qui, avec une préférence pour un aspect régional, permettraient de profiter de la pluridisciplinarité, de notre Compagnie, c’est-à-dire de la diversité de ses talents et de ses compétences. Cela vaut sans doute la peine d’y réfléchir.

Les contacts que nous pouvons avoir avec les autres Académies des Régions peuvent nous aider à cette réflexion.

Ces contacts, que Baptiste Leseigneur s’était attaché à développer, sont naturellement à poursuivre. C’est ainsi que nous devons recevoir, courant septembre, une délégation de l’Académie de Rouen. Et puis, en octobre, je compte participer, avec notre Secrétaire Perpétuel Claude Roche, à la réunion à Metz de la Conférence des Académies des Régions.

Je rappellerai pour terminer que notre dîner annuel aura lieu en octobre (et non en décembre comme c’était l’habitude) afin d’éviter les risques météo. Retenez donc la date du 22 octobre, et j’espère que nous nous y retrouverons nombreux.

Le président
Jacques MOULIN

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La passation de pouvoirs

Elle remonte déjà au 30 janvier. En prenant possession de ses fonctions, le nouveau Président Jacques Moulin s'est livré, après les remerciements d'usage, à deux ou trois réflexions qui recoupent son éditorial d'aujourd'hui.

Sur le plan interne. «Nous ne nous connaissons pas assez, a-t-il expliqué. N'y aurait-il pas moyen de développer la convivialité entre nous ? Les rencontres avec les nouveaux confrères, lancées par Bernard Gourbin il y a 4 ans et reprises récemment, en sont un exemple. Il me semble aussi que les parrains pourraient avoir un rôle plus important à jouer dans les présentations, l'incitation à l'assiduité, et, à ne pas négliger, le paiement des cotisations. Je pense également que nous pourrions nous inspirer de l'exemple du Dr Yvon Bénard dont beaucoup ont pu apprécier, dans des moments difficiles, l'amicale sollicitude (et la compétence)»

Sur le plan externe. «Notre Académie n'est pas assez connue et reconnue. Les efforts déjà accomplis par les précédents Présidents devront être poursuivis: liaisons avec les responsables des collectivités locales (ville, département, région). Egalement avec certaines Académies régionales placées, comme nous, sous la houlette de l'Institut de France. Avec, et pourquoi pas ? certaines activités communales. Sans oublier les liaisons avec les médias.»

Un dernier point. «Notre Académie, nous le savons tous, regroupe de grands talents dans des domaines très variés. La pluralité, nous le constatons, est toujours mentionnée comme un des points forts de motivation des nouveaux entrants. Alors, serait-il utopique d'envisager un groupe de travail étudiant un problème de société en profitant justement de cette pluridisciplinarité ? Cela a existé dans le passé et cela se passe dans certaines Académies. Les conclusions, dans ce cas, pourraient être remises aux autorités concernées».

 
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La vie de l' Académie

Lundi 18 janvier - Réunion de la Commission administrative.

Samedi 23 janvier -Séance publique de M. Jean Migrenne en deux parties : I) les «Confessions d’un traducteur solitaire », II) « Les habits neufs d’un traducteur»

Samedi 30 janvier - Élection de M. Bernard Rouxelin (parrains MM Jacques Moulin et Malraye).
- Séance privée de M. Jean Laspougeas sur « La vie et l’œuvre de Pierre Chaunu (1923-2009) » en présence de Mme Huguette Chaunu, M. Emmanuel Chaunu et Mme Escamilla.
- Élections de M. Jacques Moulin à la présidence de l'Académie et de M. Bernard Garnier à la vice-présidence.

Samedi 13 février - Séance publique dédiée à la remise du Prix littéraire par notre consœur Jacqueline Musset, présidente du jury. Le prix a été décerné à Mme Catherine Zambettakis et M. Michel Provost pour leur ouvrage « Flore rare et menacée de Basse-Normandie » (éditions In Quarto) et à M. André Dezellus pour son ouvrage « Un forçat chez Göring » (éditions Page de Garde).

Lundi 1er mars - Réunion de la Commission administrative.

Samedi 13 mars - Séance publique de M. Pierre Heudier sur « Alain (1868-1951) : un humaniste impertinent »

Samedi 20 mars - L’Académie représentée par M. Jacques Moulin au vernissage de l’exposition de notre confrère Jean-Pierre Le Fèvre à Condé sur Noireau.

Samedi 27 mars - Élections de quatre nouveaux membres : Mme Anne-Marie Riss (parrains Mme Monique de La Gontrie et Frère Dominique Dauzet), M. François Bédel-Girou de Buzareingues (parrains MM. Jean-Louis Dumas et Michel de Pontville), M. Jean-François-Robert (parrains MM. Jean-Marie Lepargneur et Claude Roche), M. Frédéric Slaby (parrains MM. Jean-Marie Lepargneur et Jean Migrenne).
- Séance privée de M. Jean Laspougeas sur « Sortir de la Révolution française : Église déchirée et Église pacifiée ».

Mercredi 21 et jeudi 22 avril - Participation de plusieurs de nos confrères au voyage en Touraine (Blois, Amboise) organisé par la Société des Amis de l’Académie.

Lundi 26 avril - Réunion de la Commission administrative
- Mise en place d’une commission chargée de la révision des statuts à laquelle sont associés Me. Bernard Blanchard, Mme Jacqueline Musset, M Baptiste Leseigneur et M. Claude Roche.

Samedi 8 et dimanche 9 mai – Participation de l’Académie au Salon du Livre de Caen. Deux des nôtres ont animé le kiosque :
- M. Roche sur le thème : « L’Académie de Caen ouverte sur l’étranger »,
- Mme Monqiue Drouet sur les « Figures d’académiciennes dans le XIXe siècle ».

Samedi 29 mai - Rencontre informelle entre la Commission administrative et deux nouveaux membres associés correspondants : Mme Nicole Vray et M. Bernard Rouxelin.
- Séance publique de Mme Nicole Vray sur « Calvin (1509-1564), et le politico-religieux ».


Jeudi 3 juin - Une délégation composée d’une trentaine de membres de l’Académie a répondu à l’invitation du Président du Sénat pour visiter la Haute Assemblée.

Lundi 7 juin - Réunion de la Commission administrative
Démission de M. Jacques Maingard, membre associé correspondant de Guernesey, pour raison de santé.

Samedi 12 juin - Participation de plusieurs de nos confrères à la journée organisée à l’abbaye de Hambye par la Société d’Histoire et du Patrimoine Pharmaceutiques de Basse-Normandie (Christian Huni).

Jeudi 17 juin - L’Académie représentée aux obsèques de Jean-Pierre Dauxerre, ancien Directeur des Services Techniques de la Ville de Caen

 

 


Les nôtres publient...

Vladimir Fedorovski : Le Roman de Tolstoï. Centième anniversaire de la mort de l'écrivain oblige, notre collègue et ami Vladimir, l'ex-diplomate de la perestroïka, raconte avec beaucoup de verve l'univers plus que mouvementé du vieux sage d'Iasnaïa Poliana. Cet apôtre de la chasteté à la barbe rousse et au look rustique, inspirateur du prude Gandhi, ne réservait pas qu'aux belles lettres son exceptionnelle vigueur. Fedorovski, qui a dévoré les quatre tomes du journal intime du géant de la littérature russe alors qu'il était jeune attaché à l'ambassade soviétique de Mauritanie, nous montre comment ces tourments entre des appétits terrestres et un idéal ascétique ne cesseront de hanter le romancier et son œuvre. En cela, explique-t-il, les déchirements de Tolstoï illustrent bien l'ambivalence de l'âme russe décrite par Freud. (Editions du Rocher)

Adrien Goetz : Le coiffeur de Chateaubriand. On ne s'en doutait guère, Chateaubriand avait donc un coiffeur. Et c'est à travers cet homme un peu loufoque, un certain Adolphe Pâques, qu'Adrien Goetz a choisi de rendre hommage à l'auteur des Mémoires d'outre-tombe. Une amitié sincère lia les deux hommes durant les huit dernières années de la vie du grand écrivain. Et l'on doit à l'artiste coiffeur un curieux tableau uniquement composé de mèches de cheveux de son maître. que l'on peut toujours voir au musée Carnavalet. Depuis La dormeuse de Naples et Intrigue à l'anglaise, on apprécie les histoires de notre collègue quant elles mêlent avec justesse fiction et fait divers historiques, divertissement et érudition. Sans doute parce qu'elles sont plus efficaces et réjouissantes que toutes les sommes savantes réunies. (Grasset)

Gilles Henry et Michel Giard : Les Mousses, de Colbert à nos jours. Il s'agit là d'une nouvelle version revue et corrigée et surtout augmentée, commune aux deux auteurs et parue en 1996. A l'occasion de la réouverture de l'école des mousses de Brest, les deux auteurs dressent un panorama de ce métier rude et dangereux exercé par des enfants inscrits parfois à l'âge de 7 ou 8 ans au rôle de l'équipage de la Royale, de la marine marchande ou sur les bateaux de grande pêche. C'est Colbert, secrétaire d'Etat à la marine de Louis XIV, qui se soucia le premier de réglementer le statut des marins en instituant le régime des classes, notamment celle des mousses et des novices âgés de moins de 18 ans. A travers des destins individuels étonnants, Michel Giard et Gilles Henry rendent hommage à tous ces enfants courageux. (Editions Le Télégramme)

Yves Lecouturier : Demeures célèbres de Normandie. Où sont-ils nés? Où ont-ils vécu ? Où sont-ils décédés ? C'est la triple question que s'est posée notre ami Yves pour écrire ce petit livre fort instructif. Nombre de demeures, de la modeste maison au château, ont abrité des personnages célèbres dans notre belle province. Certains étaient normands de naissance mais d'autres ont choisi la Normandie pour y vivre et, parfois, pour y mourir. L'intimité d'artistes, écrivains, savants, politiques, militaires est présentée dans cet ouvrage souvent illustré de demeures célèbres dont certaines sont devenues des musées. Leur visite permet de mieux comprendre comment elles ou ils y vivaient et de mieux les connaître. Aujourd'hui, la plupart sont devenues des lieux de mémoire et de pèlerinage. (OREP, Editions)

Yves Lecouturier : Le Marché noir en Normandie, 1939-1945. Marché noir, marché gris, marché brun et même marché blanc furent des termes très en vogue en France pendant l'occupation allemande. Les marchés officiels à des prix taxés cèdent le pas aux marchés parallèles. Certains producteurs et commerçants, mais aussi des trafiquants, vendent à des prix très rémunérateurs. Citoyens argentés et petits débrouillards s'arrangent de ce système mais pour ceux qui sont hors de ces circuits, la vie est très difficile. Région nourricière et productrice de denrées contingentées comme le beurre et la viande, la Normandie est au cœur de ces échanges illicites qui marquent l'échec de la politique économique dirigiste du gouvernement de Vichy. Très riches et rares illustrations. (Editions Ouest-France)

Sophie Lucet : Traverser l'oubli. Ce livre raconte l'histoire vraie d'un Africain amnésique oublié dans un hôpital psychiatrique. C'est à la fois une enquête et un roman qui interrogent le langage et le monde, un faisceau de coïncidences et de rencontres que seule l'écriture littéraire pouvait accueillir. Quelques pas de plus, en somme, sur le chemin que Sophie Lucet, notre nouvelle consœur, s'est choisi. A moins que ce ne soit l'écriture qui ait choisi cette femme toujours à l'écoute de ses pairs. Mais celle qui écoute les autres parler dit bien peu de choses d'elle. Ou peut-être devons nous lire entre les lignes et ses livres: écrits à la première personne pour Poussin de haie, dialogues pour Parler avec toi. Surgira alors un nouveau "roman vrai" dans lequel la place du narrateur sera encore plus grande. On l'attend avec impatience. (Le Seuil)

Jean-Pierre Marin et Jean-Louis Eyméoud : Képi bleu dans les Aurès. Il s'agit là d'une co-écriture. Notre ami Jean-Pierre Marin, auteur en 2006 sous le titre Au forgeron de Batna d'un livre hommage à son père dont "La Gazette" se fit l'écho en son temps, est un passionné de tout ce qui concerne son pays d'origine, l'Algérie (Il est né à Constantine). L'un de ses amis, Jean-Louis Eyméoud, industriel bien connu à Caen (La Biscuiterie Normande), fut dans une autre vie chef de la SAS de Pasteur, village algérien. Jean-Pierre l'a convaincu et aidé à écrire l'histoire des 16 mois qu'il a passés en Algérie au début des années 60 au service des populations déshéritées qui peuplaient le massif des Aurès. Jean-Pierre Marin considère son témoignage comme important. Nous également. (Muller édition)

Gérard Pouchain : Dans les pas de Victor Hugo en Normandie et aux îles anglo-normandes. Ce livre, abondamment et richement illustré, est une invitation à découvrir et visiter la Normandie et les îles anglo-normandes avec un guide aux multiples talents, Victor Hugo en personne. En compagnie de ce voyageur infatigable, ardent défenseur du patrimoine, nous parcourons, en diligence ou à pied, les routes normandes, longeant les côtes de la Manche et remontant la Seine, du Havre à Rouen. Pour que nous soyons véritablement aux côtés du maître, l'ouvrage réunit ses agendas, ses carnets, ses poèmes, ses dessins, des extraits de ses lettres et de ses romans qui évoquent ses nombreux séjours en Normandie et dans l'archipel anglo-normand, y compris son étonnante maison d'exil, Hauteville House. (OREP Editions)

Corinne Pouillot : Steve McQueen, portrait d'un rebelle. C'est Michel de Decker qui suggéra à Corinne de tenter l'expérience de la biographie. Professeur de russe, elle s'y plongea avec un Pouchkine, le génie de l'amour mais comme il n'y a pas que la Russie dans la vie, elle se laissa séduire, en 2008, par les éditions Timée en faisant paraître une très belle bio intitulée: Audrey Hepburn, un ange à Hollywood. Corinne prend goût à l'exercice et nous propose cette fois, dans la même collection "Les 50 plus belles histoires" un Steve McQueen, portrait d'un rebelle. De l'homme, on connaît l'amour pour la vitesse, les coups de sang sur les tournages et le tempérament bagarreur. Voici, illustré de magnifiques photographies, le portrait plus authentique d'un acteur fascinant et énigmatique victime d'un cancer à l'âge de 50 ans. (Timée-Editions)

Nicole Vray : Renée de France et Anne de Guise, mère et fille entre la loi et la foi au XVIe siècle. L'été dernier, peu avant son admission au sein de notre Académie, Nicole Vray publiait Un autre regard sur Marie, histoire et religion, étonnant ouvrage d'un auteur protestant préfacé par un prêtre catholique. Elle nous propose aujourd'hui l'histoire exemplaire d'une mère humaniste ayant adopté les idées de la Réforme, Renée de France, fille d'Anne de Bretagne et de Louis XII, et celle de Anne d'Este, sa fille catholique mariée à François, duc de Guise, puis remariée avec Jacques de Nemours, duc de Savoie. On voit les deux femmes œuvrer ensemble pour la paix en sauvant, à leurs risques, les victimes des deux partis et choisissant toujours leur liberté de conscience plutôt que la loi des hommes et des guerres. .Remarquable préface de Jean Meyer, professeur émérite de Paris-Sorbonne. (Editions Olivétan)

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Les récentes communications

par J-L Dumas

23 janvier 2010 : 1. « Confessions d’un traducteur solitaire » 2. « Les habits neufs du traducteur » par M. Jean MIGRENNE. Le conférencier se refuse à toute approche théoricienne ou jargonneuse. Il commente l’aphorisme traduttore, traditore, cela sur trois registres de traduction : a) affaires, économie, sciences ; b) textes canoniques de prose, à commencer par la Bible ; c) théâtre, cinéma, poésie. Malgré les différences, l’obligation de se renseigner et l’honnêteté intellectuelle sont les communes exigences. Dans la deuxième partie, M. Migrenne fait une critique précise de certaines traductions de l’Anthologie bilingue de la poésie anglaise (2005).

30 janvier 2010 : « La vie et l’œuvre de Pierre Chaunu » par M. Jean LASPOUGEAS. Après avoir retracé la courbe de la vie et les œuvres de Pierre Chaunu, M. Laspougeas énumère les caractéristiques de cette Histoire. Elle est : géographique, mathématisante, générale, réactive, chrétienne. Puis il souligne la portée de cette œuvre géante : Pierre Chaunu a été à la fois professeur, chercheur, écrivain, prédicateur. Certaines réalités lui tenaient à cœur : la famille, l’université, la religion, et surtout la vie.

13 février 2010 : Remise du prix littéraire 2009. Deux livres ont reçu le prix : 1) Catherine ZAMBETTAKIS et Michel PROVOST : Flore rare et menacée de Basse-Normandie : un outil d’évaluation et de préservation de la biodiversité régionale, Éd. In Quarto, 2009. Mme Jacqueline Musset, présidente de la Commission du prix, fait admirer la minutie, la patience, l’obstination dont ce livre témoigne, la sobriété dans l’interprétation, notamment de ces photographies aux couleurs magnifiques. Ce travail agréable est d’une grande qualité scientifique. 2) André DEZELLUS, Un forçat chez Göring : témoignages et souvenirs, Éd. Page de Garde, 2009. L’auteur présente en personne ce témoignage émouvant sur la réalité trop oubliée du STO.

13 mars 2010 : « Alain (1868-1951), un humaniste impertinent » par M. Pierre HEUDIER. Alain (Emile Chartier) est un philosophe éminent, dont l’œuvre immense a donné lieu à bien des malentendus. Il fut à la fois un professeur de haut niveau et un militant républicain. Il était contre les systèmes et donnait l’exemple du doute. Le propre de l’esprit est de dire NON, en particulier contre les fatalismes, contre les pouvoirs, contre la facilité. Le bonheur est une conquête permanente. La pensée combat contre elle-même. Alain nous donne une leçon de liberté. Il a influencé de nombreux élèves, comme la jeune philosophe Simone Weil.


27 mars 2010 : « Sortir de la Révolution française : Église déchirée, Église pacifiée » par M. Jean LASPOUGEAS. L’Église est sortie déchirée de la Révolution. Celle-ci a été : 1) enclenchée par une partie de l’Église de France 2) intégratrice (la Constitution Civile du Clergé) 3) persécutrice 4) concurrente (culte de la Raison, théophilanthropie) 5) elle s’est voulue conciliatrice avec Bonaparte. Il s’agit bien d’un conflit de principes. La pacification passe par deux voies : le Concile de Paris (20 juin-16 août 1801), mais surtout le Concordat (15 juillet 1801), dont M. Laspougeas analyse la laborieuse mise en application. Dans ces graves affaires chacun semblait sûr de son droit.


29 mai 2010 : « Jean Calvin (1509-1564), et le politico-religieux au XVIe siècle » par Mme Nicole VRAY. Présente en tout temps, l’articulation du politique et du religieux a été particulièrement prégnante au siècle de la Réforme. Celle-ci fut un long et lent mouvement, illustré par les noms de Luther, Calvin, de Bèze, etc. À travers la biographie et les œuvres de Calvin, Mme Vray cherche à nous montrer l’homme, le juriste, le théologien, l’enseignant, l’organisateur, enfin le grand écrivain. Elle insiste sur la mosaïque religieuse au XVIe siècle, «le mythe de Genève », les missions genévoises dans la France de l’Ouest.

Rencontres-débats des Amis de l' Académie

15 janvier 2010 : « Développement de la région et perspectives d’avenir » par M. Denis CRESCENT, directeur de « Calvados-stratégies ». Celui-ci trace le panorama de l’économie en Basse-Normandie à dominante agricole et agro-alimentaire. Il insiste sur la dynamisation des bassins en difficulté, et aussi les pôles de compétitivité. Caen n’a que 115 000 habitants et fédère insuffisamment « ses territoires ». Mais l’on peut citer des filières prestigieuses et de grands groupes français et internationaux. Il existe de bonnes perspectives d’avenir dans plusieurs secteurs : automobile, microélectronique, monétique, nautisme, filière équine, santé, tourisme, agro-alimentaire, économie de la connaissance. Il importe d’avoir un « projet de territoire » et de savoir anticiper.

19 février 2010 : « La crise financière et ses conséquences » par M. Eckart THOMAË. La première partie de la conférence est un rappel historique, des origines du capitalisme jusqu’aux chocs pétroliers des années 70. La seconde analyse la crise actuelle : 1) les subprimes ; 2) le dérapage vers la crise des banques ; 3) le passage de la crise financière à la crise économique ; 4) la réaction concertée des Etats (le G 20, les plans de relance, le rôle du FMI). Et après ? La reprise n’aura qu’une faible ampleur ; il y aura de nouvelles mesures de régulation, une augmentation de la masse monétaire. Ce seront les ménages qui régleront l’addition…


19 mars 2010 : « Enjeux et perspectives mondiales des technologies numériques de l’information » par M. Philippe LESQUENE. Après avoir rappelé plusieurs éléments pour mieux comprendre les TIC, dans le paysage mondial de 2010, le conférencier étudie les enjeux : économiques et industriels, sociétaux et culturels, scientifiques, géopolitiques et militaires. Il signale de nouveaux usages et de nouveaux moyens, en particulier pour l’enseignement. Quel en sera l’avenir ? – « The best way to predict the future is to invent » (Alan Kay).

16 avril 2010 : « Georges Cuvier (1769-1833) » par le Dr Yvon BÉNARD. Cuvier, ce « Napoléon de l’intelligence », a servi tous les régimes politiques en accumulant les honneurs. Ce fut un savant controversé. Opposé à l’évolutionnisme, il a exposé les principes du catastrophisme. Mais il est le fondateur : 1) de l’anatomie comparée et de la paléontologie des vertébrés (Principe de la corrélation des formes) ; 2) de la biostatigraphie, qui permet de dater les couches en fonction des fossiles trouvés. On retiendra son opposition tant à Lamarck qu’à E. Geoffroy-Saint-Hilaire. Goethe, plus proche de ce dernier, a souligné dans un entretien avec Eckermann, l’importance des révolutions scientifiques (1840).

21 mai 2010 : « Un épisode des relations entre La Scandinavie et La France : le docteur Struensee » par M. Éric EYDOUX. A 17 ans Christian VII monte sur le trône du Danemark (1766), il épouse Caroline Mathilde sœur du roi anglais Georges III, il donne déjà des signes de démence, et son médecin personnel, le Dr Struensee prend un grand empire sur le couple royal et sur l’Etat – autoritaire – qu’il entend libéraliser. Aussi Struensee a-t-il des ennemis. Un coup d’Etat, en 1772, met le roi hors course, exile la reine et lance un arrêt de mort contre Struensee, qui subit une très cruelle opposition. La France d’abord, puis l’Europe entière s’est émue en faveur de celui qui avait voulu trop tôt et trop vite le bonheur des Danois.

 

 
 

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Le petit journal

L'Académie au Sénat



Le 3 juin, à l'invitation du Président Gérard Larcher, l'Académie était reçue dans les salons privés de la présidence. Outre le plaisir d'un chaleureux accueil entre normands, ce fut, pour les académiciens, l'occasion d'y retrouver le sénateur René Garrec, ancien Président du Conseil régional de Basse-Normandie.
 
     
 

     

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Naissance de l'Académie Française


II. La trahison de M. Nicolas Faret

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par Emile Magne (1)

Au printemps 1633, M. Nicolas Faret se rend rue Saint-Honoré en la maison du Caennais François Le Métel de Boisrobert, abbé, avocat, homme de lettres, conseiller d'Etat et homme de confiance de Mgr le Cardinal de Richelieu dont il est le confident, l'ami, le secrétaire et le nouvelliste. M. Nicolas Faret, quant à lui, homme de plume et intendant, appartient à un cercle de beaux esprits qui se réunissent en assemblées clandestines pour parler littérature.

M. Nicolas Faret huma avec délices le parfum framboise qu'exhalait cette pièce. Il rendait quasi présent, à ses yeux, son occupant habituel dont la belle soutane de drap fin, le rabat et les manchettes de dentelle en épandaient d'ordinaire les suaves effluves. M. l'abbé de Boisrobert aimait le luxe discret. Il rimait les vers de ses comédies et de ses poèmes sur une table à pieds tors et écritoire d'argent que dominait le portrait de Monseigneur, son patron.
M. Nicolas Faret, debout devant la cheminée, examinait des verreries de Venise lorsqu'il entendit la voix joyeuse de son hôte retentir à ses oreilles.
- Grâces vous soient rendues, monsieur l'Invisible ! Auriez-vous vendu votre âme à Bacchus que vous préfériez ses antres vineux à la demeure de vos amis ? On dit que de satiriques garçons ont charbonné en grosses lettres votre nom sur la devanture de tous les cabarets de Paris. Ainsi vous voilà, monsieur le moraliste, plus illustre pour avoir bien bu que pour avoir bien écrit !
M. Nicolas Faret, avant qu'il eût ouvert la bouche pour répondre, se sentit pressé contre une poitrine, baisé aux joues, enseveli dans un ample fauteuil. Il protesta faiblement contre la réputation que lui faisaient des pestes ennemies de son repos. M. de Boisrobert, assis en face de lui, le regardait de ses yeux perçants où luisait la malice. Il lui fournit une excuse, disant que le vin était un don du Seigneur et que bien stupide serait le lourdaud qui le dédaignerait; puis pour le rasséréner tout à fait, il lui conta la dernière farce qu'il venait de jouer, avec la complicité du Cardinal. .
M. de Boisrobert, cependant, reprenant son sérieux mais toujours gracieux et riant, s'informa de sa santé, de ses affaires, de ses travaux de plume. Il l'interrogea ensuite habilement sur maints aventuriers et femmes de bel air gîtant en son quartier du Marais. Il jouait de lui, le circonvenait, lui arrachait une à une les confidences, meublait sa mémoire de faits grands ou petits qui alimenteraient plus tard ses folâtreries avec Mgr l'Eminentissime.
Enveloppé d'une atmosphère de joie, M. Nicolas Faret ne se défendit point contre l'indiscrétion. Il transmettait au curieux, par anecdotes successives, la chronique de sa paroisse. Insensiblement les deux interlocuteurs en vinrent à la littérature. M. Nicolas Faret remercia M. de Boisrobert de se souvenir encore de son ouvrage intitulé l'Honneste Homme ou l'Art de plaire à la cour qu'il avait publié en l'an 30. Hélas, ce petit livre n'avait pas obtenu l'approbation de tous les doctes.
- A l'époque où il parut, dit-il, j'eus l'idée de le soumettre à un cercle de beaux esprits qui se réunissaient en la maison de Valentin Conrart pour y échanger des idées et y juger les productions nouvelles. Mon écrit y fut épluché par des censeurs sévères et je regrettai de n'avoir pas moi-même discerné ses faiblesses.
M. de Boisrobert, entendant ces propos, fronça légèrement les sourcils. Il s'étonnait à par soi de n'avoir pas connu, malgré sa vigilance, ces assemblées clandestines et cherchait dans quel intérêt M. Conrart, son ami, d'ordinaire si prompt à le flatter, l'en avait proscrit. Dissimulant son dépit, feignant un air détaché, il dit d'un ton badin à son interlocuteur:
- Ces réunions continuèrent sans doute ? Peut-être se poursuivent-elles encore et leur soumettrez-vous aussi votre prochain Recueil de Lettres ?
- Pardonnez-moi, Monsieur, murmura-t-il enfin, j'ai trahi, sans y prêter attention, un secret que j'avais promis de garder; car, pour éviter la foule, les pédants et les sots, les hôtes de M. Conrart avaient convenu d'observer le silence sur leurs assemblées.
M. de Boisrobert se renfrogna. Décidément le groupe de M Conrart lui paraissait suspect. Il fallait à tout prix en éclaircir le mystère.

(à suivre)

 


(1) Extraits de Naissance de l'Académie Française , n° 707 de "La Petite Illustration" du 19 -01-1935.


Pour tout renseignement ou toute information concernant la rédaction de "La Gazette" s’adresser
à Bernard Gourbin,14710 Bernesq,
tél et fax : 02 31 22 54 48
ou au secrétariat de l’Académie, Caen, tél. 02 31 86 14 16

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