Essor :
Après la fondation et jusqu'à la Révolution, l'activité de l'Académie s'accroît progressivement, avec néanmoins des hauts et des bas et même une période d'inactivité totale de 14 ans, mais l'Académie se pérennise, et comme le phnix elle renaît toujours de ses cendres.
1674-1685 Après la disparition de Moisant en l674, les Matignon Père et Fils, adjoints du Gouverneur, prennent en charge les académiciens qui, à la mort d'Henri de Matignon en l682, sont obligés de quitter l'Hôtel d'Escoville ( en l'absence de recrutement, il en subsiste alors une dizaine ); les intendants prennent le relais ( Meliand, Morangis ), et accueillent les académiciens dans les locaux dont ils disposent.
1685-1701 Regnault de Segrais rassemble les six académiciens restants, recrute de nouveaux membres et reçoit l'académie dans son hôtel caennais, aménagé pour la circonstance; on se retrouve alors aux environs de 35 membres, dont le plus connu hors de Caen est peut-être Antoine Galland, traducteur des Mille et une Nuits.
1701-1714 A la mort de Segrais ( l701), son beau-frère Croisilles propose à son tour sa propre demeure; on nomme Protecteur l'intendant Foucault, qui va obtenir du Roi en 1705 des Lettres Patentes, dont l'article l2 précise " la pureté de la langue devant être le principal objet de l'académie ..." ( c'est la seule académie à laquelle le Roi fixe cette mission précise ).
Statutairement, il est prévu 30 académiciens titulaires et 6 ecclésiastiques surnuméraires.
Après le départ de Foucault, Croisilles veut être nommé Directeur Perpétuel; devant l'opposition de la majorité des membres de la compagnie, il leur ferme sa porte purement et simplement sous prétexte de voyage.
1714-1731 Les réunions académiques ont cessé, mais les académiciens ne se découragent pas et finissent par se tourner vers le pouvoir religieux; ils proposent le Protectorat au Cardinal de Lorraine, qui hésite, fait part de ses scrupules et meurt en 1728. Monseigneur de Luynes accepte, lui, dès sa prise de possession de l'Évêché de Bayeux en 1730, de devenir le nouveau Protecteur et invite aussitôt les académiciens chez lui.
1731-1753 Nouveau départ : il reste 14 académiciens, on complète leur nombre et jusqu'au 1753, tous se réuniront chaque semaine au Palais Épiscopal. Outre le P. Porée, le Recteur Crevel, le talentueux François Richard de la Londe, le Maire de Caen Blouet de Than, l'académicien le plus connu de cette époque est le P. André, professeur de mathématiques, auteur de l' Essai sur le Beau.
C'est une période féconde, au cours de laquelle on reçoit les premiers associés : Helvétius, le peintre Restout.
Monseigneur de Luynes est nommé à Sens en 1753.
1753-1774 Grâce à monsieur Blouet de Than, les académiciens vont regagner l'Hôtel d'Escoville devenu la Mairie.
Le choix du Protecteur par l'Académie se porte maintenant à nouveau sur l'autorité politique, en l'occurrence l'intendant Fontette, homme actif, imaginatif, soucieux de sa "gloire", mais autoritaire et même prévaricateur. Fontette recevra un grand nombre d'associés, proposera des prix sur sa cassette personnelle et financera de même pendant plusieurs années la publication des Mémoires de l'Académie.
Parmi les académiciens les plus connus, sont alors admis, titulaires ou associés : Fréron, Élie de Beaumont, le Chevalier Turgot, le physiocrate Dupont de Nemours.
Témoignage de notoriété : en 1754, le Roi Stanislas demande à l'académie de Caen de s'associer à la toute jeune académie de Nancy. Caen accepte volontiers et remercie le Roi.
En définitive, bien que contrasté, le bilan de Fontette apparaît plutôt favorable à l'Académie.
1774-1792 Fontette s'en va; l'Académie tente de s'attacher à son successeur Esmangart, puis rencontre un accueil favorable auprès du Duc d'Harcourt, Gouverneur de Normandie.
Le ton des communications présentées alors, reflète bien l'esprit de cette fin de siècle.
On peut citer comme académiciens : l'Abbé de l'Épée, bienfaiteur des sourds-muets, et Brémontier, qui fixe les dunes avec des plantes maritimes.